Morsures de serpents et piqûres de scorpions, le fléau estival

Morsures de serpents et piqûres de scorpions, le fléau estival

Il est important de bien connaître les gestes à adopter en cas d’attaque.

C’est un fait statistiquement avéré au Maroc: la saison estivale est propice à l’intrusion dans les domiciles de bien drôles de reptiles et d’autres bêtes pas franchement sympathiques. Attirés par la fraîcheur et les recoins obscurs, les serpents et les scorpions aiment venir se nicher dans les intérieurs pour échapper à la chaleur extérieure. Des intrusions qui peuvent parfois s’avérer très dangereuses en cas d’attaque. Afin d’endiguer ce fléau qui subsiste chaque année à la même période, le Centre Anti Poison et de Pharmacovigilance du Maroc (CAPM) veille au grain par ses recherches perpétuelles et par sa prise en charge des victimes.

70% des attaques surviennent au domicile

“Ce phénomène s’explique car en été, avec la chaleur, les scorpions et les serpents sortent”, explique le docteur Sanaa Benlarabi, toxico-pharmacologue responsable communication et écoute client du Centre Anti Poison et de Pharmacovigilance du Maroc (CAPM). Certains Marocains ont eu ainsi la mauvaise surprise en rentrant chez eux, parfois même au saut du lit, de découvrir qu’un reptile s’était faufilé jusque dans leurs appartements.

Ces intrusions ne sont pas à prendre à légère car en cas de piqûre ou de morsure, elles peuvent s’avérer très dangereuses. Le CAPM recense environ 170 décès par an, toutes sortes d’intoxications confondues, dont 50 par piqûres de scorpions et 8 par serpents. 70% des attaques surviennent dans le domicile des victimes. Un vrai problème de santé publique qui a contraint les services d’hygiènes et de santé du ministère à agir. Depuis 1999, une stratégie nationale de lutte contre les attaques de scorpions et serpents a été mise en place. Réactualisée en 2013, elle a pour objectif principal de diminuer la morbidité et la mortalité causée par ce fléau.

30.000 cas de piqûre et d’envenimation scorpionique chaque année

Au Maroc, on recense environ 30.000 cas de piqûre et d’envenimation scorpionique chaque année. Pour se prémunir des effets indésirables de la contamination, il est important de bien connaître les gestes à adopter en cas d’attaque. Même si 90% d’entre elles ne nécessitent aucun traitement, car ce sont des piqûres sans injection de venin, la victime doit tout de même être prise en charge.

Lorsque l’on se fait piquer, “on ressent une douleur intense insupportable, puis on constate une rougeur locale à l’endroit de la piqûre”, raconte le docteur Benlarabi. La première chose à faire est d’aller directement dans une structure sanitaire spécialisée/ “Nous avons mis en place un système d’accueil des victimes de piqûres de scorpions très sophistiqué et bien rodé qui marche depuis 2001, où tous les cas de piqûres de scorpions nous parviennent au centre. On a un kit qui va être ouvert et utilisé. Le médecin n’a pas à chercher, il va ouvrir ce kit et selon les signes cliniques du patient, il va utiliser les bons éléments”.

Cette année, le CAPM a distribué 1.100 kits d’antidotes à travers tout le royaume. 360 kits de médicaments ont été distribués dans la région de Marrakech-Safi, 140 dans la région de Souss-Massa, 160 à Béni Mellal-Khénifra, 80 pour Drâa-Tafilalet, 60 pour la région Fès-Meknès, 70 pour Settat et 70 pour El Jadida.

Agir très rapidement

Dans le cas où la victime serait infectée, des symptômes plus graves apparaissent: fièvre, diminution de la température, douleurs abdominales et vomissements. Le pronostic vital peut être engagé, il faut dès lors agir très rapidement selon la toxico-pharmacologue, qui explique que généralement, les victimes tardent à arriver à la structure sanitaire de traitement. L’enclavement de certaines régions du Maroc ne facilite pas cette prise en charge et réduit donc les espérances de vie: “On peut mourir de ce genre d’attaque mais c’est surtout causé par un retard de prise en charge. Un médecin assure une permanence téléphonique 7 jours/7 et 24h/24. C’est un spécialiste en pharmacotoxicologie qui va donner les premières indications à suivre”.

Le docteur insiste également sur le fait que, contrairement aux habitudes de certains, il ne faut rien appliquer sur la blessure car cela pourrait aggraver la situation du patient. Utilisation de pommade, de butane, de miel, de henné, recours à un garrot ou à une scarification, sont les gestes qui reviennent parmi les personnes touchées, mais qui sont à bannir absolument. Les morsures de serpents plus dangereuses

Les morsures de serpent sont la conséquence directe d’un rapprochement accidentel ou intentionnel entre l’homme et l’animal. Ces attaques peuvent s’avérer bien plus graves qu’une piqûre de scorpion et doivent être prises en charge le plus rapidement possible car “en règle générale, le pronostic vital peut être mis en jeu rapidement. On peut mourrir comme on peut avoir des séquelles, comme des amputations par exemple”, prévient le docteur.

Il faut savoir que plus la blessure est enflée, plus la situation est grave. Les victimes envenimées et les enfants de moins de 15 ans attaqués par un serpent doivent obligatoirement être hospitalisés dans un hôpital où il y a un service de réanimation, et où un sérum anti-vipérin leur sera administré. L’hospitalisation est obligatoire et le suivi doit être d’au moins 24 heures.

    Les gestes à adopter en cas d’urgence :

        Transporter la victime le plus vite possible dans une structure sanitaire;

        Calmer le patient (s’il s’agite, le venin va circuler plus rapidement dans ses veines);

        Ne pas mettre de garrot;

        Ne pas scarifier la blessure;

        Ne rien appliquer sur la peau (ni miel, ni butane, ni henné…).

Qu’est-ce qui attire autant les reptiles dans nos maisons?

À quelques cas près, ces attaques surviennent majoritairement en milieu rural, facilitées par la précarité des habitations. Si les reptiles investissement les maisons, c’est pour fuir les fortes chaleurs extérieures. Pour y rentrer, ils passent par les fenêtres, les portes, les fissures ou les trous, et se cachent dans les zones sombres. “Il y a des fissures et des trous au niveau des murs, il y a des plafonds qui ne sont pas en dur et il y a beaucoup de végétation aux alentours des maisons. En plus de cela, nos habitudes vestimentaires en été font que nous marchons souvent pieds nus ou avec des sandales”, se désole la professionnelle de la santé.

Que faire alors pour éviter ce genre d’intrusion? Il existe des habitudes et des gestes simples au quotidien. Avant tout, il faut électrifier toute la maison pour avoir de la lumière dans tous les espaces, même à l’extérieur, et ainsi éviter les endroits obscurs, ce dont raffolent ces animaux. Sanaa Benlarabi conseille “des murs lisses d’au moins 1 mètre et tenir ses portes et ses fenêtres hermétiquement fermées. L’idéal est de ramasser les ordures ménagères quotidiennement et faire un désherbage périodique du tour de la maison”. “Ce sont des habitudes et des gestes simples qui peuvent beaucoup aider, mais on ne peut y arriver qu’en éduquant la population”, conclut-elle.

Le 24 Juillet 2018

Source Web : Huffpostmaghreb

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