Pourquoi ces villes veulent freiner l’afflux de touristes

Pourquoi ces villes veulent freiner l’afflux de touristes

Même si l'activité touristique représente une part essentielle de leurs revenus, de plus en plus de villes légifèrent pour maîtriser le flot de vacanciers sur leur sol et préserver la qualité de vie de leurs habitants ainsi que la pérennité du patrimoine.

Amsterdam est "avant tout une ville pour y vivre et pour y travailler", l’activité touristique ne vient "qu’en seconde position". À l’image de la capitale néerlandaise qui a élaboré un plan pour réguler le flux de voyageurs curieux de découvrir la "Venise du Nord", de plus en plus de villes déclarent la guerre au tourisme de masse et ses excès.

À supposer que le terme "tourisme de masse" -davantage assimilé à un phénomène apparu dans les années 1960 avec la généralisation des congés payés- soit toujours d’actualité. Car désormais, beaucoup préfèrent parler d’"over-tourisme". Une expression qui désigne un tourisme plus agressif, encouragé par le boom des compagnies aériennes low-cost et des plateformes de location d’hébergement entre particuliers, lesquelles rendent les voyages, notamment de courte durée, toujours plus accessibles.

Cette pratique diffère du tourisme de masse dans la mesure où les touristes ne sont plus "parqués" dans des hôtels mais disséminés aux quatre coins de la ville. Désormais, ils cherchent "à faire comme les locaux, en essayant de se fondre autant que possible dans les quartiers, chez l’habitant", expliquait en mai Maria Gravari-Barbas, présidente de l’Équipe interdisciplinaire de recherche sur le tourisme, à BFMTV.

Selon elle, l’"over-tourisme" produit "plus de dégâts que le tourisme de masse". Et nombreuses sont les villes à en faire le constat. Bien que l’activité touristique constitue la première manne financière pour la plupart d’entre elles, elles n’ont plus d’autre choix que de réagir pour contrôler le flot de voyageurs au vu des effets néfastes de la sur fréquentation sur la qualité de vie de leurs habitants.

Villes-musées

L’une des premières conséquences des fortes affluences touristiques pour les destinations les plus attractives est probablement la transformation des centres -ville et de certains quartiers. Il faut dire que pour les acteurs du secteur, les millions de visiteurs qui déambulent dans les rues chaque année représentent autant de clients potentiels. Résultat, le cœur des villes a peu à peu perdu son identité, les boutiques de souvenirs se sont installées en lieu et place des commerces de proximité, les hôtels ont poussé comme des champignons et les populations locales, qui se disent noyées de touristes, ne reconnaissent plus leurs quartiers.

À Barcelone, où 1,7 million d’habitants côtoient chaque année 7 millions de vacanciers, il n'est pas rare de voir les principales artères noires de monde et la population s’agace de la saturation de l'espace public et de la multiplication des vendeurs à la sauvette dans certains quartiers. En 2017, le tourisme est même devenu le problème principal pour les Barcelonais (19%), devant le chômage et les conditions de travail (12,4%), selon un sondage commandé par la municipalité. Et même si ce secteur d’activité représente 14% de la richesse de la ville, la situation s'est tendue l’an passé au point que des actions anti-touristes ont été menées par des militants radicaux.

Face au ras-le-bol de ses habitants, la municipalité a annoncé en août 2017 l’interdiction de nouvelles constructions dans le centre, qu’il s’agisse d’hôtels, d’auberges de jeunesse ou encore d’appartements destinés à la location. Objectif: "rendre les ruelles aux piétons". Les tricycles et les véhicules électriques, "très prisés des touristes pour les visites guidées", ont également été proscrits.

Au nord de l’Europe, Amsterdam accueille chaque année 18 millions de touristes, soit plus que la population totale des Pays-Bas. La capitale néerlandaise entend elle aussi prendre des mesures pour tenter de maîtriser la pression touristique en 2019. Elle prévoit notamment la hausse des taxes de séjour, la limitation du nombre de chambres d’hôtel et des chaînes de boutiques, l’interdiction des cars et bateaux touristiques dans le centre-ville, voire la fermeture de certaines rues en cas de très fortes affluences, auquel cas les visiteurs seront orientés vers des zones moins fréquentées.

Confrontée aux mêmes problématiques, Venise a décidé après Pâques de faire emprunter aux touristes des itinéraires spécifiques pour rejoindre les sites les plus visités de la ville et faire en sorte de rendre la ville à ses habitants. Afin d’éviter la métamorphose du centre-ville, la municipalité y a également interdit la construction de nouveaux hôtels depuis 2017.

Airbnb et la question du logement

Si l’"over-tourisme" oblige les habitants à assister impuissants à la transformation de leur quartier, il va parfois jusqu’à les contraindre de le quitter. Prenant le problème à bras le corps, de nombreuses villes ont déclaré la guerre à Airbnb, à l’instar d’Amsterdam qui va réduire à 60 jours par an la location d’un appartement via la plateforme et qui envisage même d’interdire totalement ce type de location dans certains quartiers.

Il faut dire que la multiplication des offres de location d’appartements depuis la plateforme Airbnb a mécaniquement réduit les offres destinées à la population résidente, laquelle a été contrainte de fuir le centre-ville. Beaucoup reprochent également à la plateforme d’avoir fait flambé les loyers, ce qui oblige là-encore les habitants à s’excentrer et favorise la gentrification.

Nuisances sonores et incivilités

Si les touristes ne sont pas toujours vu d’un bon œil, c’est également en raison de leur comportement que certains habitants jugent parfois inapproprié, voire totalement irrespectueux. Les destinations victimes d'incivilités sont surtout celles qui ont fait du "tourisme festif" leur spécialité. À l’image d’Amsterdam aux Pays-Bas, ou de Barcelone et des Baléares en Espagne. Tapage nocturne, déchets jetés au sol, dégradations, violences… Dans ces villes où l’alcool coule à flot, les habitants expriment leur dégoût face à ce qu’ils appellent le "tourisme de cuite".

En 2014, une photo de deux touristes nus dans une supérette à Barcelone a été qualifiée de "goutte d’eau qui fait déborder le vase". Après cet incident, la population s’est rassemblée dans la rue pour scander divers slogans tels que "Stop aux comportements inciviques", "Dehors le tourisme de cuite", ou encore "Nous ne voulons plus de touristes bourrés". Aux Baléares, ce type de tourisme qui attire surtout les jeunes a été à l’origine de plusieurs accidents graves et de décès.

Depuis, les municipalités tentent de prendre les choses en main pour éviter les débordements. Aux Baléares, la mairie de Calvia, où se trouve la station balnéaire de Magaluf, a décidé de sanctionner la pratique du balconing (sauter d’un balcon à l’autre), d’interdire la vente d’alcool passée une certaine heure ainsi que les visites organisées sous forme de tournée des bars.

À Budapest, où se retrouvent également des fêtards de toute l’Europe, certains habitants du 7e arrondissement ont obtenu l’organisation d’un référendum local en février dernier pour limiter l’ouverture des bars à minuit. Mais celui-ci a été invalidé en raison d’une participation insuffisante. Reste que si les villes tentent de sévir, elles s’opposent aux bars et autres commerces dont les recettes dépendent fortement de ce "tourisme éthylique".

Menaces pour les sites

Plus encore que la qualité de vie de la population, l’"over-tourisme" met de nombreux sites en péril. En effet, beaucoup d’entre-eux ne sont pas adaptés pour accueillir autant de voyageurs sur une même période. À Venise par exemple, les paquebots provoquaient des remous susceptibles de fragiliser les fondations des monuments et l’Unesco a menacé de placer la ville en patrimoine mondial en péril. Depuis, la ville a interdit aux bateaux de croisière de s’approcher de la célèbre place Saint-Marc.

D’autres sites sont menacés par la surfréquentation. C’est le cas de Dubrovnik en Croatie qui a été contrainte de limiter son nombre d’entrées à 4000 par jour sur une demande de l’Unesco qui craignait que la citadelle ne perde en authenticité.

Considérée comme l’une des plus belles îles du monde, l’île de Boracay aux Philippines a frôlé le désastre écologique. Visitée par 2 millions de personnes chaque année et abritant plus de 500 entreprises du secteur, elle a été fermée aux touristes en juin dernier et ce, pour une durée de six mois afin de reconstruire le réseau de traitement des eaux usées. Et pour cause, le président philippin Rodrigo Duterte a accusé en février les hôtels et bars de l’île de déverser les eaux usées dans la mer. Le ministère de l’Environnement avait pour sa part assuré que 195 commerces et 4000 particuliers n’étaient pas connectés aux réseaux d’égouts.

Manque d'infrastructures

L’Islande, qui a gagné en notoriété ces dernières années, est également menacée. Les nombreux touristes qui affluent sur l’île sont aujourd’hui devenus source d’inquiétude pour les richesses naturelles du pays. Il faut dire que la végétation et les formations géologiques ne sont pas vraiment adaptées au tourisme de masse et le pays ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour protéger la nature.

Populaires depuis la série Poldark, les Cornouailles (Royaume-Uni) ont tout bonnement décidé de suspendre la promotion de certains lieux touristiques submergés de touristes. Là-encore, la région manque d’infrastructures pour accueillir ses visiteurs, qu’il s’agisse des routes, de parkings, des services de santé ou de police. En conséquence, elle réfléchit à des mesures pour limiter le nombre de touristes. Comme d’autres destinations auparavant, elle envisage d'augmenter sa taxe de séjour de 1 à 2 livres. Pour protéger son environnement des vacanciers, le Bhoutan, lui, a été encore plus radical en fixant une taxe de séjour à plus de 200 euros par jour.

Publier le 26 août 2018                     

Source web par : bfmtv

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