"Vieillir, c'est chiant." Un très beau texte de Bernard Pivot



S’il y a bien une réalité devant laquelle tous les humains naissent égaux, c’est la soumission au temps qui passe. Nul ne peut l’arrêter, ni même le ralentir. Nous vieillissons, c’est ainsi. En revanche, on dénombre autant de façons d’appréhender cette réalité qu’il existe d’êtres humains sur terre. Il y a par exemple cette de Bernard Pivot qui considère avec humour et regret que, « vieillir, c’est chiant » ! Un texte magnifique et inspirant.

Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants.

« Avec respect », « En hommage respectueux », « Avec mes sentiments très respectueux ».

Les salauds ! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect ? Les cons !

Et du ‘cher Monsieur Pivot’ long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !

Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune fille s’est levée pour me donner sa place…

J’ai failli la gifler. Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué. !!!… ?

– « Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J’ai pensé que ».

– Moi aussitôt : « Vous pensiez que ? »                         

– « Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir. »

– « Parce que j’ai les cheveux blancs ? »

– « Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, çà été un réflexe, je me suis levée. »

– « Je parais beaucoup… beaucoup plus âgé que vous ? »

– « Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge. »

– « Une question de quoi, alors ? »

– « Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois. »

J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.

Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien.

Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni au rêve.

Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des heures exquises.

C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent.

C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie.

La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce.

J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l’adagio du Concerto no 23 en la majeur de Mozart, soit, du même, l’andante de son Concerto no 21 en ut majeur,

Musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà.

Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés.

Nous allons prendre notre temps.

Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement.

Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années ? En mois ? En jours ?

Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital.

Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération.

Après nous, le déluge ?… Non, Mozart. »

Le temps qui passe est une douleur quand on le subit mais un bonheur quand on en jouit. Surtout si les derniers instants se jouent sur quelques notes de musique. En voilà une jolie façon de considérer la vieillesse (même si c’est chiant !).

Le 25 octobre 2018

Source web par: positivr

 

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