5G : Intel jette l'éponge et brade ses brevets

5G : Intel jette l'éponge et brade ses brevets

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Intel avait créé la surprise en annonçant au printemps son intention de se séparer de son activité de conception de modems 5G. Ce mois-ci, le fondeur qui représentait, avec Qualcomm, le meilleur espoir pour l'oncle Sam de damer le pion aux entreprises asiatiques sur ce marché stratégique, a définitivement jeté l'éponge et a explicité les modalités de son retrait de la course.

Pas de sortie glorieuse, pas de repreneur clairement identifié pour porter haut et fort les couleurs de la supériorité technologique de l'Amérique : la vente des actifs se fera à la découpe et aux enchères – en espérant que des industriels crédibles se manifestent rapidement pour les acquérir.

La fin d'un fiasco à dix chiffres

Intel a habitué ses actionnaires aux aventures industrielles hasardeuses. Après la course à la puissance avortée des processeurs Pentium IV dans les années 2000, la tentative tout aussi infructueuse de remplacer les cartes graphiques par des processeurs x86 dans les années 2010, la cession de la division "modems 5G" marque un nouveau revers stratégique.

Selon Bloomberg, le géant a fourni ces dernières années un effort financier se chiffrant en milliards de dollars pour concevoir les modems 5G de demain.

Las, alors que la sortie des premiers exemplaires devait avoir lieu cet été pour une commercialisation effective dès 2020, les incidents se sont accumulés. Entre les retards de conception et l'impossibilité pour Intel de faire évoluer ses procédés de gravure au rythme prévu, les analystes s'accordaient à dire que le calendrier ne serait pas respecté.

Pourtant, l'industrie du smartphone aurait eu grand besoin de modems 5G américains, et Intel pouvait compter sur un client de choix pour sécuriser ses ventes : Apple.

Une difficile symbiose avec l'iPhone

Vous n'avez pas pu passer à côté de la lutte fratricide que se livrent Apple et Qualcomm depuis des années. Le concepteur de l'iPhone voyait dans Intel une voie de sortie idéale pour ne plus dépendre d'un fournisseur historique de modems devenu mal-aimé.

Apple a intégré progressivement les modems Intel aux iPhones, jusqu'à les utiliser exclusivement dans la dernière gamme (XR, XS). Il était prévu que les modems 5G d'Intel soient présents dans la version 2020 du smartphone, et que Qualcomm soit définitivement écarté. Les chaînes de production d'Intel auraient ainsi été assurées de tourner à plein régime et les modems auraient dû s'écouler par centaines de millions.

Deux événements ont successivement assombri ce tableau idyllique. A la surprise générale, Apple et Qualcomm ont enterré la hache de guerre en avril. Intel a ensuite réalisé que, malgré les volumes de vente inégalés de l'iPhone, les commandes de modems d'Apple (connue pour négocier au plus serré les tarifs de ses fournisseurs) "ne parviendraient jamais à rendre l'activité rentable", selon les mots du CEO d'Intel Bob Swan.

Le salut ne serait certainement pas venu des constructeurs de téléphone Android à bas coût qui ont pour habitude de privilégier les modems peu chers comme ceux de Mediatek ; ni de Samsung qui dispose de ses propres produits.

En retard sur son calendrier, voyant son exclusivité sur l'iPhone menacée et certaine de ne pouvoir rentabiliser son investissement, Intel a préféré limiter ses pertes et tenter de revendre l'activité de modems 5G au plus offrant.

Quelques 6 500 brevets et des designs de modems vont bientôt être mis aux enchères. Intel pourra désormais revenir vers ses activités les plus lucratives comme la conception de processeurs haut de gamme et d'équipements réseau.

Le modem 5G d'Intel, qui devait être commercialisé dès l'année prochaine, ne verra peut-être jamais le jour en l'état. Crédit : Intel.

Quelles conséquences pour Intel, Qualcomm et Apple ?

Il serait prématuré de conclure à une victoire de Qualcomm et à un retour à la case départ quant aux rapports de force dans l'écosystème des modems.

Certains voient déjà en Apple le futur repreneur de la propriété intellectuelle d'Intel. La firme de Cupertino pourrait être tentée de reproduire son coup de maître réalisé avec les puces ARM sur cet autre composant-clé des smartphones. Cette hypothèse est tout à fait crédible tant l'entreprise est friande de solutions propriétaires et d'autarcie technologique. Un tel scénario serait relativement neutre pour Apple (qui ne dégagerait pas énormément de marges supplémentaires, et devrait financer à fonds perdus de la R&D de pointe), mais catastrophique pour Qualcomm.

A l'opposée, si Apple passe son tour, les actionnaires de Qualcomm pourront se réjouir du retour de ce client encore inespéré il y a quelques mois. En effet, si elle ne développe pas ses modems maison, peu d'analystes voient la firme à la pomme opter pour des puces Samsung vu la guerre que se livrent les deux constructeurs sur le segment premium. En période de guerre commerciale sino-américaine, Qualcomm serait la seule option crédible.

De leur côté, les actionnaires d'Intel sont en droit de s'interroger sur la stratégie d'innovation de l'entreprise. Certes, les ballons d'essai technologiques sont monnaie courante pour le fondeur qui dispose d'un confortable matelas de liquidités et peut se permettre d'explorer de nouveaux marchés.

Toutefois, alors que Nvidia a capté l'essentiel de la hausse du secteur des cartes graphiques avec l'essor des cryptomonnaies, et que les processeurs AMD présentent de nouveau des rapports performance/prix supérieurs à ceux d'Intel, il devient urgent de trouver un relai de croissance pour ne pas devenir le Xerox du XXIe siècle. La fuite vers le haut de gamme et le recentrage sur son pré carré sont souvent le fait d'entreprises en fin de course dont la domination technologique est menacée à moyen terme. Renflouer les caisses en vendant brevets et licences doit être considéré comme un moindre mal, et non comme une victoire.

Le  01 juillet 2019

Source Web Par : Opportunités technos

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