100 ans d’aviation au Maroc: Le témoignage inédit d’un pilote-enquêteur

100 ans d’aviation au Maroc: Le témoignage inédit d’un pilote-enquêteur

A 71 ans, Brahim Tahari est le doyen des instructeurs-pilotes et président de l’Association nationale de l’histoire de l’aviation au Maroc. Il a fait ses classes à l’Ecole royale de l’air de Marrakech en 1966. Son déclic pour la recherche historique intervient lorsque le rallye Toulouse-Saint Louis survole Tanger dans les années 1980.

- L’Economiste: Dans quel but a été créée l’Association nationale de l’histoire de l’aviation au Maroc?

- Brahim Tahari: Créer un musée conformément à l’article 1er de ses statuts. Ce projet n’a pas abouti par manque de moyens. Nous avons en revanche découvert des archives précieuses comme les statuts du premier aéroclub du Maroc fondé à Casablanca en 1921 à l’hôtel Excelsior. Le maréchal Lyautey et Sadre Al Âdam El Mokri (Premier ministre) ainsi que le capitaine Jean Roig y étaient présents. L’agrément a été accordé par l’administration française en 1923 à l’aéroclub de Casablanca.

Son premier président est le capitaine Jean Roig, le prospecteur des premiers champs d’aviation au Maroc.  

- Qu’est-ce qui vous a marqué durant vos 20 ans de recherches?

- Lorsqu’elles ne sont pas délabrées, les archives n’existent pas! Il faut de la passion et des finances pour passer au peigne fin les brocantes, les marchés aux puces, les antiquaires et retrouver de vieux documents sur l’aviation. J’ai ciblé des villes où vivait une forte communauté européenne: Casablanca, Tanger, Meknès...

Le manque d’archives est palpable aussi dans l’histoire de la navigation maritime ou l’automobile qui a fait son entrée en 1913 dans l’Empire chérifien.

- Quels sont les épisodes marquants de vos enquêtes?

- L’Ecole des pilotes de Casa Anfa a déménagé dans les années 1990 à Ben Slimane. Une grande partie de sa documentation est restée éparpillée aux sols de l’école comme les fiches de progression! J’ai passé trois jours à fouiller avant de retrouver les statuts du premier aéroclub du Maroc.

Il y a ensuite la découverte du 1er raid de 1911. Un courrier du Bacha El Gabass a été envoyé en double exemplaire au Sultan Moulay Hafid. L’un par air, l’autre via un Rekass (émissaire à dos de cheval). Ce dernier arrive à Fès six jours avant l’aéroplan. Les aviateurs ont eu une panne.  Vu le retard accusé, l’appareil sera démonté et renvoyé à dos de chameaux en France. C’est avec le sultan Moulay Youssef que le ciel marocain va s’ouvrir réellement à l’aviation. Il a soutenu le projet de la ligne Latécoère Toulouse-Rabat pour le transport du courrier. Il a eu droit à un Ouissam de grade d’officier. Le Dahir est chez la belle-fille de Latécoère et aux Archives royales.

L’histoire du jour

A bord d’un Broussard en direction de Tan-Tan. En 1968, Brahim Tahari s’envole de Tarfaya à Rabat dans le cadre d’une mission militaire avec trois autres passagers. Il se perd en cours de route.

«Il fallait compter trois oueds avant de se diriger vers Tan-Tan. Or, les rivières s’ensablent dans le désert et deviennent presque invisibles lorsqu’on est en altitude», se remémore le pilote. Il fait des cercles de certitude de 5 km et aperçoit un homme sur sa monture. L’avion atterrit dans une sebkha asséchée. Le jeune Tahari se dirige à pied vers le chamelier: «Je m’aperçois après un kilomètre de marche qu’il a un fusil à la main. Il ne répond pas à mon salamalec. Ce garde de l’armée espagnole dresse son arme en direction de Tan-Tan lorsque je lui demande mon chemin». Le pilote retourne à son avion et met le cap sur sa destination qu’il rejoint au bout de 40 mn. Tahari raconte son histoire pour la première fois, un demi-siècle après les faits.

Le 25/09/2019

Source web par : l'économiste

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