#MAROC_Report_des_crédits : Le tiers des emprunteurs n'ont pas repris le paiement des traites

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Ce phénomène de montée spectaculaire des impayés s’accompagne, pire encore, par un grand ralentissement de la production de nouveaux crédits.

C’est ce que nous révèle l’Association professionnelle des sociétés de financement. Un chiffre qui montre l’étendue des dégâts chez une grande partie de la population qui n’arrive plus à rembourser ses crédits. Le phénomène concerne essentiellement les salariés du privé, les fonctionnaires ayant gardé une situation stable malgré la crise.

Pour soutenir les ménages qui ont été affectés par le confinement, le Comité de veille économique avait décidé le 19 mars de leur accorder la possibilité de demander le report des échéances de leurs crédits sur trois mois. Une mesure qui a été prolongée ensuite de trois mois supplémentaires.

L’idée était de donner un délai de grâce gratuit (d’avril à septembre) aux particuliers qui ont des crédits à la consommation, automobiles ou immobiliers et qui seraient dans l’incapacité de poursuivre un rythme normal de remboursement à cause du confinement, de la perte de leur emploi ou la baisse de leur revenu.

Arrivée à terme en septembre, cette opération a permis à plusieurs ménages de souffler. Mais juste pour un temps… Preuve par ce chiffre que nous révèle Aziz Cherkaoui, président de la section crédit à la consommation de l’APSF : « Sur l’ensemble du secteur des sociétés de financement, seuls les deux tiers des clients qui ont recouru au report ont repris le remboursement des échéances. Le dernier tiers a soit stoppé les paiements, soit demandé de nouveaux reports », nous confie-t-il, en précisant toutefois que la majorité de la clientèle a opté pour le report sur trois mois.

Les salariés du privé sont les plus touchés

« C’est une période troublée qui a chamboulé tous nos modèles », signale M. Cherkaoui, qui nous dit que la profession devra faire à la fin de l’année un bilan de la situation, et préparer l’année 2021 qui s’annonce elle aussi difficile.

Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al Maghrib, avait déjà donné l’alerte, le 22 septembre, sur ce type d’impayés, signalant que la crainte vient surtout des sociétés de crédit à la consommation. Pour la simple raison qu’elles sont exposées à la population la plus fragile en ces temps de crise.

Mais la situation est à nuancer selon les sociétés et les niches de clientèle qu’elles ciblent. Car si les ménages ont été fortement touchés par les pertes d’emploi (les chiffres du chômage du HCP le montrent à souhait) ou par la baisse des revenus suite à des renégociations de salaires avec leurs employés, cette catégorie de clientèle est à différencier. 

« Les fonctionnaires n’ont pas été réellement touchés par la crise. Ils ont continué à être payés, et n’ont donc pas de problème de remboursement. Contrairement aux salariés du privé qui travaillent dans les secteurs qui ont été touchés par la crise. Donc, les sociétés dont le portefeuille est concentré sur les fonctionnaires ne souffrent pas trop, contrairement aux autres », nous explique M. Cherkaoui.

La production de nouveaux crédits peine à reprendre

Ce phénomène de montée spectaculaire des impayés s’accompagne, pire encore, par un grand ralentissement de la production de nouveaux crédits.

A fin octobre, Bank Al Maghrib faisait même état dans ses statistiques monétaires d’une baisse de 3,2% de l’encours des crédits à la consommation distribuée par les banques et une quasi-stagnation de ceux octroyés par les sociétés de financement.

Un constat que confirme le président de l’APSF, qui nous parle d’un coup de frein sur les prêts personnels, lié à la baisse de la demande et à la montée des risques qui rend les sociétés de crédit plus sélectives sur les dossiers de crédit. Tout en notant par ailleurs un petit rebond sur les crédits auto, qui ont repris dès la levée du confinement en juin.

Une reprise que M. Cherkaoui explique par un effet de rattrapage, mais aussi par la volonté des distributeurs automobiles de liquider leurs stocks.

« 2020 était censée être une année de salon. Les importateurs se préparaient donc à liquider leurs stocks avec des offres intéressantes. Ils ont maintenu cette politique commerciale et ont pu vendre une bonne partie de leurs stocks, bénéficiant en cela de l’effet de rattrapage des consommateurs qui n’ont pas réalisé leurs achats durant la durée du confinement ».

Mais ce rebond ne signifie pas que les chiffres du crédit auto seront en amélioration par rapport à 2019. « Sur ce segment, nous sommes en ligne avec les ventes automobiles. Comme celles-ci baissent, la production de crédit baissera aussi par rapport à l’année dernière », précise-t-il.

Globalement, tous segments confondus, les sociétés de crédit tournent comme nous le confie le président de l’APSF entre 70 à 80% du rythme d’une année normale, référence faite à l’exercice 2019.

Un constat qui reflète l’état global de l’économie, qui connaît une forte récession, mais aussi et surtout les difficultés que vivent les entreprises et l’impact sur l’emploi et la situation des salariés du secteur privé.

L’exception des crédits à l’habitat                                                  

Dans ce tableau sombre, seuls les crédits à l’habitat arrivent à tenir. Les statistiques de Bank Al Maghrib font état à fin octobre d’une augmentation de leur encours de 2,6%. Ce qui est assez surprenant, dans ce contexte de crise et de baisse de pouvoir d’achat.

Patron de CFG Bank et administrateur des Résidences Dar Essada, Adil Douiri nous donne une explication de cette bonne tenue des crédits immobiliers, qu’il constate nous dit-il aussi bien au niveau de la demande de crédits chez CFG Bank, que chez RDS où les préventes sur le troisième trimestre sont très encourageantes.

« Ce sont les crédits qui se comportent le mieux. On constate tous les jours une demande de plus en plus forte et on finira l’année au niveau de CFG sur une production supérieure à celle de 2019 », confie M. Douri.

Un fait qu’il constate également chez le promoteur immobilier RDS dont il est administrateur. « Le rythme d’écoulement des biens immobiliers est plus rapide qu’en 2019. Les chiffres des préventes du troisième trimestre sont d’ailleurs supérieurs à ceux de la même période de 2019 », ajoute-t-il.

Cet engouement pour l’immobilier, Adil Douiri l’explique par deux éléments : d’abord la baisse des prix des produits qui a été consentie par le promoteur qu’il connaît, mais qui concerne certainement tous les autres promoteurs. Ensuite, l’exonération/baisse (en fonction du segment) des droits d’enregistrement, décidée par le gouvernement dans la loi de finances rectificative de juillet 2020, qui encourage les gens à passer à l’acte.

Le gouvernement a décidé en effet de supprimer, jusqu’au 31 décembre 2020, les droits d’enregistrement pour l’acquisition de logements sociaux d’une valeur de 140 000 à 250 000 dirhams. Et de baisser ces droits de 50% pour les biens dont le prix va jusqu’à 2,5 MDH.

Pour Adil Douiri, cette mesure explique pour une partie cette ruée vers l’immobilier. Une ruée qui devrait se poursuivre selon lui au moins sur le premier semestre 2021, puisque cet avantage fiscal accordé par le gouvernement aux acquéreurs a été prolongé jusqu’à fin juin 2021. Avec, en bonus, un élargissement de l’exonération de 50% aux biens d’une valeur allant jusqu’à 4 MDH.

Le 13 décembre 2020

Source web Par : medias24

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