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Faut-il repenser le tourisme?

Faut-il repenser le tourisme?

Pour un pays en état de stress hydrique –et ça ne va pas s’arranger au cours des années qui viennent– est-il raisonnable de viser un tourisme de masse?

C’est une blague bien connue. Des touristes américains se promènent dans une ville d’Europe lorsque l’un d’eux s’inquiète soudain:

– Mais au fait, où sommes-nous?

Et un autre de répondre, après avoir consulté la feuille de route:

– On est mardi donc ça doit être la Belgique.

La blague est amusante mais elle dit quelque chose de profond. Voyager juste pour voyager, dans des villes ou des pays interchangeables parce qu’on n’en connaît rien et qu’on ne sera pas plus avancé quand on sera rentré chez soi, c’est le versant détestable du tourisme. Ça consomme inutilement des millions de tonnes d’énergies fossiles qui contribuent au dérèglement climatique, ça dégrade les sites naturels, ça avance à quoi?

Je rencontre parfois des gens qui me disent:

– Vous êtes Marocain? J’ai fait le Maroc, il y a deux ans.

Ou, se tournant vers le conjoint:

– On a fait l’Ourika, hein, Toto?

Je déteste cette expression, «faire un pays» (au lieu de «le visiter»), mais au fond elle exprime bien l’idée déprimante d’une liste de choses à faire, Bali l’an dernier, le Pérou cet été, Djibouti un jour; tout cela ne servant qu’à poster des photos sur toc-toc ou plouf-plouf– je ne sais pas comment s’appellent les réseaux sociaux à la mode aujourd’hui. Et après avoir «fait» tel ou tel pays, ils en ignorent à peu près tout, se contentant de platitudes ou de généralisations («ils sont collants»). On a fait le Maroc mais on ne sait rien du géographe Al-Idrissi, de la bataille des trois Rois ou de la scène artistique contemporaine.

Est-ce ce genre de touristes que nous voulons?

Depuis deux ans, le secteur du tourisme a beaucoup souffert chez nous. On ne peut qu’éprouver de la compassion pour tous ceux qui ont perdu leur emploi, pour les hôteliers, les commerçants, les guides… Mais n’est-ce pas justement le moment de lancer une réflexion de fond sur le type de visiteurs que nous souhaitons avoir dans notre pays?

Pour un pays en état de stress hydrique –et ça ne va pas s’arranger au cours des années qui viennent– est-il raisonnable de viser un tourisme de masse? Nous n’avons même pas assez d’eau pour nous-mêmes… Pour un pays qui a une longue Histoire, des villes chargées d’ans et de monuments, de superbes sites naturels, une gastronomie parmi les plus riches du monde, ne faudrait-il pas être sélectif, ne chercher que des touristes de qualité qui s’intéressent réellement au pays et ne se contentent pas de rôtir sur une plage? Et puis, la pandémie l’a montré, des villes entières (Marrakech, Agadir, Essaouira…) doivent-elles dépendre du tourisme? Ne faudrait-il pas y développer, en parallèle, l’industrie –de pointe, si possible– et les services?

Il est peut-être temps d’organiser des Assises nationales du tourisme pour redéfinir ce qui convient à notre pays.

Quant à nos Yankees, après la Belgique ils seront les bienvenus chez nous mais après avoir passé un petit examen pour prouver qu’ils savent deux ou trois choses du pays où ils vont promener leurs bottes. Question 1: «Combien y a-t-il de Rick’s café à Casablanca et lequel a vraiment appartenu à Humphrey Bogart?».

Le 02/02/2022

Source web par : le360

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