Agriculture: Trop tard pour le plan d’urgence?

Agriculture: Trop tard pour le plan d’urgence?

L’angoisse gagne plusieurs régions

La moitié des superficies emblavées jugée sinistrée

Sur les cinq dernières années, la corrélation entre la production céréalière et la croissance du PIB est manifeste. La réalisation des taux les plus forts correspond aux records de récoltes céréalières. Ceci, bien que les céréales ne représentent que moins de 16% de la valeur ajoutée agricole totale.

L’espoir porté sur les pluies lors de la deuxième quinzaine du mois de décembre dernier s’est évaporé. Au fur et à mesure de l’avancement de la campagne agricole, l’inquiétude des agriculteurs s’intensifie. Surtout, ceux dont l’activité porte essentiellement sur les céréales. A titre d’exemple, Fès-Saïss, cette grande région céréalière se considère déjà sinistrée. (Voir encadré).

Pareil dans l’Oriental où la Chambre d’agriculture réunie hier jeudi 14 janvier a appelé au déploiement d’urgence des mesures anti-sécheresse. Dans cette région, la pluviométrie (114 mm enregistrés) a surtout profité aux parcours. Ce qui est positif pour cette région à fort potentiel d’élevage ovin. Il n’empêche, que les agriculteurs «réclament d’ores et déjà la multiplication des points d’eau. Mais les 300.000 ha emblavés en céréales sont jugés perdus.

Dans le Haouz, le déficit hydrique est estimé à 80% en comparaison avec une campagne normale. Il est généralisé à Kelaât des Sraghna, Chichaoua, Marrakech et Rhamna. Ces zones ont reçu entre 38 et 60 mm. Et les réserves des barrages se réduisent de jour en jour. Dans ces zones, les superficies emblavées totalisent 223.000 ha contre 918.000 la campagne passée. Même si, les pluies sont au rendez-vous dans les prochains jours, il n’est plus permis de redresser la situation.

Même analyse dans le Souss. La Chambre d’agriculture estime «qu’il est urgent  de trouver des alternatives pour atténuer les effets de la sécheresse et assurer la nourriture et l’abreuvement du bétail». Cependant, la Direction régionale de l’agriculture rassure. « Le plan de sauvetage de l’élevage sera prochainement déployé», est-il précisé. 

Et d’autres régions devraient leur emboîter le pas dans les jours qui suivent.

Pour le moment, le Nord, les Doukkala et le Gharb restent les moins impactés par le déficit hydrique. Le temps froid et les rosées matinales permettent de maintenir tant peu soit-il l’humidité nécessaire au maintien des cultures.

Dans ces régions, les précipitations ont atteint en moyenne plus de 70 mm.

Ailleurs, c’est le désarroi qui prévaut.  

Globalement, le déficit hydrique s’est beaucoup aggravé depuis la fin de l’année. Il est estimé à plus de 70% par rapport à une campagne normale.

En irrigué, la situation se prête plutôt à l’optimisme. D’autant plus que la réserve des barrages à vocation agricole affiche un taux confortable: 8,5 milliards de mètres cubes. Reste à savoir si, des allocations d’eau seront affectées à la céréaliculture dans un contexte de raréfaction pluviométrique. Car, dans les périmètres irrigués, il existe également des cultures aussi exigeantes en eau que les céréales. Agrumes, maraîchage, cultures industrielles, fourrages, oléagineuses et autre arboriculture fruitière y sont pratiqués. Des cultures, qui avec l’élevage représentent 85% de la valeur ajoutée agricole totale. De plus, elles sont orientées pour une bonne part à l’export.

Pour le moment, environ 3 millions d’hectares ont été emblavés. Mais la germination n’a pas été au rendez-vous. En particulier dans les régions déficitaires en pluviométrie. Dans ces conditions, la campagne céréalière s’annonce très faible. «Et l’essentiel proviendrait de l’irrigué», anticipent de nombreux professionnels. Un constat partagé par le ministère de l’Agriculture puisqu’il a déjà concocté un plan anti-sécheresse. (Voir notre édition du 29 décembre 2015).

Selon nos informations, les scénarios envisagés sont sur la table du gouvernement. Ils seront incessamment dévoilés. De son côté, l’assurance agricole a déjà procédé à une évaluation des sinistres pressentis sur la base des superficies emblavées et des primes contractées. (Cf. L’Economiste du 4 janvier 2016).

Toutefois, des facteurs atténuent les effets du retard des pluies. A la mi-décembre, le taux de remplissage des barrages agricoles se situe, en moyenne, à 63%. De même, la dernière campagne qui s’est soldée par une production record de 115 millions de quintaux de céréales permet de capitaliser sur les stocks en aliment de bétail. Jusqu’à présent, les prix de la paille et de l’orge restent stables à des niveaux jugés compétitifs par les agriculteurs.

A.G avec les correspondants régionaux

L’épineux défi du stress hydrique

Le secteur de l’eau au Maroc fait l’objet d’enjeux majeurs. Ils tiennent à la  rareté hydrique, à l’irrégularité des pluies et à la vulnérabilité face aux changements climatiques et aux effets négatifs des activités humaines. S’ajoute l’insuffisance de valorisation des eaux mobilisées. Pour relever ces défis, le pays déploie depuis 2009 le Plan national de l’eau (PNE) basé sur une approche d’équilibre entre l’offre et la demande. Il a  également pour composante le développement durable et de plus d’équité entre le rural et l’urbain. Un programme d’économie de la ressource a été lancé à la même date. Il vise la reconversion de 550.000 ha en irrigation localisée. Pour le moment, ses objectifs ont été atteints à hauteur de 60%, selon les données du ministère de l’Agriculture.

Mais le principal enjeu tient à la rareté et le gaspillage de la ressource. Son niveau au Maroc est le plus faible au monde.

Le potentiel hydrique y est évalué à 22 milliards de m3 par an, soit l’équivalent de 700m3/habitant/an. Cette quantité pourrait chuter à 530 m3 d’ici à 2030 sous la pression, des changements climatiques et de la croissance démographique. Quant à la demande en eau potentielle, elle enregistre un trend haussier. Estimée en 2010 à près de 14,5 milliards de m3, cette demande serait de 25,5 milliards à l’horizon 2030.

De plus, le secteur de l’eau reste confronté aux coûts de mobilisation, au caractère limité des financements, à la problématique de l’érosion des sols (23 millions d’ha touchés) ainsi qu’à la perte de capacité de stockage des barrages par envasement (75 millions de m3/an). De même, les besoins des différents secteurs usagers de l’eau sont en croissance continue, notamment le secteur agricole qui est fortement consommateur d’eau (à hauteur de 80% des eaux mobilisées) et dominé par l’irrigation de surface dont l’efficience à la parcelle reste faible. Au niveau du barrage Al Wahda, l’un des plus gros ouvrages, le manque à gagner en termes de valorisation est estimé à 50%.

Fès-Meknès: Du jamais vu depuis 1982

«C’EST une campagne agricole des plus catastrophiques depuis 1982», estiment les agriculteurs de la région de Fès-Meknès. Du moins pour ceux qui pratiquent les cultures céréalières. Ces derniers scrutent le ciel avec beaucoup d’espoir.

En attendant, le déficit hydrique est énorme. Il a atteint 80%, du jamais vu depuis plus de trente ans. «Toutefois, les graines en dormance peuvent encore se régénérer…si l’on a des précipitations dans les prochains jours», affirme Mohamed Mezzour, chef de la division des filières à la Direction régionale de l’agriculture de Fès-Meknès. Sinon, il faudra tabler sur les cultures de printemps ou prévoir un programme d’urgence pour les agriculteurs sinistrés. Rien qu’au niveau de la circonscription de Fès-Boulemane, les premières pluies avaient permis, en novembre dernier, aux agriculteurs de préparer 86.720 ha. Plusieurs mesures avaient été déployées, notamment l’approvisionnement en semences sélectionnées et en engrais de fonds. Le disponible de semences chez la Sonacos et d’autres négociants était estimé à 200.000 quintaux.

Le 16 janvier 2016
SOURCE WEB Par L’économiste

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