Coopération Sud-Sud Partenariat stratégique et saut qualitatif de l’économie marocaine

Coopération Sud-Sud Partenariat stratégique et saut qualitatif de l’économie marocaine

Bouchra Rahmouni Benhida Professeur à l’Université Hassan Ier, elle est aussi visiting professor aux USA, en France et au Liban. Ses travaux de recherche lui ont permis d’intervenir dans des forums mondiaux et des special topics dans des institutions prestigieuses à Hong Kong, en France, au Liban, aux Emirats arabes unis et en Suisse. Elle compte à son actif plusieurs ouvrages : «L’Afrique des nouvelles convoitises», Editions Ellipses, Paris, octobre 2011, « Femme et entrepreneur, c’est possible», Editions Pearson, Paris, novembre 2012, « Géopolitique de la Méditerranée », Editions PUF, avril 2013, «Le basculement du monde : poids et diversité des nouveaux émergents», éditions l’Harmattan, novembre 2013 et de « Géopolitique de la condition féminine », Editions PUF, février 2014. Elle a dirigé, l’ouvrage «Maroc stratégique : Ruptures et permanence d’un Royaume», éditions Descartes, Paris, 2013.

Après une visite officielle en Russie (voir «Maroc-Russie : Vers une relation bilatérale solide et durable», Géopolis du 18 mars 2016), une tournée dans les pays du Golfe (voir «Visite stratégique de S.M. le Roi Mohammed VI dans les pays du Golfe : Un positionnement souverainiste et une autonomie stratégique du Royaume», Géopolis du 29 avril 2016), et la visite qui se déroule cette semaine en Chine (voir «Relations sino-marocaines, vers un partenariat stratégique équilibré», Géopolis du 6 mai 2016), le Maroc poursuit le renforcement de ses relations avec les pays arabes ayant des positionnements stratégiques dans la région. Le Maroc fait, désormais, bloc avec les pays du Conseil de coopération du Golfe et se positionne ainsi progressivement au centre d’un axe Europe-pays du Golfe et Afrique et étend son champ des relations diplomatiques et économiques vers les grandes puissances émergentes, comme l’illustre la signature de la déclaration conjointe concernant l'établissement d'un partenariat stratégique entre les deux pays par S.M. le Roi Mohammed VI et le Président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, mercredi dernier au Palais du peuple à Pékin. La visite effectuée cette semaine par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en Chine est le témoin d’un tournant décisif dans les relations bilatérales. En multipliant les partenariats stratégiques, le Maroc veut se donner les moyens d’avancer encore plus. C’est le sens de la nouvelle orientation diplomatique du pays. Le Royaume, dans sa phase de proto-émergence, a besoin de partenariats économiques solides. Pour devenir une puissance complète, il est important de souligner, à cet égard, l’importance de la coopération Sud-Sud, sans fermer la porte à la coopération internationale. L’objectif étant de provoquer un changement significatif dans les structures économiques par tous les moyens disponibles et possibles. La vision stratégique marocaine portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI est fondée sur le rôle capital du secteur privé, l’intégration au marché mondial et une croissance tirée par les exportations. Cela est d’autant plus important que le Maroc croit de plus en plus aux vertus de la coopération Sud-Sud et souhaite en faire un véritable levier de développement avec des retombées aussi bien aux niveaux national que régional, en l’occurrence des retombées sur le continent africain. Un développement qui tient compte des particularités africaines et qui repose sur des ressorts locaux tels l’épargne, les ressources humaines, l’ingénierie locale, etc.

Le Maroc s’est lancé depuis le siècle dernier dans un processus de libéralisation de ses échanges commerciaux à travers la signature d’une série d’accords de libre-échange. En parallèle, il a lancé des stratégies sectorielles dont les premiers résultats commencent à se faire sentir. L’émergence du secteur automobile, dont les exportations dépassent pour la première fois celles des phosphates, a permis de maintenir une bonne tendance d’évolution et de promouvoir son intégration dans la chaîne de valeur mondiale, réalisant au cours de ces dernières années des performances remarquables, doublées d’une croissance significative, notamment en termes d’emplois et d’exportations. Toutefois, des efforts restent encore à déployer en faveur d’autres secteurs à forte valeur ajoutée tels que ceux de l’agroalimentaire, de la valorisation des produits de la mer et des minerais.

Désormais, les partenariats stratégiques avec les grands émergents peuvent donc aider le Maroc à promouvoir la croissance dans des secteurs clés intensifs en main-d’œuvre. Le développement économique découle de l’ajout de valeur aux ressources, pas seulement de leur exportation à l’état brut. Un développement économique qui, en ce 21e millénaire, doit se décliner aussi au rythme du développement humain et du développement durable en saisissant les opportunités offertes par l’économie verte. Le Royaume reste très vigilant au fait que l’accès aux marchés n’est pas une finalité en soi, il s’agit moins d’ouvrir des marchés que de les conquérir, en répondant à de nouveaux standards, dictés de plus en plus par la sphère privée et de moins en moins par les gouvernements. Il s’agit des standards de travail, des standards des droits de l’Homme et des standards de labellisation. Ne pas répondre à ces standards signifie la perte de certains marchés.

Le Maroc amplifie sa marge de manœuvre stratégique en élargissant le champ de ses coopérations. Un élargissement enrichi et centré sur un positionnement en tant que carrefour à la croisée des espaces Occident-Orient. Le blocage stratégique du Grand Maghreb pousse le Maroc à trouver de nouvelles alternatives. À travers la valorisation de ses atouts de puissance continentale et de puissance maritime, le Maroc aspire à s’imposer progressivement en hub commercial régional et en carrefour incontournable à la croisée du monde arabe, de l’Europe, de l’Afrique, de l’Asie et des Amériques.

Le Maroc sur la voie de l’émergence

«Notre modèle de développement a atteint un niveau de maturité qui l’habilite à faire une entrée définitive et méritée dans le concert des pays émergents. Toutefois, les prochaines années seront décisives pour préserver les acquis, corriger les dysfonctionnements et stimuler la croissance et l’investissement.» Discours de S.M. Mohammed VI à l’occasion du 61e anniversaire de la Révolution du Roi et du peuple. «Gagner le pari de rattraper les pays émergents n’est pas impossible, quand bien même cette entreprise recèle de nombreuses difficultés et de multiples défis. Le Maroc dispose, pour relever ces défis, de toutes les potentialités nécessaires, avec, en tête, sa jeunesse lucide et responsable.» Discours de S.M. Mohammed VI à l’occasion du 61e anniversaire de la Révolution du Roi et du peuple.

Parmi les réussites du Maroc, le développement des infrastructures, une amélioration «du climat des affaires», la création de «pôles compétitifs», l’essor des énergies renouvelables ou encore la constitution de grands pôles industriels dans l’automobile (Tanger-Melloussa) et l’aéronautique (Casablanca-Nouaceur). Autant de réalisations qui ont contribué à l’amélioration de l’attractivité et la compétitivité de l'économie nationale.

Partenariat stratégique entre le Maroc et les pays du Golfe

La visite effectuée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans la région du Golfe est le témoin d’un tournant des relations bilatérales entre le Maroc et les pays membres du Conseil de coopération des pays du Golfe (CCG). Car au-delà des réunions et de la signature des accords, ce qui a marqué les esprits c’est le discours prononcé par le Roi Mohammed VI. Ce discours est un appel pour donner une impulsion encore plus forte à ce partenariat stratégique et multidimensionnel qui est une expérience réussie fondée sur des projets concrets et un partenariat indéfectibles sur tous les plans aussi bien économique, militaire que sécuritaire. Les deux parties ont en effet une base solide, faite de culture commune et de fraternité entre les peuples, sur laquelle ils peuvent facilement s’appuyer pour développer une vision économique, stratégique et géopolitique commune et novatrice puisqu’il s’agit de se concerter et de coordonner les positions sur les questions internationales d’intérêt commun dans un contexte régional et international perturbé.

La relation qui unit le Maroc aux pays du Golfe est certainement l’une des plus riches et des plus profondes qui existe dans le monde arabo-musulman. D’abord historique, ensuite culturelle et religieuse avec notamment le référentiel commun de l’Islam sunnite. À cela s’ajoute l’engagement sans faille de ces pays pour la paix et la stabilité. Enfin, cette relation ne serait pas aussi profonde sans les flux humains continus qui permettent une union forte entre les peuples. Dès 2011, à travers un partenariat stratégique, le Maroc et les pays membres du CCG étaient résolus à renforcer leurs relations et à rendre son côté économique aussi dynamique que les autres aspects. En 2014, les pays du CCG sont à l’origine de 28% des investissements directs étrangers au Maroc.

Relations Maroc-Russie

Sur le plan économique, conscient du rôle déterminant qu’il peut jouer dans la mondialisation, le Maroc met en œuvre tous les moyens dont il dispose pour se mettre en valeur et tirer le meilleur parti possible de ses relations avec ses partenaires et booster son développement économique. La Russie est un acteur de plus en plus important de la mondialisation. Elle est actuellement le premier client du Maroc en matière d’agrumes : elle absorbe 60% du volume exporté quand l’Union européenne en absorbe 30% et l’Amérique du Nord entre 10 et 15%. Elle est également importatrice de farine et d’huile de poisson. Les opérateurs marocains en sont conscients et multiplient les actions pour renforcer leur présence dans ce pays. En 2014, le volume des échanges commerciaux a atteint plus de 5 milliards de dollars, confirmant ainsi la place du Maroc parmi les premiers partenaires commerciaux de la Russie sur le plan arabe et africain. La Russie va participer au développement du GNL (gaz non liquéfié) au Maroc et en assurer la sécurité d’approvisionnement à travers le groupe public russe Gazprom considéré comme le premier producteur, exportateur et détenteur mondial de gaz naturel.

Les Russes auront peut-être aussi des choses à apprendre du Maroc. Vu la situation sécuritaire actuelle dans le monde, marquée par la montée du terrorisme, le Maroc est un allié de taille pour lutter contre le djihadisme. Quand le Maroc arrive à réduire la pauvreté sur son sol, la Russie voit le nombre de pauvres passer de 15 à 23 millions de personnes en une année entre 2014 et 2015. Au moment où le Maroc est cité en exemple en matière de développement économique diversifié alliant croissance et durabilité, la surdépendance russe aux hydrocarbures expose la fédération à des chocs exogènes. Alors que le Maroc développe un système bancaire qui contribue à faire de lui le deuxième investisseur africain sur le continent, l’infrastructure bancaire russe est sous-développée puisqu’elle demeure dépendante des grandes banques étrangères et est souvent adossée aux grands groupes énergétiques.

Le paradoxe croissance-chômage

On le qualifie souvent de paradoxe. Les économies africaines sont en croissance constante, mais le chômage reste massif du fait que le nombre de jeunes entrant sur le marché du travail chaque année dépasse la capacité d’absorption du secteur formel. Selon la Banque mondiale, des millions de jeunes Africains font leur entrée sur le marché du travail chaque année. À l’horizon 2040, la main-d’œuvre du continent devrait représenter 1 milliard d’individus, devant la Chine et l’Inde.

Pourquoi ce paradoxe ? Eh bien, il faut souligner que la croissance économique soutenue en Afrique durant la dernière décennie a été tirée par l’exportation de matières premières ou de ressources naturelles. Cette croissance tirée par les produits de base est fortement intensive en capital, avec peu d’impact sur l’emploi domestique. En outre, rappelons que le développement économique découle de l’ajout de valeur aux ressources, pas seulement de leur exportation à l’état brut. Les pays africains doivent désormais faciliter la croissance dans des secteurs clés intensifs en main-d’œuvre.

Aussi, il n’y a pas d’industrialisation, pas même dans la production agricole. L’Afrique a l’opportunité de se lancer dans le secteur manufacturier, une industrie intensive en main-d’œuvre qui pourrait résoudre le problème persistant du chômage et généraliser l'emploi. La Banque africaine de développement avait déclaré, à juste titre, que «l’industrialisation est une condition préalable pour la transformation économique de l’Afrique».

Le 16 Mai 2016
SOURCE WEB Par LE MATIN

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