Fès-Investissements: Les opérateurs lancent un appel de détresse

Fès-Investissements: Les opérateurs lancent un appel de détresse

Lutter contre la culture de la «sinistrose» et instaurer l’optimisme, tempère le maire

P2I, autoroute Fès-Tanger-Med, et des projets structurants… parmi les doléances

La ville a assez souffert des duels des «gladiateurs de la politique»

Le quartier Al Massira, appelé aussi Chichane, est un exemple de l’habitat anarchique. Sous-équipée, cette localité comme beaucoup d’autres à Fès est à forte densité. Elle concentre pauvreté, prostitution, criminalité et extrémisme... bref un cocktail molotov. Ce n’est pas fortuit si souvent Fès est qualifiée de «bombe à retardement» (Ph. YSA)

«Le billet de santé du malade “Fès” est cliniquement inquiétant. Il n’épargne personne et aucune structure». C’est en tout cas la conviction de bon nombre d’opérateurs économiques.  Pour l’économiste Abdou Jouahri, la situation actuelle de la capitale spirituelle du Royaume nécessite une véritable réflexion et surtout des projets conséquents. Cet ancien chef d’entreprise (Somagaz) croit dur comme fer que «l’implication de toutes les composantes est vitale». Même son de cloche auprès de Driss El Azami El Idrissi, maire de Fès, qui a rencontré dernièrement les opérateurs économiques de la ville, à l’initiative de la CGEM Fès-Taza (cf. www.leconomiste.com). Rencontre qui avait réuni plus de 200 personnes et qui continue d’animer les débats avec un seul mot d’ordre: «doit-on quitter cette ville et investir ailleurs?». Unanimes, les opérateurs ont lancé un appel de détresse. Face à l’impasse et au manque d’attractivité de leur ville, certains ont réclamé une intervention royale. «Que pouvons-nous faire?», s’interroge Mohamed Staouni, coordinateur de la rencontre et comptable affilié à la CGEM. «Il faut garder son optimisme», tempère le maire. «Et s’éloigner de la culture de la “sinistrose”», renchérit Jouahri.

Pour aller vite, Mohamed Kabbaj, ancien wali de Casablanca, suggère une politique de «rupture». A commencer par la lutte contre un état d’esprit pessimiste qui émerge progressivement à travers les différentes rencontres économiques, sociales, et politiques se déroulant à Fès.

La zone industrielle Bensouda est un spectacle de désastres. Chaussées fissurées, chiens errants, ordures, ferrailles... à l’image d’une industrie en voie de disparition. La ZI emploie 2.000 personnes et la mairie lui réserve 2 millions de DH (sur 21 millions) pour sa réhabilitation. Mais, les industriels payeraient-ils leur participation (6,5 millions de DH). Pas sûr... (Ph. YSA)

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En fait, le discours politique a prévalu depuis fort longtemps dans la cité Idrisside. Il a même déclassé le véritable débat qui doit se traduire par des actions correctives en mesure d’apporter des solutions à une ville qui donne l’impression d’un havre de paix, mais au fond meurtrie et sous le joug des clivages, des dissensions et des conflits d’intérêts. La dernière rencontre entre le nouveau maire et les industriels a dévoilé, sans ambiguïté aucune, ou interprétation abusive, le fossé qui sépare le politique de l’économique. Cette «confrontation» a mis en évidence des préjugés, néfastes et nuisibles pour une bonne gouvernance du territoire. Ceci, à la veille de l’activation des mécanismes de la région avancée. «La rupture avec les pratiques du passé, les ripostes politiciennes, la culture des doléances, et surtout avec la théorie du complot, doit se manifester, de prime abord, par la dépersonnalisation des maux dont souffre la ville. Il en est de même pour la dépolitisation des projets structurants, et l’interaction active et symbiotique, en considérant le territoire et son développement  en synergie et dynamique de groupe une priorité absolue», souligne Jouahri. Pour lui, «la ville traverse une zone de turbulence inquiétante et interpellante». Aussi, la rumeur amplifie les incertitudes et les interrogations et encourage la transhumance telle insinuée par certains intervenants à l’occasion de la conférence de la CGEM.

A cet effet, les agrégats présentés par Mohamed Kabbaj, ex-conseiller du Roi, les indicateurs de performances et la plateforme de débat soulignés par Mohamed Berrada Rkhami, président de l’union patronale, l’analyse du Pr. Brahim Belgaid, et les interrogations pertinentes sur le manque de projets structurants, la P2I, l’autoroute Fès-Tanger-Med, l’inauguration de l’extension de l’aéroport, les monuments de la médina et autres non des moindres importantes interventions, devraient logiquement constituer le centre d’intérêt du maire El Azami. Ce dernier, rappelons-le, est en charge d’un poste ministériel (ministre du Budget) prédisposant à une maîtrise conséquentielle des mesures qu’il y a lieu d’entreprendre pour sortir la ville de sa léthargie et son hibernation continuelle.  En outre, la ville a assez souffert des téléscopages et des duels des «gladiateurs de la politique». A telle enseigne qu’on la surnomme la ville laboratoire et le creuset de la rumeur. Certes, les legs du passé sont assez lourds, amplifiés par le cumul «en pyramide de Ponzi» des problèmes et l’absence de vision stratégique limpide d’assainissement et de remise à niveau de la ville. «Cependant, elle dispose d’une grande richesse, volontairement écartée, souvent brimée et potentiellement porteuse de danger, dans l’esprit de certains politiques», estime Jouahri. Et de conclure: «la ville regorge de pépinières, de ruches de jeunes cadres et chefs d’entreprises qui constituent une réserve d’énergie et d’espoirs, assoiffée de challenge, qui ne demande, qu’à être bien encadrée pour reprendre le témoin et redresser une ville en perte de vitesse, de passé et de célébrité».

Une feuille de route

De l’avis de Mohamed Kabbaj, président de l’association Fès-Saïss, «il faut créer un consensus autour d’objectifs, travailler en commun, soulever les difficultés majeures et créer les organes d’exécution avec des structures stables… Il faut établir rapidement les plans d’exécution, avec le contrôle et le suivi qu’il faut, et trouver les systèmes de financement». Kabbaj s’est dit prêt à mettre son expertise au profit de la ville. Son discours inspirant et les interventions des opérateurs devraient constituer les ingrédients d’une feuille de route et les repères des mesures qui doivent déclencher, matérialiser les préalables d’une véritable rupture. En attendant, les industriels souhaitent un discours politique motivé, réaliste et convaincant, et des projets qui puissent assurer un regain de confiance.

Volonté de rupture

Le constat est plus qu’évident. Des quartiers industriels déstructurés, greffés de magouilles, une anarchie galopante de l’immobilier, un commerce ankylosé par l’informel et l’abus de l’espace public, un tourisme victime de ses contradictions et ses querelles intestines, une université en proie à des grèves latentes, un schéma directeur qui défie les lois urbanistiques et le citoyen partagé entre l’expectative, les prémonitions et la procrastination… Tel est le diagnostic établi par les opérateurs économiques de la ville. Demeure, selon eux, la seule et sérieuse alternative de la volonté de la rupture. Celle-ci génère et induit une mobilisation générale, une solidarité agissante et une reprise de conscience collective afin de s’unir autour d’un seul et unique projet. Il s’agit de remettre sur les rails, un patrimoine, une histoire, une mémoire, une identité, une ville qui espère un séjour très prolongé du Roi, afin de reprendre son souffle et palper la mobilisation. En tout cas, le Souverain est attendu cette semaine à Fès.

Le 03 Juin 2016
SOURCE WEB Par L’économiste

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