Enseignement supérieur Les filières classiques ont toujours la cote, mais de nouveaux métiers émergent

Enseignement supérieur Les filières classiques ont toujours la cote, mais de nouveaux métiers émergent

Le palmarès 2015 des filiales les plus prisées par les jeunes étudiants confirme le choix de carrière orienté vers la médecine, l'ingénierie et l'architecture. La formation professionnelle continue aussi de séduire les bacheliers qui optent pour des filières professionnalisantes. Les nouveaux métiers ne sont pas en reste.

Ils sont 158.933 candidats à avoir réussi le baccalauréat au terme de la session ordinaire de juin 2016, dont 151.261 sont scolarisés. Selon les chiffres révélés par le ministère de l'Education nationale et la formation des cadres, le taux de réussite dans les filières scientifique, mathématique et technique a atteint 51,74% ; 34,23% pour les filières littéraire et originelle, et 88,2% pour le bac marocain international.

Autant les jeunes sont heureux d'avoir obtenu le Graal, autant ils sont confrontés à un souci de taille : choisir leurs études supérieures. Souvent, cette décision est tout aussi stressante que l'examen lui-même. Et pour cause ! la plupart des étudiants sont mal orientés et/ou peu informés sur les besoins du marché de l'emploi. Cette incompréhension du besoin réel des entreprises fait que la majorité des bacheliers continuent à opter pour les filières dites «classiques», à savoir la médecine, l'ingénierie et la gestion. À côté de ce choix, il faut noter l’engouement des étudiants pour les formations professionnalisantes. «Les filières les plus prisées par les étudiants marocains sont en premier rang les filières de formation aux diplômes spécifiques aux établissements universitaires à accès régulé, qui dispensent des formations professionnalisantes s’inscrivant étroitement dans l’objectif de répondre aux besoins du marché», indique le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation des cadres. Il s'agit des Écoles supérieures de technologie (EST), des Facultés des sciences et techniques (FST), des Facultés de médecine et de pharmacie (ils étaient 2.036 inscrits l'année dernière), des Facultés de médecine dentaire (plus de 400 étudiants), des Écoles d’ingénieurs (EI), des Écoles nationales de commerce et de gestion (ENCG), de l'École supérieure Roi Fahd de traduction de Tanger et des Écoles normales supérieures d’enseignement technique (ENSET).

Ainsi, en 2015, les Instituts et écoles publics ont compté pas moins de 3.728 nouveaux inscrits, dont 204 étudiants étrangers et 2.496 filles. 2195 d'entre eux ont choisi les Instituts supérieurs des professions de l’infirmerie et des techniques de santé, alors que 466 ont opté pour l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II et 118 pour l'École nationale d'architecture.

Les mêmes secteurs sont recherchés aussi par les étudiants qui choisissent de poursuivre leurs études dans les écoles et instituts privés. En effet, sur les 9.566 inscrits en enseignement privé, 604 choisissent la médecine générale ou dentaire et quelques 1.004 étudiants s'inscrivent dans les classes préparatoires toute branche confondue. Le management, les banques et finances, la gestion et commerce, l’architecture et la communication ont également la cote dans le cadre privé. En outre, face aux nouveaux défis économiques et écologiques que connait le monde et auxquels le Maroc fait face aussi, de nouvelles filières ont vu le jour liées spécialement à l’environnement et l’aéronautique. «D’après une étude réalisée par

l’Anapec, plus de 40% des besoins au Maroc concernent les nouvelles technologies, l’automobile et l’aéronautique en 2015. Ces besoins en recrutement convergent avec les ambitions stratégiques du Maroc qui est de devenir un acteur incontournable dans ces secteurs d’activités», précise Ismaïl Belabbes.

Ainsi, des centaines d’étudiants se sont inscrits en 2015 dans des filières comme : Géosciences appliquées à l’environnement ; Traitements des eaux et des déchets solides ; Gestion de l’irrigation et environnement ; Environnement et techniques de l'eau ; Génie industriel et énergies renouvelables ; Sciences de l’environnement et du développement durable... que ce soit dans les établissements publics ou privés.

Quant aux créneaux les plus en vogue actuellement, Mustapha Faiq, DG d'Orientation Carrefour, cite des filières comme le marketing, la communication, l’ingénierie mécanique, aéronautique, les énergies renouvelables et le BTP.

Enfin, il convient de souligner que ces étudiants, par manque d’orientation, choisissent leurs filières soit par influence, par surestime ou sous-estime de soi, ou encore parce que la note générale ne permet pas d'accéder à la branche désirée. En effet, la mention est la raison pour laquelle un grand nombre de jeunes optent pour les études dites «classiques». «J'aurai aimé suivre des études en pharmacie, mais j'ai eu une note inférieure à 13, alors il ne me reste que la Fac. J'hésite entre le droit et l'économie», confie Kawtar, 17 ans, bac scientifique.

À noter par ailleurs qu’un important nombre d’étudiants optent aussi pour des études supérieures dans le domaine des sciences juridiques, sociales et des langues. Ainsi, selon les derniers chiffres du ministère de l’Enseignement supérieur, 81.152 étudiants sont inscrits en Sciences juridiques, économiques et sociales, contre 55.929 inscrits en Lettres et sciences humaines. Les Facultés des langues accueillent près de 10.669 étudiants qui ont choisi notamment le chinois, l’allemand, l’italien, le portugais, l’espagnol et l’anglais, alors que les études amazighes accueillent 471 jeunes. Si certains étudiants scientifiques finissent par choisir des filières littéraires après le bac, d'autres (43.291) préfèrent les domaines scientifiques et techniques. Ainsi, 12.928 sont inscrits en Sciences de la vie et de la terre ; 20.004 en Sciences de la matière physique et Sciences de la matière chimie ; 3.883 en Mathématiques et Informatique ; 2.197 en Biologie, Chimie, Géologie ; 2.339 en Maths, Informatique, physique ; 49 en Géosc, appliquée à l’environnement ; et 978 en Électronique électrotechnique automatique.

Entretien avec Mustapha Faïq, directeur général du groupe Orientation Carrefour

«Les jeunes ne s'informant pas, beaucoup de domaines et de nouveautés leur échappent»

Éco-Emploi : D'après votre expérience, quelles sont les filières qui intéressent le plus les étudiants ?

Mustapha Faïq : Les filières les plus sollicitées sont principalement la médecine, l’ingénierie (génie civil, informatique) et l'architecture. Quant aux créneaux les plus en vogue, actuellement, on peut citer les études en marketing, communication, ingénierie mécanique, aéronautique, énergies renouvelables et BTP.

Pourquoi les étudiants choisissent-ils des filières plus que d'autres ?

En parlant des filières les plus demandées, cela conduit à penser à la décision en orientation ; laquelle décision peut être fondée sur une bonne connaissance de soi et sur une information actualisée et authentique par rapport aux besoins du marché de l'emploi.

Cependant, la plupart de nos jeunes choisissent leur orientation surtout par influence ou par une représentation fantaisiste qu'ils ont d'eux-mêmes. Le choix peut être également lié à une image socioculturelle stéréotypée. Les jeunes ne s'informant pas, d'où l'ignorance de beaucoup de domaines et de nouveautés.

Comment aidez-vous les étudiants à faire les bons choix ?

Le Centre d'orientation pour les études et les métiers, filière d'Orientation Carrefour, assure un rôle accompagnateur dans la mesure où il aide ses candidats à mieux se connaître et avoir les outils nécessaires leur permettant d'élaborer un projet d'orientation et de passer à l’exécution d'un plan d'action et à sa réalisation. Il faut dire que cette opération est souvent conduite par des coachs, éducateurs, psychologues et conseillers en orientation.

Ces filières qui intéressent davantage les jeunes répondent-elles aux besoins des entreprises ?

Effectivement, et sachant que le Maroc qui ne cesse de développer des politiques encourageant l'industrie automobile, aéronautique et les énergies renouvelables, ces secteurs connaissent aujourd'hui une dynamique sans précédent axée non seulement sur la préparation d'une infrastructure susceptible de répondre aux normes internationales, mais aussi sur la formation de profils capables de s'impliquer et de s'intégrer activement dans cet élan participatif de productivité et de performance économique.

3 questions à Ismaïl Belabess, consultant RH et associé MCBI Conseil

«Il existe encore un décalage entre le niveau d’exigence des entreprises et les formations proposées»

Éco-Emploi : Quelles sont, du côté des entreprises, les besoins en compétences les plus urgents ?

Ismaïl Belabbess : D’après une étude réalisée par l’Anapec, plus de 40% des besoins au Maroc concernent les nouvelles technologies, l’automobile et l’aéronautique en 2015. Ces besoins en recrutement convergent avec les ambitions stratégiques du Maroc à savoir devenir un acteur incontournable dans ces secteurs d’activités. Ainsi, de nombreux métiers en lien avec ces spécialités sont incontournables. Par exemple dans les fonctions supports, les professionnels RH ayant une expérience dans l’industrie et/ou ayant surtout une parfaite compréhension de l’industrie sont convoités afin de staffer les unités de production.

Les métiers dits techniques et très spécifiques aux métiers de l’industrie comme les responsables qualité fournisseurs, les responsables et les techniciens maintenances spécialisés dans les industries aéronautique et automobile sont également sollicités.

Les métiers décrits ci-dessus ont une caractéristique commune, ce sont des métiers d’encadrement de proximité. Ainsi au-delà des compétences techniques, on est avant tout en quête d'hommes et de femmes ayant une personnalité et qui sauront gérer une équipe, échanger et gérer des projets avec la direction, des positions de cadres intermédiaires.

Enfin, dans le secteur de l’offshoring et dans le secteur de la production, les agents de production sont activement sollicités.

Les nouvelles orientations de formation des jeunes répondent-elles à ces besoins ?

Il existe une offre de formation large au Maroc dispensée par le public et par le privé. Selon la Banque africaine de développement, le Maroc s’oriente vers un système d’éducation et de formation flexible, réactif et plus ancré dans le milieu professionnel avec par exemple le renforcement du Brevet de technicien supérieur (BAC+2).

Les universités ont la volonté de s’articuler avec leur environnement socio-économique. Le système éducatif est résolu à prendre en compte les besoins en formation prévus par les stratégies sectorielles (Agriculture, services, tourisme, numérique, commerce, industrie, artisanat et transport). Ainsi de nombreux établissements publics et privés proposent à présent des formations dans les secteurs précités.

Oui, les jeunes au Maroc sont soucieux de répondre à ces besoins, ils se sentent concernés et soucieux de faire le bon choix pour une insertion professionnelle réussie.

Cependant, il existe encore un décalage entre le niveau d’exigence des entreprises internationales et les formations proposées. Il serait donc intéressant que les organismes de formations développent des partenariats avec les entreprises existantes sur le territoire pour répondre à leurs

attentes.

Enfin, les formations dispensées par l’enseignement privé sont payantes et non accessibles à tous.

Qu’elles sont, d'après votre expérience, les métiers qui recruteront le plus demain ?

En cohérence avec les orientations du Maroc ayant engagé différents plans sur les prochaines années et les mutations des métiers, nous nous orientons de plus en plus vers des compétences dans les nouvelles technologies. Dans le secteur aéronautique et automobile, les métiers évoluant dans l’électronique sont devenus indispensables. L’utilisation massive des réseaux sociaux, le boom des objets connectés et la transformation digitale des entreprises, le marché du big data ne cesse de croître.

Ainsi, les profils combinant les compétences analytiques et informatiques seront fortement demandés. Enfin, le secteur des services devrait également rechercher de nombreuses compétences. Le secteur de la santé devrait dans les prochaines années être en quête de profils grâce à l’arrivée de plusieurs groupes opérant dans ce secteur et à la modernisation et au développement des infrastructures existantes. Enfin, le tourisme et plus précisément le secteur de l’écotourisme est une nouvelle activité au Maroc qui est à la recherche de profils ou d’entrepreneurs sensibles à cette forme de tourisme.

Le 06 Juillet 2016
SOURCE WEB Par Le Matin

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