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Les plantes aromatiques médicinales à lépreuve de la mondialisation

Les plantes aromatiques médicinales à lépreuve de la mondialisation

Sauvegarde des ressources naturelles Lancement d’un projet d’exploitation durable de ce patrimoine naturel national. Toutefois, la filière est incapable de répondre au règlement européen REACH (enregistrement, évaluation et autorisation de substances chimiques). La filière des PAM réalise annuellement des recettes de 615 millions de DH à l’exportation et offre quelque 500 000 journées de travail. «Le Maroc possède un grand potentiel en matière de plantes aromatiques et médicinales (PAM). Il existe en effet dans notre pays quelque 4 200 espèces sauvages, dont 60 possèdent des vertus aromatiques et médicinales. Malgré cette richesse naturelle, nos PAM ne sont pas valorisées. La filière réalise annuellement des recettes de 615 millions de DH à l’exportation et offre quelque 500 000 journées de travail», a indiqué Ahmed Azeroual du Haut commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLD), lors de l’atelier de démarrage du projet «PAM : intégration de la biodiversité dans les chaînes de valeur des plantes aromatiques et médicinales méditerranéennes au Maroc», organisé dernièrement à Rabat. Ce projet vise le développement rural. «L’objectif principal de notre projet est de participer au développement du milieu rural. Il existe des opportunités pour les PAM marocaines dans un marché mondial qui connaît une croissance annuelle de 10% et réalise un chiffre de 43 milliards de dollars. Devant cette réalité, il faut créer une économie autour de cette filière grâce au recours aux pratiques d’exploitation durable des ressources naturelles. Nous allons organiser à cet effet les associations villageoises sous forme de petites coopératives», a souligné le Haut Commissaire aux eaux et forêts, Abdeladim El Hafi. Pour le représentant-résident du Pnud au Maroc, le marché international des PAM offre de nouvelles perspectives en raison notamment de l’intérêt croissant pour les médecines douces. Le Maroc doit tirer bénéfice d’une manière durable des retombées économiques du secteur en garantissant une traçabilité des produits via une certification. Sur ce registre, cet atelier a été l’occasion pour présenter la certification FairWild pour la collecte durable des PAM sauvages afin de garantir un meilleur prix pour les PAM marocaines. Car pour les spécialistes, l’avenir appartiendra aux produits certifiés dont l’exploitation assure un équilibre écologique. «Il faut certifier pour pouvoir avoir une part du marché international», a noté Ali Chafai Elalaoui, coordonnateur national du projet PAM. Le projet «PAM : intégration de la biodiversité dans les chaînes de valeur des plantes aromatiques et médicinales méditerranéennes au Maroc» vise à introduire des activités génératrices de revenus en concertation avec les populations locales dans quatre régions pilotes : Jerada/Talsint (Oriental), Chefchaouen (Rif), Timahdit/Azrou (Moyen-Atlas), Ijoukak/Marrakech (Haut-Atlas). Par ailleurs, le choix a été porté sur quelques plantes : romarin, thym, pyrèthre, origan. Ce projet sera mené par le HCEFLCD et le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), en collaboration avec le ministère de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, le ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime, l’Agence de l’Oriental, l’Agence pour la promotion et le développement économique et social des provinces du Sud. En plus du financement des partenaires nationaux, le projet bénéficie d’un don du PNUD et du Fonds pour l’environnement mondial (FEM). Si actuellement, le mot d’ordre est de miser sur la valorisation du produit «PAM-Maroc» en transformant un secteur fournissant des matières premières à un secteur produisant une valeur ajoutée, il faut aussi que la filière réponde au règlement européen REACH (Enregistrement, évaluation et autorisation de substances chimiques). L’objectif de cette nouvelle réglementation est d’enregistrer d’ici 2018, les quelque 30 000 substances fabriquées ou importées dans l’UE et enregistrer les risques liés à leur utilisation. Ainsi, les exportateurs marocains des matières chimiques vers l’UE devront eux aussi se conformer à cette nouvelle réglementation, y compris la filière des plantes aromatiques et médicinales (PAM). «En matière d’huiles essentielles, le Maroc pour le moment n’est pas prêt à répondre aux exigences de Reach», a indiqué Mustapha Ismaili Alaoui, enseignant-chercheur à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II (IAV) et président de la Société marocaine des plantes aromatiques et médicinales. ________________________________________ Stratégie nationale La stratégie nationale pour le développement de la filière des plantes aromatiques (PAM) a été réalisée en partenariat avec l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID). Parmi les réalisations, l’élaboration d’un diagnostic du patrimoine naturel (inventaire et cartographie), du potentiel de production existant et des conditions socioéconomiques de son exploitation ainsi que la définition des conditions de préservation (conservatoire in situ et ex-situ, banque de gènes). Autres actions proposées, la valorisation des PAM et l’étude des conditions de leur domestication, particulièrement pour celles à grande valeur ajoutée et menacées. Cette stratégie nationale a abordé les possibilités d’investissement, en orientant les futurs patrons vers des produits à forte valeur ajoutée, destinés aussi bien au marché intérieur qu’à l’exportation. ________________________________________ Questions à : Mustapha Ismaili Alaoui, président de la Société marocaine des plantes aromatiques et médicinales «Des chercheurs décident à la place des professionnels» Selon vous, quels sont les principaux obstacles que rencontre le secteur des plantes aromatiques et médicinales (PAM) ? Le secteur des PAM souffre du manque de coordination à l’échelle institutionnelle et professionnelle. Les intérêts personnels priment sur les intérêts de la filière. On se contente de travailler dans son petit coin. Les contraintes biologique et technique du secteur ne sont traitées que dans des bureaux. Quelles sont les solutions que vous proposez pour créer une économie autour du secteur des PAM au Maroc ? Il faut veiller à l’application de la stratégie nationale des PAM élaborée par le Haut Commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLD) en concertation avec les acteurs de la filière. Il est aussi nécessaire de créer la Fédération des producteurs et transformateurs pour identifier les vrais problèmes du secteur. Par ailleurs, les chercheurs ne doivent intervenir que pour résoudre des problèmes identifiés par les professionnels. Depuis longtemps, on trouve des chercheurs qui décident à la place des professionnels et à haut niveau. La filière a besoin de tout le monde pour avancer et non pas seulement des personnes influentes. Les PAM au Maroc sont-elles menacées par la biopiraterie ? Oui le Maroc est menacé par la biopiraterie. Car du moment qu’on ne dispose pas de notre codex aromatique des matières aromatiques marocaines, ces dernières sont utilisées comme étant des ingrédients par les importateurs étrangers. Lesquels travaillent avec notre menu, allez savoir si on met l’appellation «Maroc» dessus. La SOMAPAM s’est engagée lors de l’élaboration de la stratégie nationale à réaliser ce codex avec la profession. Avec la mise en œuvre de la réglementation Reach, notre association avait organisé un atelier pour le lancement du CODEX afin de protéger notre endémisme. Car ce n’est qu’avec un CODEX aromatique que nous pouvons faire la promotion du label qualité Maroc et nous protéger contre l’usurpation de notre patrimoine aromatique et médicinal. ________________________________________ Le règlement européen «Reach» «Reach» est le nouveau Règlement sur l’enregistrement, l’évaluation, l’autorisation et les restrictions des substances chimiques mis en place par l’Union européenne (UE). Entré en vigueur le 1er juin 2007, ce dispositif vise à renforcer la sécurité des consommateurs. L’objectif de cette nouvelle réglementation est d’enregistrer d’ici à 2018, quelque 30 000 substances fabriquées ou importées dans l’UE et enregistrer les risques liés à leur utilisation. Selon cette nouvelle réglementation, les substances chimiques produites ou importées à plus d’une tonne par an et par fabricant ou importateur devront faire l’objet d’une analyse de risques. Ce programme a été décidé pour renforcer l’industrie chimique européenne, qui représente 31% de la chimie mondiale. Il ne vise pas seulement les substances chimiques au sens strict, mais aussi les plantes aromatiques et médicinales (PAM). Cette nouvelle règlementation va imposer des conditions draconiennes aux plantes aromatiques et médicinales nationales. En effet, les huiles essentielles marocaines sont riches en composés décrits par cette nouvelle réglementation comme étant des substances chimiques. Cet amalgame touchera aussi bien les produits chimiques de synthèse que les produits naturels (huiles essentielles). • La stratégie nationale des PAM a été réalisée dans le cadre du programme «Agriculture et Agrobusiness Intégrés» (AAI) financé par l’Agence américaine pour le développement international (USAID) • Les experts estiment qu’il existe environ 20 000 espèces de plantes utilisées dans le monde pour des fins alimentaires, cosmétiques, chimiques, pharmaceutiques, thérapeutiques et agro-alimentaires • Parmi les 40 000 espèces végétales qui existent au Maroc, plus de 280 plantes sont actuellement exploitées. Publié le : 3 Juin 2012 – SOURCE WEB Par Rachid Tarik, LE MATIN