Le Maroc est-il responsable de la radicalisation des auteurs des attentats de Barcelone?

Le Maroc est-il responsable de la radicalisation des auteurs des attentats de Barcelone?

La totalité des auteurs impliqués dans les attentats de la Catalogne a quitté le Maroc en bas âge ou nourrissons. Pourtant, les médias occidentaux persistent à parler de terroristes marocains. Qu’ont-ils de marocain les auteurs de ces attentats et qui est responsable de leur radicalisation?

"Les terroristes marocains", le "terroriste marocain"… Qu’est-ce qu’on aura vu et entendu la nationalité marocaine intimement collée à la peau des terroristes qui ont frappé à Barcelone et à Cambrils en Espagne. Les médias occidentaux soulignent de façon quasi systématique la nationalité des auteurs de ces attentats, comme pour mieux éloigner le péril… qui ne peut venir que d’ailleurs. Un sociologue franco-iranien, Farhad Khosrokhavar, a même publié une contribution dans le journal Le Monde avec ce titre sensationnaliste: "Le Maroc exporte ses djihadistes".

Dans cette contribution, le sociologue nous explique que les terroristes marocains ou "d’origine marocaine" opèrent en groupe, contrairement à ceux d’autres pays qui agissent seuls. Il est étonnant qu’un sociologue ne prenne pas le recul nécessaire pour chercher à connaître le parcours des auteurs des attentats de la Catalogne et dans quelles conditions ils ont été radicalisés. Il n’est pas d’ailleurs le seul dans cette posture qui préfère les raccourcis à l’identification des vrais problèmes.

A quel âge les auteurs des attentats de la Catalogne ont quitté le Maroc?

Le conducteur de la fourgonnette blanche qui a déboulé, jeudi 17 août, sur l’avenue Las Ramblas à Barcelone, faisant 13 morts et 120 blessés, s’appelle Younès Abouyaaqoub. C’est le principal auteur des attentats de Barcelone et son nom est toujours associé par les médias à sa nationalité marocaine. Agé de 22 ans, Younès Abouyaaqoub est né à Mrirt, une ville située au Moyen Atlas, et il a émigré en Espagne, en compagnie de ses parents, à l’âge de 7 ans. Younès Abouyaaqoub est tombé le 21 août sous les balles des Mossos (la force de police de la Catalogne). Son frère Houssain, l’un des cinq assaillants abattus par la police catalane à Cambrils, a émigré en Espagne alors qu’il était âgé de 4 ans. Dans quelle école pour terroristes en herbe ont été formés au Maroc les frères Abouyaaqoub? Le plus âgé des deux frères ayant quitté le Maroc âgé à peine de sept ans!

Regardons le profil des autres Marocains impliqués dans les attentats de la Catalogne. Les frères Hichamy, Omar (21 ans) et Mohamed (24 ans), également abattus à Cambrils, sont également natifs de Mrirt. Ils ont quitté le Maroc en direction de l’Espagne, respectivement à l'âge de 3 et de 6 ans. Leur nationalité marocaine est soulignée chaque fois qu’ils sont nommés dans la presse. C’est à croire qu’ils ont pris le terrorisme dans le biberon.

Le cas des frères Aalla est encore plus édifiant. Agé de 19 ans, Saïd Aalla est né à Ksiba et il fait partie du groupe des cinq individus neutralisés par les Mossos à Cambrils. Son frère Youssef est tué, le 14 août, soit la veille de l’attentat des Ramblas à Barcelone, dans l’explosion accidentelle survenue dans une maison dans la ville d’Alcanar. Saïd et Youssef Aalla ont émigré en Espagne, respectivement à l’âge de 8 et 11 ans. Un âge où l’on s’adonne à plusieurs jeux, dont aucun ne s’apparente ni de près ni de loin au terrorisme. Leur frère Mohamed Aalla a été arrêté par la police, mais il a été remis en liberté après son audition par le juge. Est-ce un hasard que Mohamed Aalla soit l’aîné de ses deux frères impliqués dans des attentats terroristes? Il a 27 ans et a quitté le Maroc à l’âge de 16 ans. La seule personne qui a quitté le Maroc à un âge susceptible d’être perméable aux idées jihadistes a été remise en liberté.

Il y a aussi les frères Oukabir, dont les noms ont été très cités le jour et le lendemain de l’attentat de Barcelone. Moussa (19 ans), l’un des cinq hommes abattus à Cambrils, est né à Ripoll et porte la nationalité espagnole. Son frère Driss (28 ans), dont le passeport avait été retrouvé dans la fourgonnette, et qui est actuellement placé en détention, est né à Aghbala et il a quitté le Maroc alors qu’il était âgé à peine de 10 ans.

Le dernier Marocain dont le nom est cité dans les attentats de la Catalogne est celui de Mohamed Houli Chemlal. Né à Farhana, près de Nador, et âgé de 21 ans, ce dernier a été arrêté après avoir été blessé dans l’explosion accidentelle survenue à Alcanar. Mohamed Houli Chemlal a émigré en Espagne alors qu’il était encore nourrisson. Il était en effet âgé de six mois.

Après un bref aperçu biographique des auteurs impliqués dans les attentats de la Catalogne, il apparaît clairement qu’ils ont tous quitté le Maroc en bas âge. Est-ce que le fait d’être nés au Maroc constitue une raison suffisante pour non seulement les qualifier de terroristes marocains, mais d’accuser le royaume, comme l’a fait le sociologue Farhad Khosrokhavar, d’exporter des terroristes? Ce serait s’aveugler sur les conditions qui sont à la fois la source et le facteur déterminant de leur radicalisation.

Les raisons de la radicalisation des terroristes?

Il n’y a pas de déterminisme génétique ou territorial au terrorisme. Il y a seulement des conditions qui lui permettent d’éclore. Est-ce que Mrirt ou Aghbala sont responsables de la radicalisation des terroristes impliqués dans les attentats de Barcelone et de Cambrils? Bien entendu: non! La radicalisation des auteurs des attentats de la Catalogne n’a rien à voir avec le pays où ils sont nés, mais avec le pays où ils ont été élevés et éduqués. C’est en Espagne que les Abouyaaqoub, Oukabir et Aalla ont grandi et développé leur personnalité.

Ils ont habité les mêmes quartiers, fréquenté les mêmes écoles, regardé de loin les autres réussir dans des aires qui leur sont fermées. Les frères Oukabir et Hachimy vivaient dans la même ville (Ripoll), le même quartier, le même immeuble. Ils étaient voisins de palier! Ils ont été dans la même école, avec des enfants d’émigrés qui leur ressemblent. Ce communautarisme forcé, pas choisi, fait naître bien des frustrations et développe un sens exacerbé des identités étroites. Ce sont ces groupements dans des quartiers et des écoles fréquentés par peu d’Espagnols «de souche» qui favorisent le repli sur soi et rendent ces jeunes des cibles faciles pour la propagande jihadiste.

Tout le monde sait que la radicalisation prospère dans les lieux de culte. Où se trouvent les mosquées et les salles de prière dans lesquelles les auteurs des attentats ont été radicalisés? Au Maroc ou en Espagne? Les personnes impliquées dans les attentats de Barcelone et de Cambrils ont fréquenté une salle de prière à Ripoll et non pas à Mrirt, Aghbala ou Ksiba. Qui est supposé surveiller cette salle de prière? Les autorités marocaines ou espagnoles?

Le nom d’un imam à Ripoll a été très cité dans le dossier des attentats de la Catalogne. Abdelbaki Es Satty est soupçonné d’avoir joué un rôle clé dans la radicalisation des personnes impliquées dans les attentats. Cet imam, natif de la ville de Chefchaouen, a quitté le Maroc en l’an 2000. Homme sans culture théologique, il a évolué entre la Belgique et l’Espagne, après avoir abandonné femme et enfants à Tétouan. "Impliqué dans une affaire de trafic de drogue, Abdelbaki Es Satty n’aurait jamais été accrédité par le Maroc si l’Espagne l’avait consulté à ce sujet", nous apprend une source proche du dossier.

Car, contrairement à beaucoup de pays, le Maroc encadre de très près la formation et l’accréditation des imams. Le Conseil supérieur des oulémas, qui existe depuis 1981, est l’institution qui confère des accréditations aux imams qui partent à l’étranger. Abdelbaki Es Satty n’aurait jamais eu son accréditation de cette institution pour exercer en Espagne. En plus du Conseil supérieur des oulémas, un institut de formation des imams a été créé en 2014. Il s’agit de l’institut Mohammed VI de formation des imams, morchidines et morchidates. Dans cet institut est enseigné un islam authentique et tolérant, appelant à une pratique religieuse ouverte et généreuse.

Pourquoi la radicalisation de l’imam de Ripoll n’a pas été relevée? Pourquoi les autorités catalanes l’ont laissé exercer? Tout le monde sait que le Maroc et l’Espagne coopèrent très étroitement dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. L’exemplarité de cette coopération est souvent saluée en des termes très chaleureux par les responsables espagnols.

Le ministère marocain de l’Intérieur coopère avec le pouvoir central à Madrid et avec la police nationale. Est-ce que le statut particulier de la Catalogne implique une gestion locale de la lutte antiterroriste? En tout cas, la police nationale espagnole n’a pas été à l’œuvre dans les opérations de neutralisation des terroristes et la seule police qui était visible est celle des Mossos, propre à la Catalogne. Il a d’ailleurs fallu 24 heures à la police catalane pour comprendre que l’explosion d’Alcanar est due à une fausse manipulation d’explosifs, censés être utilisés dans des opérations terroristes. Il est à rappeler que l’explosion d’Alcanar est survenue la veille de l’opération terroriste à Barcelone.

Le triste attentat de Barcelone a fait aussi des victimes marocaines. Bien que nés au Maroc, ces auteurs doivent leurs éducation, scolarité, habitat et radicalisation aussi à leur pays d’accueil. Il y aura d’autres Abouyaaqoub, Aalla et Oukabir tant que les pays de résidence n’auront pas compris que le terreau où prospère le terrorisme se trouve chez eux…Et non ailleurs.

Le 26  août 2017

SOURCE WEB Par Le 360

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