Réhabilitation des oasis Tighmert Asrir un patrimoine qui va à vauleau

Réhabilitation des oasis   Tighmert Asrir un patrimoine qui va à vauleau

La pollution a eu raison des importantes ressources hydriques de la zone

Le système séculaire des khettara sauve la mise, mais pour combien de temps?

Musée, kasbah, moussem, gastronomie,… l’écotourisme semble prometteur

En matière de gestion de l’eau, l’oasis Tighmert Asrir vit encore de son réseau de «khettara», un système d’irrigation souterrain qui permet de collecter les eaux d’infiltration et d’où les canaux amènent l’eau à la surface pour l’irrigation des terrains agricoles. Sinon, elle n’aurait pas survécu

La nature se rebelle contre les agressions extérieures, ou se laisse mourir. Si l’oasis Tighmert Asrir disposait, il n’y a pas si longtemps, d’importantes ressources en eau, la pollution commence à avoir raison d’elle. L’oasis a subi différentes formes de dégradation et de pollution, notamment à travers les détergents utilisés par les riverains et qui sont déversés dans l’oued Ouerguenoun (voir encadré). Et aussi par le biais des plantes et des arbres qui encombrent les cours d’eau et en diminuent l’efficience, indique l’étude menée par le département de l’Aménagement du territoire. De plus, l’utilisation des motopompes pour l’eau des aquifères souterrains (roches poreuses) impacte négativement le débit déjà réduit de la source alimentant l’oasis. Sur le plan de l’agriculture, une activité vivrière de fourrage et de maraîchage se développe à l’intérieur de la palmeraie grâce à l’étage arboricole des palmiers dattiers qui offre un micro-climat propice. La production de dattes est actuellement de qualité médiocre, mais elle pourrait être améliorée par l’utilisation des rejets (gharss) résistants au bayoud, une maladie qui a détruit les palmiers dattiers de haute qualité durant les années 70 et 80. Mais tout n’est pas si «noir». En matière de gestion de l’eau, l’oasis Tighmert Asrir vit encore de son réseau de «khettara», un système d’irrigation souterrain qui permet de collecter les eaux d’infiltration et d’où les canaux amènent l’eau à la surface pour l’irrigation des terrains agricoles. L’ancienne khettara de Tamarguist démontre encore l’efficacité d’un système séculaire en symbiose avec cette ressource rare et précieuse.

Tighmert Asrir regorge de richesses culturelles inépuisables, une autre raison pour la sauver. Son patrimoine reflète des siècles de rencontres et d’échanges. Une kasbah a d’ailleurs été transformée en musée où les objets traditionnels exposés racontent l’histoire du nomadisme et de la culture sahraouie. La Zaouia d’Asrir, les maisons des anciens caïds et les grottes de Tayssa figurent, entre autres, parmi les sites historiques incontournables.

L’écotourisme est une autre potentialité de cette zone qui possède un savoir-faire artisanal pour l’utilisation des branches du palmier et du cuir. Le moussem «l’Aabid », festival de Ganga, qui a lieu en été, est une occasion de découvrir une gastronomie originale à base de blé et d’orge et aussi des tagines et brochettes à base de viande de dromadaire. Le cadre exceptionnel de ces milieux sahariens est une étape des plus attractives pour un circuit éco-touristique. A ce propos, le premier circuit éco-touristique en oasis sud a été crée à Tighmert Asrir avec l’appui du Pnud et de la Coopération finlandaise pour trois hébergements simples et authentiques. Trois jeunes de l’oasis ont été formés pour ce premier noyau d’animation locale. Les fonds nécessaires ont été mobilisés et les fruits de cette initiative ont été capitalisés pour que l’expérience soit étendue à d’autres espaces oasiens.

Afin de soutenir les collectivités rurales oasiennes dans le domaine de la planification participative appliquée aux problématiques de développement durable, un partenariat s’est concrétisé entre la commune rurale d’Asrir Tighmert, la wilaya de Guelmime-Smara et le Programme Oasis Sud. Ce partenariat prévoit aussi d’adopter une approche territoriale permettant à la commune de mettre en œuvre un plan de développement économique et social intégrant les priorités de la préservation et de la valorisation des oasis.

Pour rappel, Tighmert Asrir est un village d’environ 2.500 âmes. Il est situé à 18 km au sud-est de Guelmime et comprend une des plus grandes palmeraies du pays. En effet, celle-ci s’étend sur quelque 10 kilomètres de long.

Répercussions fatales

Hormis la palmeraie et l’oasis, l’oued ″Ouerguenoun″ alimente aussi de biens nombreux douars comme ceux de Aït Bakou, Taourirte, Aït Massoud, Aït Mhamed, Aït Lkhanouss et Assrir en eau d’irrigation et d’alimentation. L’eau qui doit effectuer quelque 8 km avant d’être stockée dans un petit barrage, et acheminée à travers des canaux artificiels jusqu’aux destinations finales, subit de sérieuses altérations tout au long de son trajet. Surtout dans la partie non canalisée, qui est exposée à toutes sortes d’agressions domestiques de la part des riverains. L’implantation des fermes modernes aux alentours des oasis, utilisant des motopompes pour puiser l’eau des aquifères souterrains, aura des répercussions tout aussi fatales.

SOURCE WEB Par  Fatiha Nakhli  L’Economiste