Solaire Ouarzazate Pourquoi ACWA…

Solaire Ouarzazate Pourquoi ACWA…

            Pourquoi ACWA…

 

 

 

 

Un quasi-inconnu du secteur pour un projet...surmédiatisé, cela semble fortuit. Au lendemain de la confirmation de ce qui était pressenti depuis plusieurs mois déjà, les interrogations fusent dans le milieu des affaires sur les raisons qui ont guidé à ce choix. L’adjudication du premier grand projet du programme solaire marocain - avec toute la symbolique que cela constitue – au consortium à leadership saoudien, «Acwa, Aries IS et TSK EE», même prévisible, a tout de même son lot de surprises à plusieurs égards. D’abord, dans le cercle des concurrents parvenus au dernier carré d’attribution de ce projet, figurent en effet d’autres géants du secteur dont les expertises sont beaucoup plus affirmées et connues.

Après que la sortie prématurée des «Français» alignés au départ (Alstom Power, Veolia Environnement Maroc, etc.), quelques grands représentants des offres allemande et espagnole, leaders mondialement connus du secteur, ont quant à eux au moins pu tenir jusqu’au dernier moment, avant de se faire coiffer au poteau par la concurrence saoudienne. Il faut savoir que les autorités publiques avaient deux principaux critères de choix: «le premier est d’ordre financier et répond à des soucis de maîtrise et d’optimisation des coûts, là où le second portait surtout sur l’expertise et l’expérience du candidat à l’attribution du projet», selon Mustapha Bakkoury, le président du directoire de la Morocco agency for solar energy (MASEN). Il est cependant certain qu’à l'égard de ce seul dernier critère, ACWA est très loin de s’aligner sur les standards de l'expertise allemande, espagnole, ou même française dans la filière solaire.

 Pour justifier le choix porté sur le consortium dirigé par ACWA, la MASEN affirme que c’est surtout sur le critère financier que la différence a été faite. «Sur le volet technique et de l'expertise, les concurrents se valaient quasiment», commente Mustapha Bakkoury. L’offre de prix au premier kilowatt-heure (kWh) produit déposée par le groupe saoudien est en effet de 20% moins chère par rapport à ses concurrents, s’établissant à 1,62 DH/kWh. L’argument financier, à partir de là, tient debout. Il est d’autant plus conforté par le fait que les opérateurs du pays du Golfe et de l’Asie du sud-est, en général, sont sur une tendance de plus en plus évidente de développement massif des investissements et de mouvements de capitaux vers de nouveaux marchés émergents comme le Maroc, qui récemment encore, ne figurait pas parmi leurs priorités.

Diplomatiquement vôtre !

Pour le cas des deux royaumes, en l’occurrence, l’attribution de ce projet hautement stratégique et important pour le gouvernement marocain à un opérateur saoudien confirme le rapprochement pressenti entre ces deux économies depuis plusieurs mois déjà. Le premier est dans une logique de diversification de ses partenariats économiques et de quête d’alternatives aux pays de l’ensemble communautaire européen, là ou le second multiplie les actions d’investissement à l’étranger dans une logique de placement de ses capitaux dans des projets à rentabilité durable et garantie. Les besoins se rejoignent d’un côté à l’autre, même si plusieurs observateurs et experts du secteur partagent le sentiment d'être pris au dépourvu à l’annonce de l’attribution de cette phase clé du programme solaire marocain. «Je n’ai pas particulièrement suivi le dossier du solaire, mais nous savons tout de même que les relations entre le Maroc et les économies du Golfe sont généralement très faibles, sur le volet économique», observe l’économiste Azzedine Akesbi. Par ailleurs, l’expert «regrette» le manque de «débat public» autour de ce projet et de la stratégie énergétique nationale, un débat qui fait également défaut dans d’autres grands secteurs économiques du pays à enjeux stratégiques, selon l’économiste.

L’Espagne se rebiffe

L’importance revêtue par ce projet est en tout cas bien perceptible de l’autre côté du détroit. Ce projet était en effet très attendu par le business espagnol, et n’a pas fait que des frustrés. En effet, si le vainqueur affiché et connu est bel et bien l’offre saoudienne, le business espagnol exulte – le mot peut sembler fort, mais est très approprié, vu la mauvaise santé économique de ce pays – d’avoir pu s’en tirer avec le bon contrat de sous-traitance afférent au projet, décroché par l’enseigne du BTP Acciona. Assez en tout cas pour susciter une «réelle euphorie dans les milieux d’affaires espagnols», selon un observateur sur place. Sur les places boursières en tout cas, c’est l’affolement. L'Ibex 35, le principal indice boursier de la place madrilène, affichait hier pour le compte du titre Acciona une hausse de 2,07%, un effet immédiat à l’annonce. L'action du groupe espagnol est en effet montée à 52,20 Euros, contre 51,14 Euros une journée avant la fermeture du marché. Il faut savoir qu’Acciona détient en effet une participation de 37,5% dans le consortium hispano-saoudien. L’enthousiasme n’est bien sûr pas le même chez Abengoa, l’autre enseigne espagnole leader d’un des trois consortiums concurrents. À l’heure où nous mettions sous presse, hier, son cours sur l’Ibex 35 était dans le rouge, dégringolant de près de 2 points. Toutefois, cela ne semble pas avoir gâché la fiesta. La presse espagnole en l’occurrence, s’est largement félicitée de cet exploit ibérique suite à l’annonce de l'adjudication du projet. D’ailleurs, à en croire l’agence espagnole EFE, l’annonce des résultats d’attribution du projet allait être faite durant la tenue du sommet maroco-espagnol, le 3 octobre prochain à Rabat, pour démontrer la solidité du partenariat maroco-espagnol...

Un joli présent de bienvenue qui n’aurait pas du tout déplu à Mariano Rajoy.

What’s next ?

Le contrat d’adjudication de la première phase du projet de ferme solaire de Ouarzazate, projet-pilote du Plan solaire marocain, qui vise un total de 2.000 MW d’ici 2020, devrait être finalisé dans les prochains jours entre la MASEN et le consortium adjudicataire mené par ACWA Power, pour le lancement effectif des travaux qui devraient durer un peu plus de 24 mois. En effet, en dépit des nombreux reports calendaires intervenus dans le cours du processus du marché - expliqués en majeure partie par la «nouveauté» et l’envergure du projet - les responsables de l’agence rassurent sur une livraison de la centrale vers la fin de l’année 2014. Cette phase porte sur une capacité à installer de 160 MW à l’horizon 2015, et devrait être dédiée aux technologies de capteurs cylindro-paraboliques. Quant aux prochaines phases relatives à ce projet, la MASEN annonce que les appels d’offres internationaux devraient être lancés «avant la fin de cette année», sans précision de date. Ceux-ci devraient concerner les technologies photovoltaïques ainsi que celles à tours solaires.

SOURCE WEB  Par La Vie eco