Le Maroc apprend à mesurer l’économie verte

  Le Maroc apprend à mesurer  l’économie verte

Commet mesurer le développement durable ? Le Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE) vient de livrer sa recette d’indicateurs d’évaluation intégrée de la croissance verte des économies du monde, disposant de réelles volontés dans ce sens, à l’image du royaume. L’organisme international vient en effet de publier un nouveau rapport, une sorte de «guide pratique sur la façon dont les indicateurs économique peuvent mesurer les progrès réalisés pour accéder à une économie verte et inclusive, promouvant une utilisation rationnelle des ressources». Il s’agit du rapport sur «la mesure des progrès vers une économie verte inclusive», lancé à Genève, en marge de la première rencontre internationale la plus importante tenue après celle de Rio+20, sur le thème volontariste, de «Mesurer le futur que nous voulons», du 4 au 6 du mois courant. Plusieurs économies du monde, récemment engagées dans la voie de la croissance verte, y ont dépêché des représentants.

Le Maroc est l’une d’elles. Le royaume s’est effectivement fait représenter par une délégation d’institutionnels et des représentants du gouvernement, auprès de ceux de la Chine, du Danemark, de l'Équateur, de l'Allemagne, du Ghana, de l'Indonésie, de la Thaïlande et de l'Uruguay, pour ne citer que ces derniers. Tous ces pays ont un dénominateur commun. Ils se sont tous «engagés à développer un ensemble d'indicateurs, pour soutenir leurs politiques nationales relatives à l'économie verte». Des représentants académiques, de l'organisation de la coopération économique et du développement (OCDE), de la Banque mondiale et des agences des Nations-Unies, ainsi que des organisations non gouvernementales, ont également pris part à la rencontre en question et les retombées ont au moins le mérite d’être concrètes et utiles, au delà de la rhétorique. Au sortir de cette réunion, tous ces politiques ont regagné leurs pays respectifs avec, dans leurs attaché-case, la recette du PNUE sur «la mesure des progrès vers une économie verte inclusive».

Nouvelle économie, nouveaux indicateurs de mesure

Dans le détail du nouveau rapport du PNUE, il est ainsi montré que les indicateurs sont nécessaires à la mise en œuvre politique de l’économie verte, dans la mesure où ils aident à déterminer les résultats politiques et à mesurer leurs impacts. «Cela signifie qu'il faut se concentrer sur les interventions politiques dont les résultats visent à améliorer le bien-être des personnes et l'équité sociale, de même que la réduction des risques environnementaux et les pénuries écologiques», argumente-t-on. Il faut savoir qu’à l'heure actuelle, la plupart des pays se focalisent fortement sur le produit intérieur brut (PIB) comme mesure de performance économique et les décideurs ne tiennent pas compte de l'amortissement des immobilisations des ressources fixes telles que les forêts, les ressources propres d'air ou d'eau, comme le constatent les auteurs du rapport.

Pour l’un d’eux, Sheng Fulai, «l'idée est de compléter le PIB, qui suit l'activité macro-économique, par d'autres mesures, qui reflètent mieux la nature multidimensionnelle du bien-être et de la qualité de la vie». Ces indicateurs, justement, sont de trois grandes catégories.

La première d’entre elles - «Indicateurs pour les questions et objectifs relatifs à l'environnement» - regroupe des données liées directement à l’environnement. Il s’agit du changement climatique (à travers les émissions de carbone et le partage des énergies renouvelables), de la gestion des écosystèmes (Les forêts et le stress hydrique), de l'utilisation efficace des ressources (énergie, matières premières et productivité de l'eau), etc. La deuxième catégorie porte sur les «Indicateurs pour les interventions politiques», dans laquelle on retrouve des aspects liés à l'investissement vert, à la réforme fiscale verte, les prix des externalités et valorisation des services éco systémiques (prix du carbone, valeur des services éco- systémiques), ainsi que l’approvisionnement écologique (dépenses dans l'approvisionnement durable). Enfin, la troisième et dernière catégorie est relative aux «Indicateurs d’impact des politiques sur le bien-être et l'équité». Là se retrouvent des éléments tels que l’emploi (construction, exploitation et gestion, revenus générés), la richesse totale (valeur des stocks de ressources naturelles, taux d'alphabétisation), l'accès aux ressources (accès à l'énergie moderne, à l'eau et à l'assainissement), la santé (niveau de produits chimiques nocifs dans l'eau potable, nombre de personnes hospitalisées en raison de la pollution de l'air).

Objectifs
L’objectif de la méthode est simple. Elle tend ainsi à aider les gouvernements des pays engagés dans la croissance verte à prouver les grandes théories des politiques environnementales et appréhender les retombées économiques directes de leur mise en œuvre. «Lorsque nous mettons en place un cadre permettant de tenir compte et d'évaluer les biens et les services de l'environnement, nous faisons une contribution de nature à rendre plus visible le bien-être collectif et acceptons le principe selon lequel investir dans le capital naturel est nécessaire pour assurer une continuelle prospérité économique», a commenté Steven Stone, le directeur de l'économie et du commerce du PNUE. Pas moins de 200 délégués du monde entier se sont ainsi mis à explorer le processus par lequel ils peuvent mesurer leurs politiques d'économie verte. Cela se passe «au moment où s'opère une transition d'économie à forte consommation de carbone, vers des sociétés durables ayant une utilisation rationnelle des ressources», explique-t-on auprès de la direction du programme. Pour cette dernière, l’élaboration de ce travail tend à «répondre à l'appel de Rio +20 pour des mesures relatives à l'économie verte». Il s’agit, de plus, pour la même source, d’une première étape dans le processus visant à élargir l'utilisation des indicateurs et mesures existantes et en créer de nouvelles au niveau national. La description la plus imagée de l’utilité de ces indicateurs, pour les gouvernements locaux, est d’Achim Steiner, le directeur général adjoint de l’ONU et directeur exécutif du PNUE. «Les indicateurs d'économie verte fournissent un miroir sur le chemin à parcourir pour parvenir à une société équitable avec un environnement et une économie stables». Le responsable poursuit: «Cette publication a pour objectif d'aider les décideurs politiques à comprendre l'utilité de telles mesures pour éclairer les décisions politiques et faire progresser les programmes d'économie verte sur le plan national».

 

Rio+20…après la théorie, la pratique

Pour les responsables du PNUE, la publication de ce nouveau rapport est en réaction directe aux conclusions de la dernière conférence internationale des Nations-Unies sur l’environnement, tenue en juin dernier à Rio de Janeiro, au Brésil. L'ONU et ses partenaires s’étaient engagés à faire progresser les travaux sur l'élaboration de méthodologies pour évaluer les politiques d'économie verte. C'est un engagement que la structure a finalement tenu. La conférence de Genève, sur la thématique du comment «Mesurer le futur que nous voulons», et auquel des officiels marocains ont participé, vise ainsi à partager les bonnes pratiques des pays et des entreprises qui ont développé l'économie verte, ainsi que des indicateurs liés à la croissance verte. L'objectif est également de fournir des conseils sur la façon d'harmoniser les approches, ainsi que d'identifier les lacunes au niveau des connaissances, ainsi que les priorités de recherche pour faire avancer ce travail. «Aujourd’hui, coïncidant avec le dernier jour des travaux, les participants se penchent sur le Green Growth Knowledge Platform (GGKP - Plateforme des connaissances pour une croissance verte».

Cette structure est le produit d'un partenariat entre le PNUE, le Global Green Growth Institute, l'OCDE et la Banque mondiale et a pour objectif de recherche prioritaire, de définir des indicateurs de croissance verte. Le GGKP sera ainsi matérialisé par «un réseau de chercheurs et d'experts en développement», dont l’une des missions sera d’aider les pays à concevoir et mettre en œuvre leurs politiques de croissance verte.

 


Une étude pour concrétiser Rio+20

 
Comme un bon élève, le gouvernement marocain s’applique à faire ses devoirs au lendemain de la conférence internationale Rio+20. Le département de l’Environnement vient en effet de mettre à l’étude, «la mise en opération» des conclusions du sommet tenu en juin dernier au Brésil, au niveau national. Cela est une étape importante dans la concrétisation d’une économie réellement verte au Maroc. Cette étude à deux principaux objectifs.

Le premier est «d’évaluer les besoins en matière de recherche et de transfert de technologie et de définir des mécanismes financiers innovants».

Quand au second, il devrait «apporter des réponses et des solutions adéquates à la promotion de l’économie verte et du cadre institutionnel, à l’échelle nationale et locale».

Il faut savoir qu’en préparation de la participation du Maroc à Rio+20, le gouvernement a produit un rapport visant à mettre en valeur les initiatives de développement durable les plus remarquables engagées au Maroc. L’élaboration de ce document avait une double mission : positionner le royaume en tant qu'acteur majeur du développement durable et préparer le terrain au projet de la Stratégie nationale de développement durable (SNDD). Après l’élaboration du bilan des réalisations et l’identification des lacunes et des obstacles en matière d’économie verte et de gouvernance environnementale au niveau national, le gouvernement pense désormais qu’«il est temps de se focaliser sur la mise en opération des orientations du sommet Rio+20».

 

Par Safall FALL

Jeudi, 06 Décembre 2012 10:31

SOURCE WEB Par les Echos Maroc