Les conditions de travail des infirmiers jugées déplorables

Les conditions de travail des infirmiers jugées déplorables

Les infirmiers déplorent leurs conditions de travail et souhaitent que le ministère de tutelle apporte de nombreuses améliorations à leur métier.

Les infirmiers en activité sont au nombre de 30 000 et il faudrait au moins 9 000 infirmiers de plus pour combler les départs à la retraire.

À l’occasion de leur Journée internationale célébrée dimanche 12 mai, les infirmiers et infirmières du Royaume se sont réunis pour débattre de leur profession. Leur combat a commencé en 2011, et à l’époque ils réclamaient l’équivalence de la licence pour tous les IDE 2e grade (lauréats du 1er cycle depuis 1997) et par conséquent l’affectation au grade IDE 1er grade échelle 10, la modification du système de formation en système LMD, et ce, à partir de la rentrée scolaire 2012-2013, la rectification et création des lois qui régissent la profession au Maroc (statut, REC, Code déontologique...), la rectification du système d’évolution et des EAP, l’unification du système des primes et la création d’autres (prime de risque, d’encadrement, de responsabilité...), ainsi que l’implication de l’infirmier dans la gestion aux niveaux central et périphérique.

Aujourd’hui, le ministre de la Santé, El Hossein El Ouardi, a pris les choses en main essayant de régler ce problème qui dure depuis trop longtemps et en terminer avec les grèves des infirmiers. Il a, en effet, présenté récemment un projet de décret portant le n° 2-12-380 modifiant et complétant le décret du 13 avril 2007 formant statut particulier du corps des infirmiers du ministère de la Santé. L’une des particularités les plus controversées de ce texte est qu’il prévoit de faire participer les titulaires du diplôme de technicien spécialisé dans le domaine paramédical délivré par les établissements de formation professionnelle agréés, aux concours organisés pour le recrutement au sein du secteur public. En d’autres termes, ce texte ouvre les portes des hôpitaux et des CHU aux infirmiers du privé, au même titre que leurs alter ego des centres de formation relevant du ministère de la Santé publique.

Pour S.B., une infirmière âgée d’une trentaine d’années et travaillant dans une des polycliniques de Casablanca, les conditions de travail des infirmiers sont déplorables. «C’est pourquoi on a décidé de ne pas célébrer cette journée internationale et de ne pas faire la fête», ajoute l’infirmière. «Notre souci est que nos diverses demandes ont été acceptées par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), mais pas par le ministère des Finances», explique-t-elle.
L’infirmière du corps paramédical de la CNSS a également indiqué que «le manque d’effectif et de moyens reste indéniable. On a fait grève d’un jour, il y a une semaine. Toutes les polycliniques de la CNSS ont arrêté le travail ce jour-là. Par ailleurs, il y a une autre grève qui se profile, de deux jours cette fois-ci. Elle est prévue dans quelques jours», annonce-t-elle. D’autre part, si les grèves ont lieu si aisément c’est aussi parce que ces infirmiers ont la chance de ne pas se voir retirer ces jours de grève de leur salaire, puisque le syndicat de l’Union marocaine du travail (UMT) les soutient. D’ailleurs, ils comptent bien continuer les grèves jusqu’à satisfaction de leurs doléances qui sont : une augmentation de salaire, une retraite complémentaire, plus de personnel et surtout moins d’heures de travail.

Toujours d’après la même source, ce que déplorent les infirmiers marocains c’est, tout d’abord, des sous effectifs plus qu’importants ! En effet, «actuellement, il n’y a qu’un infirmier pour vingt malades alors que dans l’idéal, il faudrait qu’un membre du personnel médical s’occupe seulement de quatre patients», soutient-elle.

Les améliorations souhaitées

Ce manque de personnel peut s’expliquer par le non-recrutement. «Depuis 1984, la Caisse nationale de sécurité sociale n’a pas recruté de nouveaux infirmiers. Ce qui fait qu’aujourd’hui, leur moyenne d’âge est de 54 ans. De plus, quand un infirmier part à la retraite, il n’est jamais remplacé», argumente-t-elle. Ensuite, ce que les infirmiers regrettent ce sont «les problèmes divers d’agencement, un manque énorme en médicament et en matériel qui est d’ailleurs archaïque, des soucis de literie… D’autre part, les infirmiers tombent souvent eux-mêmes malades puisqu’ils enchaînent les heures de travail et sont parfois en dépression», révèle l’infirmière. En effet, elle avoue qu’il y a quelques jours, un infirmier a travaillé 12 heures d’affilée pendant la nuit ! De même, certains de leurs droits pécuniaires ne seraient pas respectés.

Pour sa part, le directeur de l’Institut de formation aux carrières de santé (IFCS) de Rabat, Mohamed Bahadi, déplore lui aussi les conditions de travail des infirmiers qui, selon lui, ne répondent pas aux normes de santé. «Nos outils de travail ne sont pas adéquats, on manque d’effectif, les moyens financiers sont insuffisants… À cause de la fatigue, de la frustration, du stress et malgré les efforts de motivation des infirmiers, le patient lui aussi ressent ce qui se passe au sein de l’hôpital et souffre quand il vient se faire soigner», explique le directeur. «Par ailleurs, l’impact de ces mauvaises conditions sur les infirmiers se ressent surtout par la fatigue puisque la plupart sont obligés de recevoir des cours de formation continue. Ainsi, à cause de la surcharge de travail, les infirmiers novices ont plus du mal à développer leurs connaissances et leurs compétences», ajoute M. Bahadi.

D’après les chiffres officiels du ministère de la Santé, les infirmiers en activité sont au nombre de 30 000, soit 8,9 infirmiers pour 10 000 habitants. Et le manque d’effectif est criant puisqu’il faudrait, selon le ministère, au moins 9 000 infirmiers de plus pour combler les départs à la retraire. Pour le directeur du IFCS, «c’est au moins 12 000 postes de plus qu’il faudrait créer afin de remplacer les retraités, mais également afin de combler le déficit».
D’autre part, ce qui est important d’améliorer, selon M. Bahadi, est «le système d’information au sein des formations, avoir un meilleur management participatif, plus de liens entre les diverses professions de la médecine, moderniser les mesures de santé, valoriser la profession, créer des ponts entre les institutions nationales et internationales, car grâce à plus d’échanges mondiaux (ainsi, il y aura une bonne évolution de la profession au Maroc vu qu’il y a des pratiques intéressantes chez nos voisins qu’on pourrait reproduire), plus de financement, car tout bonnement, il y a matière à avoir plus d’argent, mais il faut surtout que le ministère le débloque», indique-t-il.


Hommage à la pionnière des sciences infirmières

Malgré les divers problèmes qu’ils rencontrent, les infirmiers du monde entier profitent de leur journée internationale du 12 mai pour se réunir. L’objectif est d’échanger autour des thématiques pouvant améliorer la santé et donner des soins de qualité à tous les Marocains. Dans ce cadre, l’Association des infirmiers du CHU Mohammed VI de Marrakech (AICHU) a célébré cet événement sous le signe : «Combler l’écart : Objectifs du Millénaire pour le développement». À cette occasion, les infirmiers de Marrakech ont rendu un vibrant hommage à la Britannique Florence Nightingale, considérée comme la pionnière des sciences infirmières, et a été choisie comme référence cette année. Selon eux, «cette femme hors du commun, décédée en 1910, a posé les bases de la profession infirmière contemporaine».

Publié le : 11 Mai 2013 –

SOURCE WEB Par Lamiaâ Khalloufi, LE MATIN

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