Maroc Agde Tata, Un programme de coopération décentralisée

 Maroc   Agde  Tata, Un programme de coopération décentralisée

En berbère “faire Tata” signifie “sceller un pacte”. La ville française d'Agde, dans l'Hérault, et la commune urbaine de Tata, dans le sud marocain, ont scellé en mai 2009 un partenariat de coopération décentralisée autour de trois volets : eau et assainissement, traitement des ordures ménagères et un volet pivot consacré à l'enfance.

La ville de Tata, chef lieu de province d'environ 16 000 ha­bi­tants regroupe un chapelet d'oasis et de douars qui lui sont rattachés. Administrativement classée commune urbaine, la municipalité est cependant rurale à 70 %.

La problématique dans ce milieu urbain éclaté a longtemps été pour les pouvoirs publics d'installer un système collectif d'alimentation en eau potable. A partir de 1982, des travaux importants ont été réalisés pour permettre un accès à l'eau potable à tous les habitants mais malgré les efforts déployés, 14 % des foyers de Tata ne sont pas encore raccordés. La gestion des équipements publics a été confiée à l'Office national de l'eau potable (Onep) mais parallèlement, dans certains douars, des associations se sont constituées pour réaliser des adductions d'eau potable et en assurer la gestion. Avec l'accès à l'eau pota­ble, les usages ont changé et d'autres problèmes liés à la collecte des eaux usées et à leur traitement sont venus se greffer. La commune de Tata est dotée depuis peu d'un réseau d'assainissement et d'une station de lagunage mise en service en 2007 mais, à ce jour, à moitié achevée. Le taux de raccordement de la ville demeure faible (inférieur à 25 %). Aujourd'hui, sur les 3 080 abonnés comptabilisés par l'Onep, seulement 588 sont raccordés à l'assainissement collectif ; le reste des habitations demeure équipé de puits perdus, ce qui entraîne des problèmes de pollution et de risques sanitaires.A Tata, un système de collecte et de traitement des eaux usées fonctionne uniquement dans le centre urbain. Ces installations représentent des investissements à hauteur de 8 millions de DH (environ 720 000 €) pour la station de traitement et de 34 millions de DH (environ 3 M€) pour les réseaux ; 30 % des financements sont pris en charge par la municipalité de Tata et 70 % par la Banque mondiale islamique de développement.La commune de Tata qui a élaboré, comme huit autres villes marocaines, un Agenda 21 local peut compter sur un tissu associatif très dynamique avec lequel elle s'est engagée dans une démarche active de concertation. C'est dans ce cadre que Tata a sollicité le soutien et le savoir-faire de la commune d'Agde pour l'étude d'un réseau d'assainissement des douars périphériques du centre urbain et d'une autre portant sur la collecte, le traitement et la valorisation des ordures ménagères.

Une coopération multipartitePlusieurs rencontres ont permis à d'autres partenaires potentiels de mesurer la faisabilité de cette coopération décentralisée, à savoir des représentants du ministère des Affaires étrangères, de l'agence de l'eau Rhône Méditerranée et Corse, du conseil général de l'Hérault, de la Lyonnaise des eaux, du pS-Eau et de l'Ong française CARI. Les besoins identifiés portent essentiellement sur l'appui à la mise en place de structures d'assainissement dont les douars périphériques du centre urbain sont dépourvus.

La ville d'Agde a intégré cette coopération décentralisée dans le cadre de la loi Oudin. Cependant, et afin de fédérer les acteurs locaux dans ce projet, le conseil municipal des jeunes de la ville d'Agde sera le pivot du projet. En effet, Agde, membre du réseau des « villes amies des enfants » de l'Unicef, affiche comme ambition de développer chez les jeunes un esprit de solidarité internationale (cf. encadré page ci-contre). Après une mission d'identification menée sur place par la ville d'Agde et la Lyonnaise des Eaux, la formalisation du projet a été consacrée par la signature d'accords cadres en mai 2009, à Agde, en présence de l'ensemble des partenaires fortement mobilisés.Sur le douar d'Agadir Lhena ainsi que sur les douars périurbains (cinq au total), il n'existe pas de système de collecte des eaux usées. Les habitations sont généralement équipées d'un puits perdu auquel sont raccordées les eaux en provenance des toilettes, le reste des eaux grises (salle d'eau, cuisine) étant rejeté dans la rue. Il existe donc bien souvent un double réseau dans les habitations.La présence d'eau souillée rejetée directement dans les rues ou dans des puits perdus représente un risque important de contamination de la ressource, d'autant plus que les adductions se trouvent parfois sur des points bas très près des habitations, qu'il n'existe pas de périmètre de protection et que les têtes de puits sont mal protégées de l'infiltration d'eau superficielle. Après l'élaboration et la validation du cahier des charges des clauses particulières par les partenaires du volet eau, l'étude portant sur la création d'un réseau d'assainissement pour l'ensemble des douars de Tata sera cofinancée par la ville d'Agde, le conseil général de l'Hérault, le ministère des Affaires étrangères, l'agence de l'eau Rhône Méditerranée et Corse, et l'Agence des provinces du Sud (Maroc), désignée comme maître d'ouvrage délégué. Cette étude estimée à 70 000 € sera confiée à un bureau marocain. Après la phase d'étude, d'une durée de six à neuf mois, les travaux devraient débuter en 2011.Concernant les ordures ménagères, la municipalité de Tata collecte entre trois et quatre tonnes de déchets qui sont déposées sur un terrain de dix hectares, appelé communément « dépotoir communal ». Ce site, libre d'accès, fait également l'objet de multiples dépôts sauvages, gravats de chantier notamment. Ce mode de collecte et de traitement des ordures ménagères pose également de nom­breux problèmes environnementaux et constitue un réel danger de contamination de la nappe phréatique. 

Engagée dans une démarche d'Agenda 21, le maire se doit de trouver des palliatifs et de nouveaux systèmes pour la collecte, le traitement et l'élimination des ordures ménagères et autres déchets assimilés.

La coopération décentralisée, une école de la citoyenneté et du développement durable
Loin de se limiter à un simple appui humanitaire, la coopération décentralisée est une école de la citoyenneté et du développement durable. Associant collectivités, ci­to­yens, associations de développement, entreprises, représentants de l'État, elle fournit un formidable champ d'expérimentation de la con­certation et de l'apprentissage des cultures. On le voit, une collectivité française de taille moyenne peut trouver les moyens hu­mains, techniques et financiers pour se lancer dans cette expérience enrichissante.La plupart du temps, c'est surtout l'aide technique des collectivités et des entreprises françaises qui intéresse les collectivités marocaines, notamment en matière d'études et de montage de projets, d'assistance technique, de formation des cadres et des agents pour la gestion et l'entretien des structures et du matériel.Force est de constater qu'une meilleure connaissance de tels besoins par les collectivités territoriales françaises lèverait, à n'en pas douter, certaines de leurs craintes (en particulier financières) qui les font hésiter à se lancer dans des actions de coopération décentralisée.

Raffaella de Gennaro 

Ville d’Agde 

Email: raffaella.de-gennaro@ville-agde.fr
Le 25 novembre dernier, Agde recevait le trophée d'or de l'action internationale du Prix Territoria 2009 en présence de Moulay El Mahdi Lahbibi, président de la commune urbaine de Tata et de représentants de l'Unicef France et du conseil général de l'Hérault.

SOURCE WEB Par Raffaella de Gennaro ©Lettre du pS-Eau 62 de Juin 2010

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