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Pollution de l’eau Le gaz de schiste a-t-il un avenir au Maroc ?

Pollution de l’eau   Le gaz de schiste a-t-il un avenir au Maroc ?

Cette industrie utilise la technologie de la fracturation hydraulique qui contamine les nappes phréatiques et fait courir aussi aux habitants des risques de maladies graves.

 

La région canadienne d’Alberta avant et après l’exploitation du sable de schiste.

Le débat sur l’exploitation du gaz de schiste atteint le Parlement. Lors de la journée scientifique, organisée dernièrement sur ce sujet, par le groupe parlementaire fédéral pour l’Unicité et la Démocratie à la Chambre des conseillers en collaboration avec l’Espace de solidarité et de coopération de l’Oriental (ESCO) et l’association Action citoyenne, les participants se souviendront de deux images-chocs.

La première image illustre les ravages de l’exploitation du sable de schiste dans la région canadienne d’Alberta, diffusée lors dans le reportage «Capital Terre» sur la chaîne française M6. La deuxième extraite du film américain «Gasland», montre un robinet d’eau d’où sortent des flammes. Ces deux documents audiovisuels qui ont fait le tour du monde via Internet ont marqué les esprits.

Ainsi, la journée scientifique au Parlement et à laquelle ont participé, le président de la Chambre des conseillers, Mohamed Chikh Biyadillah, le ministre démissionnaire de l’Énergie, des mines, de l’eau et de l’environnement, Fouad Douiri et la directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), Amina Benkhadra, prouve que la question de l’exploitation du sable, d’huile et du gaz de schiste, n’est plus du ressort d’un groupe d’écologistes agités, mais préoccupe aussi les responsables politiques.

À cette occasion, les intervenants ont exposé les dégâts irréversibles de l’exploitation du gaz de schistes aux États-Unis avec l’utilisation de la fracturation hydraulique. Cette technologie injecte une grande quantité d’eau (15 à 35 millions de litres par cycle de fracturation) sous de fortes pressions avec du sable et des produits chimiques (entre 500 et 600 produits chimiques), dont plus de trente sont hautement toxiques et cancérigènes.

Cette technologie ne peut être utile à l’avenir, car elle encourage le gaspillage d’eau au moment où la pression sur les ressources d’eau ne cesse d’augmenter en raison de la croissance de la population mondiale.

«Actuellement, nous constatons que plusieurs régions connaissent déjà une pression sur les ressources en eau à cause de l’explosion démographique mondiale», a souligné Stephan Singer, responsable des politiques énergies au Fonds mondial pour la nature (WWF). 
Le Maroc n’échappera pas lui aussi au déficit hydrique. Selon le Plan bleu, il devrait affronter une pénurie d’eau à l’horizon 2025.

Devant les inquiétudes suscitées par le lancement de projets d’exploration de gaz de schiste au Maroc, le ministre Fouad Diouri a tenté de rassurer les participants : «Nous sommes loin de l’exploration et de l’exploitation du gaz de schiste. Aujourd’hui, nous sommes dans une phase des études géologiques. Ces études nous permettront d’évaluer les potentialités nationales dans ce domaine». Amina Benkhadra, elle aussi a versé dans le même sens. «Nous avons mis en place, une cellule de veille chargée d’évaluer l’impact du gaz de schiste sur l’environnement. Cette cellule nous aidera à prendre les décisions».

Malgré ces réponses officielles, certains restent sceptiques. «Les paroles du ministre Douiri ne nous rassurent pas. Il n’a rien dit sur l’étape post-étude. Face à ce silence, nous appelons à un débat national sur la question de l’exploitation de schiste», a déclaré Mohamed Benata, président de l’ESCO. «La société civile a le droit d’accompagner le débat et non seulement d’émettre des vetos», a répondu Abdellah Mouttaqi, directeur du pôle technique à l’ONYME.

Vu le danger des gaz de schiste, plusieurs pays comme l’Allemagne, la Suisse, la Suède, le Québec, l’État de New York ont interdit son exploitation sur leur territoire. Le Président français, François Hollande, vient de déclarer, lors de sa conférence presse à l’occasion de la Fête nationale du 14 juillet dernier : «Tant que je suis président, il n’y aura pas d’exploration de gaz de schistes».

L’opposition des scientifiques

Josh Fox, le réalisateur de film «Gasland» propose une enquête sur les moyens utilisés par l’industrie pour imposer ses choix malgré l’opposition des scientifiques dans l’État du New York.
Ce film qui a choqué l’opinion américaine tente de montrer les dangers de l’exploitation du gaz de schiste pour l’environnement. Le plus décrié dans cette exploitation, c’est l’utilisation d’une technologie de forage, la fracturation hydraulique, qui selon les témoins va permettre aux États-Unis de devenir «l’Arabie saoudite du gaz naturel». Lorsque le cinéaste Josh Fox a reçu lui aussi comme tant d’exploitants agricoles américains une lettre l’invitant à louer ses terres pour y faire un forage. C’est à partir de là qu’il va sillonner le pays pour découvrir manipulations et mensonges sur l’industrie du gaz de schiste.

Repères

  • La déclaration de la Conférence maghrébine d’Oujda pour lutter contre la fracturation hydraulique pour l’exploration et l’exploitation des gaz de schistes a été lancée en décembre 2012. L’Appel de Rabat demande au gouvernement d’interdire la fracturation hydraulique pour l’exploration et l’exploitation de gaz de schiste.
  • La technologie d’exploitation des huiles est considérée parmi les industries les plus destructrices de l’environnement.

Publié le : 20 Juillet 2013 –

Source web Par Rachid Tarik, LE MATIN

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