Étape 23: D'Outat el Haj à Debdou

Après un Master d'histoire à la Sorbonne et un an d'enseignement dans un lycée au Liban je réalise un vieux rêve en marchant sur les pas de Charles de Foucauld au Maroc. Ce jeune officier français était parti à 24 ans en 1883 pour renseigner la Société de Géographie sur ce pays alors très mal connu. Je suis parti le plus simplement possible en prenant le livre Reconnaissance au Maroc comme guide, pour rencontrer les populations des régions traversées et comparer le Maroc décrit par Foucauld à celui d'aujourd'hui. Ce périple se terminera par la rédaction d'un mémoire et la tenue d'une conférence au siège de la Société de Géographie à Paris. Je partage avec joie ma découverte d'un si grand et beau pays et j'espère autant de belles rencontres, sinon plus, que Foucauld !

 

 

Outat el Haj désignait autrefois une oasis de trente-et-un qsars. Charles de Foucauld y retrouve avec joie toutes les caractéristiques des oasis du sud; "l'îlot de verdure", "l'air riant", la "prospérité", les "superbes vergers"... Tout cela s'épanouit au bord de Moulouya qu'il faut quitter pour le Rekkam.

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Le paysage est désormais désertique, pendant une journée encore on apperçoit à l'ouest les sommets du Moyen-Atlas où demeurent quelques plaques de neiges. C'est dans ce désert que l'explorateur fut dépouillé de tout son argent et menacé de mort par les soldats Hamouzins qui étaient censés le protéger. Mardochée et l'un d'entre eux, Bel Kacem, tentèrent de s'interposer, Foucauld loue leur attitude à tout deux dans Reconnaissance au Maroc (p 245). Je dors le premier soir au bord de l'ouad Sidi Issa.

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D'immenses étendues de blé couvrent aujourd'hui ce qui était autrefois un désert, de rares nomades l'habitent encore. Le second soir je gagne le village d'Aatef, le seul que je rencontre depuis Outat el Haj à cent kilomètres... J'y parviens la nuit et je reçois un très bel accueil chez Boujma, après un repas solide.

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Puis il s'agit de retrouver Oulad Ben el Houl qui ne figure pas sur les cartes et qui pourrait désigner aujourd'hui Oulad Abdellah. Cette journée m'amène dans le djebel Debdou. Là Foucauld y décrit " l'une des plus belles forêts que j'ai vu au Maroc". Debdou est l'un de ses plus grands coup de cœur de son exploration. Le site de cette petite ville nichée au creux d'une vallée est en effet magnifique.

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Cas unique dans tout le royaume du Maroc, la ville de Debdou comptait autrefois plus de 75% de juifs. Le jeune explorateur, sans argent, y vendit ses mulets pour finir le chemin jusqu'en Algérie. Une tradition rapporte la maison où il dormit, ce serait donc la onzième et la dernière que j'ai trouvée sur mon chemin depuis cinq mois et demie. La chambre du gîte où je passe la nuit porte le nom de mon devancier.

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Le 12 juin 2018

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Étape 23: D'Outat el Haj à Debdou

Outat el Haj désignait autrefois une oasis de trente-et-un qsars. Charles de Foucauld y retrouve avec joie toutes les caractéristiques des oasis du sud; "l'îlot de verdure", "l'air riant", la "prospérité", les "superbes vergers"... Tout cela s'épanouit au bord de Moulouya qu'il faut quitter pour le Rekkam. Le paysage est désormais désertique, pendant une journée encore on apperçoit à l'ouest les sommets du Moyen-Atlas où demeurent quelques plaques de neiges. C'est dans ce désert que l

Étape 22: La Moulouya

Je suis aimablement déposé au bord de la route où reprend le chemin de Foucauld à 25 kilomètres de Midelt, près de Zebzat. Je reprends la route en hâtant le pas pour être à Oujda avant l'Aïd Sghir, direction plein nord. Jusqu'à Ksabi ech Cheurfa les cultures sont rares. Je suis notamment une ghetara gigantesque qui mène à Titourness, elle achemine l'eau du Haut Atlas dans une galerie d'une profondeur prodigieuse. Ksabi avait été une place forte fondée par le sultan dans l'objectif de soumettre les tribus de la

Étape 21: Deuxième franchissement du Haut Atlas

En venant du sud la plaine de Tialalin offre un contraste saisissant. La verdure s'étale sans interruption jusqu'au djebel Abbarate au nord. Partout on s'active à la récolte de la luzerne, du trèfle, des fèves et des premiers abricots. À Kerandou il y a bien le mellah que signala Foucauld, personne ne connait en revanche "Qciba el Ihoud", le douar où il dormit. Le lendemain je traverse le col de Tillicht avec la particularité que lui remarqua l'explorateur : ce col ne résulte pas de l'érosion mais d'un affaissement naturel des plissements d

Étape 20: De Goulmima aux gorges du Ziz

Foucauld, Mardochée et leur caravane relièrent Goulmima à Rachidia en une seule journée, il m'en faudra deux. L'oasis de Tarda est à 40 kilomètres de Goulmima, j'y dors le soir dans la mosquée alors qu'il pleut dehors. Puis je gagne Rachidia en suivant la direction du mont Aferdou, qualifié dans Reconnaissance au Maroc de "mamelon rougeâtre", et qui domine toute cette partie du désert. Le soir je rencontre les migrants de Rachidia qui dorment au pied de la gare et ne reçoivent aucune aide des autorités, mais tous saluent la g&ea

Étape 19 : Du Dadès au Gheris

Quitter Boumalne du Dadès c'est laisser derrière soi toutes les beautés de la vallée des roses. On entre alors dans un désert caillouteux avec le Saghro sur la droite et le Haut-Atlas encore enneigé sur la gauche. J'ai la chance de faire cette étape dans la fraîcheur d'une journée orageuse, l'arrivée de la pluie précipite ma halte à Imider. Il fait mauvais le lendemain également et je me contente de gagner Taourirt, près de Tinghir. Là encore s'élevait un mellah célèbre et peuplé. Quand

Étape 18: Du Saghro à la vallée des roses.

Devant moi se déploie le djebel Saghro, " ligne sombre de hauteurs tourmentées, aux flancs de roche noire et luisante" (p 223). À perte de vue le paysage n'est que de roches; granite, conglomérat, grès, andésite...il n'y a pas un seul arbre. Après les 25 premiers kilomètres apparaissent les premières fermes et cultures. Je fais ma première halte à Aghbalou, sous une tente où m'accueille Rachid qui a 20 ans et construit la future école du hameau. À des kilomètres du véritable itinéraire des

Étape 17: De Tazenakht au Mezguita

Le premier jour de cette étape emprunte le même chemin qu'il y a trois mois dans l'autre sens. À Assaka, Tagengout, Tisslit, El Borj je retrouve parfois des gens rencontrés la dernière fois. Puis les explorateurs obliquèrent franchement vers l'est dans le désert de Ouarzazate. Il faut plus d'une journée pour traverser l'immense commune de Tifernine, en longeant le djebel Tiouraghi sur ma droite. Parvenu le soir au hameau de Tifernine Ait Saoun où il n'y a ni électricité ni eau courante, je dors chez une famille où personne ne sait

Étape 16 : De Tamesoult à la plaine des Zenaga, quatrième traversée de l'Anti Atlas.

Reçu comme un prince chez le moqadem de Tamesoult j'y passe une journée de repos pour préparer l'expédition du lendemain, 40 kilomètres sans village, environ mille mètres de dénivelé...et un seul puits que je cherche à localiser précisément. Tamesoult est un beau village où je note ce que Foucauld avait remarqué : un rucher immense (je compte environ mille ruches!). Hélas seules trois ou quatre sont encore en activité. En quittant l'ouad Ikis le principal objectif de cette grosse journée est de gagner le col de Ti

Étape 15 : Deuxième traversée de la Feïja

La sortie de Bin Iaqob un matin de Mossem ressemble à un lendemain de soirée festive. Je me fraie un chemin entre les nombreux pèlerins qui dorment par terre et les étals de boutiques à peine remis de l'affluence de la veille. Très vite je me trouve au milieu d'un désert brumeux, où passe à cheval un dernier pèlerin, pour rejoindre l'oasis d'Iligh. Ici tout semble être resté tel que Foucauld le décrivit. Mbarak m'accueille chez lui et nous partons aussitôt sur les hauteurs pour retrouver le point de vue d'où Ch

Étape 14: Troisième traversée de l'Anti Atlas, de Tanamrout à Bin Iaqob.

En remontant l'ouad Tanguerfa je m'égare du chemin de Foucauld, son livre Reconnaissance au Maroc est très flou sur cette partie du chemin. C'est à Tanamrout que je trouve refuge. Pour le dîner tous les notables du village sont là, de l'imam au moqadem. Le lendemain nous explorons les grottes où se cachent les sources du village. Bien renseigné je parviens enfin à Assrouks avec deux jours de retard. Personne, même les plus âgés que j'interroge, ne connait le  "Ksar Taggera" que cite Foucauld à cet endroit. Le mystè

Étape 13: Traversée du Sous

Il faut presque une journée de marche pour sortir de l'agglomération d'Agadir. L'itinéraire passe notamment par la zone industrielle de Tassila, je suis le soir à Labaarir en pleine campagne enfin. De village en village je suis escorté par des groupes d'enfants en vacances scolaires, qui me guident à travers les chemins et ne m'abandonnent qu'une fois parvenu au village suivant. Beaucoup de gens ne sont pas originaires de du Sous et sont venus vivre ici pour travailler dans les immenses orangeraies. Le Souss est évidemment à sec et toute l'eau est desti

Étape 12: De Toufelazz à Agadir

Le chemin par lequel je quitte Toufelazz à l'aube est splendide, il me fait progresser dans l'Anti Atlas au milieu de forêts d'arganiers séculaires. Je reconnais partout ce que Foucauld décrivit, comme ces maisons en pierre de taille surmontées d'une tour dans chaque village, signalant l'habitation des cheikhs. Après une halte au hameau de Gogo je parviens le lendemain à Afikouraha. C'est la fête annuelle de la Tribu Des Ilala et la madrassa sidi Boumedi où je dors est en pleine effervescence. Un bœuf est tué et j'aide à la pr&eacut

Étape 11 : De Tata à Toufelazz

Il s'agit de franchir pour la troisième fois l'Anti Atlas. Foucauld avait laissé Mardochée fatigué auprès de sa famille et le retrouva presque deux mois plus tard. La première journée pour rejoindre Imiteq est très longue et difficile, j'y dormirai dans la maison du moqadem. Le lendemain également à Tizgui Ida ou Balloul, c'est le cheikh de la commune qui m'accueille. On me dit qu'il est le descendant de celui-là même qui accueillit Foucauld en 1884, la maison est toujours là sur la rive nord de l'oued Akka. Après Issaf

Étape 10: De Tissint à Tata et passage à Akka

Après une nuit passée à la belle étoile au nord de l'oasis de Tanzida et sur la rive sud du désert de la Feïja, je gagne l'oasis n'ayant ni bu ni mangé depuis la veille. Un groupe de femmes m'accueille et me sers un copieux petit déjeuner au pas de leurs maisons. Six kilomètres à peine me séparent de Tissint où je passe deux jours. Je visite la maison de Foucauld que tout le monde connaît ici. Une école est en sortie scolaire quand je m'y rends, j'ai le plaisir d'y parler de Foucauld et de son exploration du Maroc.

Étape 9 : de Tikirte à Tisint

En quittant Tikirte vers le sud on s'enfonce dans un désert de rocailles sombres qui se déclinent du rouge au noir. Pas une piste ni une rencontre pendant cette journée où je gagne l'oasis de Tagenzalt.  C'est un émerveillement de découvrir la végétation, le chant des oiseaux, l'odeur des amandiers en fleurs après la chaleur du désert. Il y a quinze jours encore le village était sous la neige, comme Ouarzazate tout proche, ce n'était jamais arrivé auparavant dans la mémoire des anciens de la maison où je dor

Étape 8 : De Tagmout-Tizi n'Telouet à Tikirte.

Le départ de Tagmout vers le col de Tizi n'Telouet commence par des adieux douloureux à la famille qui m'a reçu. Il faut aujourd'hui franchir la crête supérieure du haut Atlas et je ne croiserai qu'un seul village pendant cette ascencion. Je ferai les vingt premiers kilomètres sur un mulet en compagnie de Issa qui ramène la bête à sa famille qui vit là haut. Tout est nu, pas un arbre ni la moindre trace humaine n'est présente à ce niveau d'altitude. Une fois parvenu à la vallée de Titoula je poursuis le chemin à

Étape 7 : De Demnât à Tagmout, traversée du haut Atlas

À Demnât Charles de Foucauld est frappé par une ville où juifs et musulmans vivent en très bonne entente. Cette ville où vivait une importante communauté juive n'a d'ailleurs pas de Mellah à proprement  parler; les israélites pouvaient vivre sur l'ensemble de la ville. Il faut ensuite traverser la vaste plaine qui conduit jusqu'à Marrakech. Mais Mardochée et Foucauld n'ont pas été jusqu'à cette ville. À Sidi Rahal il obliquèrent en direction du col de Tizin'Telouet; il s'agit de franchir le Haut A

Étape 6 : entre Béni Mellal et Demnât

Il s'agit de franchir le Moyen-Atlas en sortant de Béni Mellal, toujours en direction de sud. Je traverse le village d'Ait Boujou, que Charles de Foucauld ne mentionne pas dans son livre mais qui se trouve pourtant sur l'itinéraire. Plus loin je passerai la nuit dans une maison où il n'y a ni électricité ni l'eau courante, faite de boue et de cailloux comme beaucoup ici. Jusqu'à Ouaouizeght je traverse de vastes forêt de chênes verts, parfois de chênes liège, avant de gagner la ville dans la plaine du même nom. Dans le Mellah de Ouaouizeght une pl

Étape 5: D'Oulmès à Béni Mellal

La traversée du plateau d'Oulmès me conduit sur le territoire des chleuh Zaïans dont Charles de Foucauld souligna l'indépendance vis à vis du sultan en 1883. Là encore l'hospitalité que je reçois partout est exceptionnelle. Pendant deux jours je ne rencontre pas un village dans cette campagne verdoyante. À Souk Had je dors chez un ancien chanteur de musique berbère qui me reçoit comme un prince dans sa modeste maison. Un jour il décida subitement de mettre fin à sa vie dissolue et il brûla son "aoud" dans la cheminée.

Étape 4: De Fès à Oulmès

Revenu de Taza par le même chemin, Foucauld s'impatientait de nouveau à Fès en attendant d'obtenir les protections suffisantes pour pénétrer dans le territoire des Zemmour. Il fit donc une petite excursion à Sefrou et y passa une nuit. Là encore des maisons avec des balcons donnant sur la rue indiquent la présence d'un quartier juif important. Le Mellah est aujourd'hui en grande partie détruit ou en ruine. Je décide ensuite de traverser la plaine du Saïs en voiture car l'ancien chemin qui reliait Fès à Meknès est devenu un

Etape 3 : sur les pas de Charles de Foucauld De Fès à Taza

La vue du djebel Zalagh m'annonce la fin du Gharb. Je quitte une région agricole opulente où la verdure des jeunes pousses de blé, des champs de bettraves et de tabac cède la place aux pentes arides et parfois sans végétation du massif calcaire qui me sépare de la plaine du Saïs. En suivant le chemin de Foucauld j'aborde le Zalagh sur son flanc ouest c'est alors "qu'apparaît Fâs, émergeant comme une île blanche de la mer sombre de ses immenses jardins" (Reconnaissance au Maroc, par 18).   Je traverse la ville pour gagner

Etape 2 : sur les pas de Charles de Foucauld du Rif à l'ouad Sebou

Charles de Foucauld rejoignit le rabbin Mardochée à Tétouan avant de partir vers Ksar El kébir. Je fais comme eux en faisant du stop sur une large partie de ce chemin qui est devenu une route. Il avait neigé pendant la nuit sur le Djebel Béni Hassan. En marchant dans la direction de l'ouest je rencontre le même paysage décrit par l'explorateur 135 ans auparavant. Sur ma droite les sommets sont couverts de forêts tandis que la plaine, qui s'élargit de plus en plus, est consacrée à la culture du blé. Bientôt je débouche sur u

Etape 1 : sur les pas de Charles de Foucauld, à travers le Rif

À Tetouan le lendemain je visite le mellah (quartier juif) de la ville où Foucauld résida 10 jours. Plus de cinq mille israélites vivaient ici à la fin du XIXe siècle. Charles de Foucauld avait pris leur habit pour son exploration et il reçut toujours auprès de cette communauté l'hospitalité et le soutien nécessaire.  À partir des cartes dressées par l'explorateur français je me dirige vers Chefchaouen à travers les monts du Béni Hassan et le djebel Mezedjel. Le parcours suit essentiellement l'actuelle route