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ANALYSE CINÉMA MAROC OÙ SONT LES COMPÉTENCES ?

ANALYSE CINÉMA  MAROC    OÙ SONT LES COMPÉTENCES ?

UN RÉSERVOIR DE TECHNICIENS FORMÉS SUR LE TAS, MAIS PEU DE HAUTS PROFILS
CHEF OPÉRATEUR, INGÉNIEUR DU SON, DIRECTEUR DE PHOTOGRAPHIE,… GROS DÉFICIT  LES RÉMUNÉRATIONS S’AMÉLIORENT: 3.000 À 7.000 DH/SEMAINE
Jamal Chaïri, qui possède deux ateliers, au Maroc et en Espagne, est l’un des rares professionnels à avoir réalisé des études poussées dans le domaine des effets spéciaux au Maroc. Il prévoit d’organiser bientôt une exposition à Tanger pour révéler les secrets du septième art, et de monter sa propre école
En l’espace de quelques années, le Maroc s’est hissé au rang de première destination des investissements cinématographiques et télévisuels en Afrique et dans le monde arabe. Jusqu’à fin septembre dernier, 32 productions étrangères (dont 8 américaines) ont été réalisées dans le Royaume, pour un investissement qui frôle un milliard de DH (+420% sur un an). Dernière en date, «Mission impossible 5» dont le tournage vient de pendre fin.
Les productions nationales se sont également renforcées, même si elles restent bien en deçà de la moyenne régionale. Elles sont passées à une vingtaine de films par an, contre 3 ou 4 vers la fin des années 90.
Mais le Maroc a-t-il les compétences nécessaires pour accompagner ce développement?
«Dès qu’il y a 3 productions en même temps, nous sommes en manque de techniciens performants», relève le réalisateurs Mohamed Ismaïl. C’est le cas actuellement, avec plusieurs grosses productions étrangères qui raflent les meilleurs profils. «En ce moment, il y en a au moins deux à Ouarzazate, ainsi que deux autres à Casablanca et à Tanger. D’ici la fin du mois, d’autres vont démarrer. Dans ces périodes de pic, le manque de ressources est patent», confirme Abdelmajid Aoulad Abdallah, vice-président du syndicat national des techniciens du cinéma et de l’audiovisuel (SNTCA). 
Durant la dernière décennie, de nombreux techniciens, de tous bords (montage, son, image, électricité, décoration,…), ainsi que des réalisateurs et des producteurs, ont «atterri» dans le secteur appâtés par l’essor de l’activité (voir illustration) et l’amélioration des gains. Ils sont actuellement près de 1.300 techniciens à exercer dans le cinéma, avec des rémunérations plutôt correctes, allant de 3.000 à 7.000 DH par semaine de tournage. Mais il s’agit, pour la majorité, de personnes formées sur le tas. «Ils doivent leur compétence à leurs efforts personnels et à leur envie d’apprendre. Il n’existe pas encore de vraies formations spécialisées dans le cinéma», estime l’acteur producteur Saïd Naciri. 
En travaillant sur des plateaux avec des standards internationaux, ils ont pu affiner leurs armes dans le domaine. D’autant plus que le Centre cinématographique marocain (CCM) oblige les producteurs étrangers à prendre un quota d’au moins 25% de professionnels marocains. «Avant, ils ramenaient 50% de techniciens étrangers avec eux. Aujourd’hui, la plupart se contentent de 20%. Le reste du staff est marocain», affirme Aoulad Abdallah. «Sur le plan technique, les techniciens marocains sont excellents. Certains jeunes arrivent à réaliser des exploits, et sur les plateaux étrangers, ils prennent rapidement le dessus», témoigne quant à lui le réalisateur-producteur Abdelhaï Laraki.
Néanmoins, pour certains, le transfert de savoir-faire reste «relatif», puisque les postes occupés par les marocains sont secondaires. «Ce sont des postes de 3e ou 4e catégorie où ils ne font qu’exécuter des directives», précise Mohamed Ismaïl.
Si globalement il existe un réservoir de professionnels qui ne cesse de se renforcer, certains métiers à plus forte valeur ajoutée manquent cruellement de ressources. «C’est notamment le cas des postes de directeurs de photographie, les ingénieurs du son et les scénaristes. Si l’on veut encourager la production, il est urgent de combler ce déficit», insiste le réalisateur Nabil Ayouch. Il y a également une grande carence en matière de chefs opérateurs (qui dirigent les techniciens de l’image), de directeurs de production et de spécialistes des effets spéciaux. «Pour les chefs opérateurs, par exemple, il n’en existe que 5 ou 6 dans tout le Maroc», assure Mostafa Rbibe Ziraoui, président du SNTCA.
Au niveau des effets spéciaux, seuls 6 sont répertoriés par le CCM, dont 4 assistants, un chef cascadeur et un chef des effets spéciaux. «Il n’y a pas de formation dans le domaine. Par ailleurs, les réalisateurs ne sont pas assez ouverts d’esprit. Ils n’acceptent pas les idées novatrices et n’encouragent pas la céation», regrette Jamal Chaïri, l’un des rares à avoir effectué des études poussées dans les effets spéciaux en Espagne, après avoir suivi des cursus au Maroc et en France dans les arts plastiques, les arts visuels, la décoration, le design, le maquillage professionnel, … Installé en Espagne, il travaille essentiellement dans des productions européennes.
Les spécialistes des effets spéciaux sont aussi écartés pour des raisons de coût. «Le tarif varie entre 8.000 et 15.000 DH par semaine, selon les projets. En Europe, les prix peuvent aller jusqu’à 400 euros par jour», révèle Chaïri.
Les «bons» scénaristes se comptent également sur les doigts de la main. A telle enseigne que certains réalisateurs choisissent de faire appel aux services de scénaristes étrangers. «Ce fut le cas pour des sitcoms diffusés durant le mois de ramadan. Résultat des cours: un humour qui ne passe pas très bien auprès du public marocain», lance un scénariste. «Pour réduire leurs dépenses, certains réalisateurs choisissent de tout faire eux-mêmes. La production, la réalisation, le scénario, le dialogue,…C’est une aberration. Cela se répercute sur la qualité des films», poursuit-il.
Un scénario pour le cinéma coûte entre 80.000 et 100.000 DH. Pour la télévision le tarif oscille entre 50.000 et 60.000 DH. Une dépense sur laquelle beaucoup de réalisateurs préfèrent faire l’impasse, compte tenu de leurs bien maigres budgets.
Pour l’heure, le secteur arrive à s’en sortir, malgré tout. Mais faute de formations adaptées et de profils qualifiés, il sera de plus en plus difficile de maintenir le cap.
La réalisation se démocratise
Les réalisateurs sont de plus en plus nombreux, peut être autant que les techniciens! Le développement des technologies de l’information et la sophistication des matériels a rendu le métier plus facile d’accès. «Avec les tournages 100% vidéo, la 3D et les nouveaux logiciels c’est possible de réaliser des choses extraordinaires», relève Abdelhaï Laraki. «Mais cette nouvelle génération de réalisateurs ne justifie pas d’une grande culture cinématographique. Elle se concentre sur le technique, or cela ne permet pas toujours de produire de la qualité», regrette-t-il. Les conditions imposées par le CCM n’aident pas. Il suffit de réaliser 3 films pour décrocher sa carte de réalisateur.
 
16 Octobre 2014  
SOURCE WEB Par Ahlam NAZIH L’ECONOMISTE 
Tags : Centre cinématographique marocain (CCM)  -le Maroc s’est hissé au rang de première destination des investissements cinématograp-hiques et télévisuels en Afrique et dans le monde arabe-32 productions étrangères (dont 8 américaines) ont été réalisées dans le Royaume, pour un investissement qui frôle un milliard de DH (+420% sur un an). Dernière en date, «Mission impossible 5» dont le tournage vient de pendre fin- Les productions nationales sont passées à une vingtaine de films par an, contre 3 ou 4 vers la fin des années 90- Dans ces périodes de pic, le manque de ressources humaines est patent», confirme Abdelmajid Aoulad Abdallah, vice président du syndicat national des techniciens du cinéma et de l’audiovisuel (SNTCA)- syndicat national des techniciens du cinéma et de l’audiovisuel (SNTCA)- Il n’existe pas encore de vraies formations spécialisées dans le cinéma», estime l’acteur producteur Saïd Naciri- le Centre cinématographique marocain (CCM) oblige les producteurs étrangers à prendre un quota d’au moins 25% de professionnels marocains- Sur le plan technique, les techniciens marocains sont excellents- le transfert de savoir-faire reste «relatif», puisque les postes occupés par les marocains sont secondaires. «Ce sont des postes de 3e ou 4e catégorie où ils ne font qu’exécuter des directives- certains métiers à plus forte valeur ajoutée manquent cruellement de ressources, c’est notamment le cas des postes de directeurs de photographie, les ingénieurs du son et les scénaristes- Si l’on veut encourager la production, il est urgent de combler ce déficit», insiste le réalisateur Nabil Ayouch- grande carence en matière de chefs opérateurs (qui dirigent les techniciens de l’image), de directeurs de production et de spécialistes des effets spéciaux- Au niveau des effets spéciaux, seuls 6 sont répertoriés par le CCM, dont 4 assistants, un chef cascadeur et un chef des effets spéciaux- Les «bons» scénaristes se comptent également sur les doigts de la main- Les conditions imposées par le CCM n’aident pas. Il suffit de réaliser 3 films pour décrocher sa carte de réalisateur-