Unité de la ville, une expérience en panne

Unité de la ville, une expérience en panne

L’ absence d’une majorité politique homogène plombe le travail des mairies
Ce qui se traduit négativement sur les services communaux
Les villes de Casablanca, Rabat et Tanger ont fortement souffert de l’absence d’une majorité stable et cohérente. Ce qui s’est traduit négativement sur l’amélioration des services communaux de base (transport,  déchets et éclairage public) et l’aménagement urbain de ces villes

La majorité de nos villes n’arrivent pas encore à développer une gestion urbaine performante. Elles peinent encore à assurer un service minima pour les prestations communales au profit de la population et à régler les problèmes de gouvernance et la mobilisation des ressources. Un constat qu’on peut appliquer même aux 6 grandes communes urbaines bénéficiant du statut de l’unité de la ville avec les arrondissements. Il s’agit de Casablanca, Rabat, Salé, Marrakech, Fès et Tanger. Une expérience lancée en 2003 avec un objectif de créer les conditions favorables pour un développement harmonieux des ces grandes agglomérations afin de leur permettre de jouer le rôle de locomotive au niveau de leur région. Quels sont les facteurs qui ont contribué à cet échec pour le moment de l’expérience de l’unité de la ville? Le premier revient à l’absence d’une majorité homogène avec une vision concertée pour le développement de la ville. Cela revient en partie à la culture de nos élus dont une grande partie sont motivés en premier par des intérêts personnels qu’ils arrivent à régler dans le cadre d’alliances politiques hybrides. Un constat qui se confirme actuellement, à la veille des élections communales de septembre, par une vague opération de transhumance des élus d’un parti politique à l’autre. Une opération qui prend de l’ampleur dans les grandes villes à cause des enjeux en perspective portant sur l’élection du maire ainsi que le président de la région. L’absence d’une majorité politiquement cohérente fragilise ainsi le pouvoir du maire devant les élus notamment ceux de l’opposition. Le cas de la ville de Rabat illustre cette situation. Le conseil de la commune de Rabat est dirigé par le socialiste Fathallah Oualalou dans le cadre d’une majorité hétérogène dont le noyau dur est constitué des élus du PJD. Alors que les conseillers de l’USFP, parti du maire de la capitale, sont presque minoritaires. Une telle situation a souvent été exploitée par les élus de l’opposition (MP et le PAM) pour bloquer plusieurs fois des travaux du conseil de la ville. Le même constat est valable pour les villes de Casablanca et Tanger. Même dans les communes avec une majorité confortable comme Fès et Salé on soulève des dysfonctionnements en matière de gestion communale. D’une manière générale, la majorité de ces villes n’arrivent pas encore à améliorer les services communaux de base particulièrement le transport urbain et la collecte des déchets. Des insuffisances sont également constatées au niveau du renforcement des infrastructures de base et la lutte contre le logement insalubre. Certains élus rejettent la responsabilité sur la forte présence de la tutelle dans la gestion des affaires des villes avec marginalisation du rôle des conseillers. Sur ce volet, on évoque la création des SA qui vont piloter les programmes intégrés de développement des villes de Rabat et Casablanca. Un avis non partagé par le maire de la capitale pour qui la modernisation implique la création de ce genre d’institutions où les élus figurent dans les conseils d’administration et donc peuvent y jouer pleinement leur rôle. «La tutelle tire sa force de l’absence de professionnalisme des acteurs politiques locaux», déplore Abdelmounim Madani, élu du PJD et Vice-président du maire de Rabat. Ce dernier impute la responsabilité de l’échec aux partis politiques qui travaillent encore sur la polyvalence des militants alors que la gestion locale nécessite de la compétence et du sérieux. Pour lui, les partis politiques doivent assurer leur responsabilité pour porter la décentralisation à maturité. L’expérience de l’unité de la ville a dévoilé également un dysfonctionnement dans la relation de la ville avec ses arrondissements. Une relation marquée par une pléthore d’élus sans moyens pour exercer leurs activités de proximité, selon Omar Sentissi, président de la commission de l’intérieur des collectivités territoriales et de la politique de la ville à la Chambre des représentants qui dirige également l’arrondissement de Laâyada à Salé. «Dans mon arrondissement, il y a 7 vice-présidents qui chôment par manque de budget», regrette Sentissi. La marginalisation des arrondissements s’accentue lorsqu’ils sont dirigés par les partis de l’opposition. «La majorité des projets soumis au maire pour financement sont restés sans suite», se plaint un président d’arrondissement à Salé qui appartient à l’opposition. Après la fermeture des vannes par le maire, il a fallu frapper à d’autres portes pour financer des projets urgents.

Solidarité

Le système de l’unité de la ville figure parmi les nouveautés de la loi 00-78 du 3 octobre 2002 portant réforme de la Charte communale. Ce système permet de mutualiser l’ensemble des moyens financiers de la ville pour la réalisation des projets structurants. Et également d’assurer les services communaux (transport urbain, collecte des déchets…) au profit de l’ensemble de la population. Pour le maire de Rabat, il faut donc faire une distinction entre les services de proximité à confier aux arrondissements et les grands projets structurants qui s’inscrivent dans le cadre d’une vision globale menée par la ville.

Le 26 août 2015
SOURCE WEB Par L’économiste
Tags : Casablanca, Rabat et Tanger- transport,  déchets et éclairage public- une gestion urbaine performante- Casablanca, Rabat, Salé, Marrakech, Fès et Tanger- Le conseil de la commune de Rabat est dirigé par le socialiste Fathallah Oualalou- MP et le PAM- Abdelmounim Madani, élu du PJD et Vice-président du maire de Rabat-Omar Sentissi, président de la commission de l’intérieur des collectivités territoriales et de la politique de la ville à la Chambre des représentants qui dirige également l’arrondissement de Laâyada à Salé- la Charte communale-