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Portraits de Casablancaises

Portraits de Casablancaises

Les femmes non fêtées du 8 mars ● La journée du 8 mars est parfois un rappel d’une vie misérable. ● Pour certaines femmes, les années de souffrance peuvent aussi permettre la réussite. Certaines femmes n’osent pas fêter le 8 mars. Ph. Saouri À Casablanca comme dans d’autres métropoles marocaines et internationales, le 8 mars a été célébré avec des slogans, des cadeaux, des promotions spéciales, des speechs ou même une fleur. «Le plus important est qu’on n’oublie pas cet événement, parce que ce serait en contradiction avec les principes de notre entreprise», affirme la responsable de communication interne dans une multinationale. Parcours difficiles Toutefois, la fête des femmes n’est pas toujours une occasion joyeuse. «Je préfère ne pas connaître ce genre d’événement, car je n’ai rien à fêter. Au contraire, ces occasions me rappellent ma misérable vie en tant que femme maltraitée», nous confie Saïda. Cette dernière fait le ménage chez plusieurs familles casablancaises pour subvenir aux besoins de ses 4 enfants, sous les menaces de son mari chômeur. Son cas n’est pas exceptionnel. Beaucoup de femmes casablancaises ne connaissent pas le 8 mars. Ce sont en général des femmes au foyer, des veuves ou des divorcées. Elles luttent chaque jour pour un revenu médiocre ou tout simplement pour survivre. On lit chaque jour une tristesse si profonde sur leurs visages que le 8 mars ne peut effacer. «La fête des femmes est faite pour les personnes qui ont réussi dans leurs vies, les employées dans de grandes entreprises et celles que le besoin force à tendre la main», affirme avec amertume Touria, femme au foyer. Selon le sociologue Yassir Mezouari, le travail n’est pas forcément un critère de réussite de la femme : «Plusieurs ingrédients doivent exister pour pouvoir dire que la femme a réussi : études, famille, travail… mais ce n’est pas seulement en réunissant tous ces ingrédients que la femme peut considérer qu’elle a réussi dans sa vie. Le milieu dans lequel elle vit conditionne ses choix socioprofessionnels, des choix souvent sous la contrainte et auxquels elle finit par s’adapter et, parfois même, arrive à réussir». Une analyse partagée par certaines femmes au foyer qui célèbrent le 8 mars, mais après des années de combat et de souffrance. «Grâce à Dieu, je peux enfin savourer la joie de cet événement. J’ai élevé presque seule 6 enfants. Leur père était tout le temps absent, mais aujourd’hui, ils reconnaissent mon sacrifice et m’offrent des cadeaux à l’occasion de la fête des femmes et celle des mamans aussi», nous confie avec fierté Hajja Najia. Pour elle, les années de souffrance ont permis la réussite. Il n’y a donc pas de critère standard pour le succès. D’après Yassir Mezouari, la réussite de la femme dépend des mentalités. Chez les plus conservateurs, elle est liée automatiquement à celle de son mari. Sinon, sa réussite socioprofessionnelle peut compenser sa situation conjugale. Toutefois, si la femme ne trouve ni le mari ni l’emploi qui fait la fierté de son entourage, elle est considérée comme une personne qui a raté sa vie. ________________________________________ Et les délinquantes Au niveau du boulevard Moulay Youssef, on remarque chaque jour des “femmes” qui squattent les jardins et les trottoirs. Ce sont les alcooliques ou “chemkarates”, comme beaucoup de Casablancais les appellent. La vie de ces femmes n’est pas de tout repos. “Certes, elles ont pris le chemin de la délinquance, mais elles ont été certainement forcées d’une manière ou d’une autre, car on ne choisit pas de devenir délinquant”, explique un acteur associatif de la métropole. Malheureusement, ces femmes agressent les passants et passent leurs nuits et leurs journées à consommer des boissons alcoolisées au vu et au su de tout le monde. À bon entendeur salut. ________________________________________ Les femmes et le 8 mars ● «En tant que citoyenne lambda, je me contente de regarder de loin» Je fête le 8 mars quand je dépends d’un organisme ou d’une association qui le fait. C’était le cas, il y a deux ans, avant de lancer mon propre projet. Toutefois, en tant que citoyenne lambda, je me contente de regarder de loin et de voir ce que disent les médias à ce sujet. Je pense que cette fête est surtout une occasion de revendiquer plus d’égalité et de faire un bilan sur la situation des femmes dans la société. Nezha Elhafidi Alaoui, directrice associée d’une agence d’affichage et de création de sites web. ● «Je rends hommage aux femmes de mon pays à ma manière» Pour moi, le 8 mars est une occasion pour rendre hommage à toutes les femmes du monde, de la paysanne qui marche des kilomètres pour chercher de l’eau pour sa famille, à la mère au foyer qui est tout le temps et non-stop au service de sa famille, en passant par ces femmes de l’ombre tous secteurs d’activités confondus. Pour cette année, je veux rendre hommage aux femmes de mon pays à ma manière, en les faisant profiter de mon expérience et de mon savoir-faire. Ainsi, sur inscription gratuite sur mon site web, je vais leur envoyer «la News de la Tendance», en plus des ateliers de la tendance où, une fois par mois, une centaine de femmes viendront s’amuser, découvrir, apprendre. Salma Rekiouak, Conseillère en Image ● «La femme est née pour travailler» Je ne connais pas le 8 mars. Je me bats chaque jour pour assurer un minimum de besoins pour mes quatre enfants. Après la mort de mon mari en 2000, je me suis retrouvée face à une vie sans pitié, j’étais obligée de sortir travailler. Le ménage dans une agence bancaire me permet d’avoir un salaire fixe en plus de l’argent que je perçois en travaillant en tant qu’aide ménagère chez des particuliers. Toutefois, ce n’est pas assez. Pourtant, je voudrais assurer une vie meilleure à mes petits, surtout Raja, née en 1989, qui n’a pas eu de chance dans le monde de l’emploi. Pour moi, la femme est née pour travailler. Hajjam Touria, femme de ménage ● «Je n’ai pas le droit de m’arrêter pour célébrer le 8 mars» Est-ce que je célèbre le 8 mars ? Je me concentre plutôt sur mon vécu pénible. J’ai à ma charge mes deux filles orphelines et mon frère de 45 ans paralysé. Je vis dans un bidonville près de Mohammedia et je suis obligée de faire le ménage chez différentes familles casablancaises pour survivre. Je prépare aussi des plats cuisinés. Je me bats chaque jour pour subvenir à mes besoins. Pour moi, le 8 mars est une journée comme une autre, je n’ai pas la chance ou plutôt le droit de m’arrêter pour la célébrer. Malika, femme de ménage Publié le : 8 Mars 2012 – SOURCE WEB Par Nadia Ouiddar, LE MATIN