TOURISME MAROC, C’EST LA CRISE!

TOURISME MAROC,     C’EST LA CRISE!

Les réservations à partir de la France ont baissé de près de 50% en décembre et les attentats à Paris vont accentuer la dégringolade.

«Malgré l’attachement liant la France au Maroc, nous sommes face à une situation inédite comme celle qu’avaient connu les Américains au lendemain des attentats du 11 septembre 2011». C’est par ces mots que le vice-président du syndicat national des agences de voyages (SNAV), contacté par Médias 24, évoque la baisse continue du chiffre des touristes français se rendant au Maroc.

Ce constat de forte baisse, de dégringolade même, se base sur les chiffres du baromètre établi par la SNAV Atout France pour décembre 2014. Ainsi, si le Maroc reste positionné dans le top 5 des destinations moyen courriers, les chiffres montrent que les départs et les réservations vers le Royaume sont en chute libre depuis septembre aussi bien en termes de tendance passagers que de volume d’affaires. 

réservations 2014

 

septembre

octobre

novembre

décembre

Classement dans le top 5

3

4

5

5

tendance passagers

-19%

-53%

-52%

-46%

tendance volume d'affaires

-17%

-57%

-58%

-47%

 

départs 2014

 

septembre

octobre

novembre

décembre

Classement dans le top 5

5

3

3

4

tendance passagers

-19%

-15%

-31%

-51%

tendance volume d'affaires

-12%

-14%

-18%

-50%

 

Pour information et pour comparer avec l’année précédente, les chiffres SNAV de 2013:

 

réservations 2013

 

septembre

octobre

novembre

décembre

Classement dans le top 5

3

3

3

3

tendance passagers

+6%

+24%

-17%

+5

tendance volume d'affaires

+8

+25%

-11%

+7

 

départs 2013

 

septembre

octobre

novembre

décembre

Classement dans le top 5

4

3

2

2

tendance passagers

+13%

+20%

-12%

+16%

tendance volume d'affaires

+16%

+28%

-15%

+4%

 

Richard Soubielle rappelle que ce phénomène conjoncturel a démarré avec la liste rouge établie par le Quai d’Orsay qui a inclus pendant 48 heures le Royaume dans une liste de pays à risques terroristes.

A partir de là, la dégradation s’est poursuivie inexorablement et l’actualité brûlante des attentats de Paris laisse penser que cette baisse va s’accentuer. Il faudra toutefois attendre la fin du mois de janvier pour chiffrer avec précision leur impact sur la destination Maroc. 

Voulant tempérer le pessimisme ambiant, notre interlocuteur déclare que les chiffres de désaffection sont en réalité moins importants car le SNAV n’a pas les moyens de quantifier la désintermédiation importante des nombreux touristes voyageant sans passer par les tours opérateurs français.

Prudent, il ne cache pas que les évènements internationaux (Daesch…) couplés aux attentats de Charlie Hebdo risquent indirectement de coûter cher à la destination marocaine. «La France et le Maroc traversent un pic de crise qui va demander un temps de latence» avant de se résorber(…), il faut laisser à la France le temps de se réveiller ». 

Interrogé sur les réponses appropriées à apporter à cette crise, notre interlocuteur pense que le Maroc doit continuer à envoyer des signes rassurants de fermeté sécuritaire. Il avance aussi que les Français ont été plus que sensibles à l’intervention télévisée du franco-marocain Jamal Debbouze qui avait su trouver les mots justes pour condamner les attentats. Dans la même veine, le pays doit continuer à se démarquer par sa tolérance pour éviter d’être assimilé à une destination djihadiste.

Cette analyse est partagée du côté des professionnels marocains qui sont unanimement inquiets de la désaffection du marché français risquant de faire boule de neige sur les autres marchés étrangers.

Un important opérateur touristique se déclare d’ailleurs pessimiste et sous couvert d’anonymat que «nous avions déjà la crise et il faut désormais y rajouter la peur des touristes sensibles aux évènements parisiens».

Il révèle qu’une réunion va être organisée avec les professionnels du secteur dans les prochains jours sous l’égide du ministre du Tourisme Lahcen Haddad pour tâcher d’apporter des réponses appropriée

Othman Cherif Alami, PDG du groupe Atlas Voyages, nous déclare que les récents attentats sont un véritable coup de massue pour le tourisme marocain. Suite à l’émotion suscitée en France, les réservations  vers le Maroc risquent de subir le contrecoup des actes terroristes à l’instar de toutes les destinations arabo-musulmanes.

L’ancien président de la Fédération nationale du tourisme (FNT) pense toutefois que les attentats impacteront surtout les chiffres de la basse saison (novembre-mars) qui ne représentent que 30% des chiffres annuels du tourisme.

Il avance que d’ici au début de la haute saison (avril-octobre, 70% du volume restant), les choses auront changé dans le bon sens. Dans cette optique, il organise à Casablanca ce jeudi 22 janvier un forum consacré à la communication de crise pour proposer des solutions.

Contacté par notre rédaction, Abdellatif Kabbaj, nouveau patron de la confédération nationale du tourisme (CNT) confirme l’appréhension croissante des opérateurs face à la baisse actuelle et à venir. Refusant de s’inscrire dans une logique de «panic management», Abdellati Kabbaj avance qu’il faut absolument que le le secteur mette tous les moyens en œuvre pour se ressaisir rapidement.

Il propose que l’Etat débloque une ligne de crédit exceptionnelle pour davantage communiquer sur la stabilité du Maroc en mettant à contribution les professionnels, les leaders d’opinion et les médias