Pèlerinage juif au Maroc #2 : Amram Ben Diwan ou les miracles du Saint d’Ouazzane

Pèlerinage juif au Maroc #2 : Amram Ben Diwan ou les miracles du Saint d’Ouazzane

Dans cette série, Yabiladi revient sur les grands lieux de pèlerinage juif au Maroc, visités annuellement par des milliers de fidèles et de curieux. Dans ce deuxième épisode, l’histoire de Amram Ben Diwan, un saint juif né à Jérusalem et décédé et inhumé à Asjen, près de la ville d’Ouazzane.

Chaque année, des milliers de pèlerins juifs venus du monde entier se rendent à Asjen, petit village au nord-ouest d’Ouazzane (Rif occidental, au sud de l'oued Loukkous) pour visiter sa tombe. Lui, c’est Rabbi Amram Ben Diwan, un Tsaddikim (mot hébreu désignant littéralement un homme juste) ayant vécu au Maroc au XVIIIe siècle.

Né à Jérusalem, il s'installe avec sa famille dans la ville palestinienne d'Al Khalil. Après un brillant parcours en études de la Torah, Amram Ben Diwan est envoyé au Maroc en 1743 comme émissaire, avec pour mission de collecter de l'argent, financer et mettre en place des écoles (Yéchivot). Il choisit donc la région d’Ouazzane pour s’y installer et fonder une première école. «De nombreux disciples venaient étancher leur soif d'étude en s'abreuvant à la source de ses paroles», raconte-t-on dans un article paru sur l’association Hevrat Pinto installée en France.

Sa vie entre Ouazzane, Fès et Al Khalil en Palestine

Très vite, il devient ainsi célèbre dans tout le royaume, qu’il quitte après dix ans. En effet, «éprouvant une grande nostalgie» pour son lieu de naissance, Amram Ben Diwan décide d’y retourner avec son fils Haim. «Lorsqu'il arriva à Hébron, il se lia d'amitié avec les Rabbins de la ville, Rabbi Haïm Bagoyo et Rabbi Avraham Guidélia. Ensemble, ils étudièrent la Torah, en pénétrant tous ses merveilleux secrets, et gravissant de jour en jour les échelons de la perfection dans l'étude et dans le service divin», poursuit l’association.

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La La synagogue du sanctuaire de Rabbi Amram Ben Diwan. / Ph. DR

Mais ce séjour sera de courte durée, car un événement le poussera à s’enfuir vers le Maroc. Une fois à Al Khalil, le futur saint juif du Maroc décide d’accéder au sanctuaire d’Ibrahim, appelé par les Juifs «Tombeau des Patriarches», situé à Al Khalil. C’est le monument abritant des cénotaphes construits au-dessus de tombes attribuées aux prophètes Ibrahim, Issaac et Yaacoub, autrefois interdits aux juifs.

Pour ce faire, Amram Ben Diwan se déguise en musulman et pénètre alors dans l’édifice pour y prier avec des musulmans. Mais il est finalement démasqué. Pour échapper à la lourde peine réservée à ceux qui transgressent la loi, il quitte la Palestine pour revenir au Maroc.

Il arrive donc à Fès où les juifs de la capitale alaouite se «disputaient le mérite» de l’inviter chez eux. C’est également à cette même époque que ces miracles commencent à apparaître. Peu de temps après leur arrivée à Fès, Rabbi Amram et son fils Rabbi Haïm lancent une tournée dans toutes les villes du Maroc pour propager l'enseignement de la Torah auprès de la communauté juive marocaine.

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L'entrée du sanctuaire de Rabbi Amram Ben Diwan. / Ph. DR

Mais arrivés à Séfrou, Haïm Ben Amram tombe malade. «Les médecins ne lui donnaient aucune chance de guérir. Rabbi Amram pria le Créateur du monde de prendre son âme à la place de celle de son fils», poursuit-on de même source. Mais alors que Haïm guérit finalement de sa maladie, c’est Amram Ben Diwan qui tomba malade, une fois arrivé à Ouazzane. Il rend l’âme et demande à ce qu’il soit inhumé dans sa ville natale.

D’ailleurs, autour de son inhumation à Asjen, les historiens divergent. Selon la version relayée par Issachar Ben-Ami, dans «Saint Veneration Among the Jews in Morocco» (Wayne State University Press, 1998), «Rabbi Amram Ben Diwan aurait demandé avant sa mort d’être inhumé près de son arbre». «Alors qu'une autre (tradition) affirme que l'arbre a poussé après que le rabbi a été enterré à cet endroit», poursuit l’historien. En effet, le tombeau de Rabbi Amram Ben Diwan se trouve près d’un «grand arbre, semblable à un olivier», rappelle le même livre.

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La tombe de Rabbi Amram Ben Diwan près d'Ouazzane. / Ph. DR

Amram Ben Diwan, le Saint guérisseur des maladies

Selon Issachar Ben-Ami, les miracles d’Amram Ben Diwan seraient apparus de son vécu et même après sa mort. On raconte que lors de son séjour à Fès, son hôte n’avait que des filles. «Rabbi Amram lui conseilla de la nommer Fédina, qui signifie "nous avons terminé"», raconte-t-on sur le site de l’association Hevrat Pinto. Le saint juif lui promet que son hôte n’aura que des garçons dès l’année prochaine. Ce qui se serait concrétisé.

Ses prières à Dieu pour guérir son fils seraient également l’un de ses miracles, étant donné que son fils aurait guéri de sa maladie, mais Amram Ben Diwan décèdera peu de temps après.

Issachar Ben-Ami note que «pour donner naissance relativement facilement, les femmes juives porteraient une ceinture appartenant au rabbin Amram». Il rapporte un autre récit suggérant que le saint juif «apparaît dans les rêves des non-juifs». Dans son livre, l’historien affirme qu’«un garçon qui doutait des miracles d'Amram avait rêvé qu'un homme nommé Amram l'avait giflé et envoyé en prison».

D'autres témoignages suggèrent qu'Amram Ben Diwan apparaîtrait comme une colombe, parfois près de sa tombe, un lieu de sépulture comportant de nombreuses petites pierres «représentant des pétitions laissées par des visiteurs».

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Des juifs se recueillant sur la tombe d'Amram Ben Diwan. / Ph. DR

Dans «Contes et récits humoristiques: chez les Juifs du Maghreb, d'Alsace et d'Europe orientale, installés dans l'est de la France» (Editions L’Harmattan, 1991), Muriel Klein-Zolty revient notamment sur certains de ces témoignages.  «On raconte l’histoire d’une jeune femme paralysée. C’était la fille de quelqu’un de puissant, d’un Rabbin. Sa mère l’a emmenée à Rabbi Amram Ben Diwan, sur sa tombe à Ouazzane», rapporte-t-elle, affirmant que la fille aurait repris l’usage de ses mains et pieds tout comme un autre cas relatif à la fille d’un colonel français, estropiée et atteinte de la polio.

Appelé par les Musulmans Ben Amram et visités même par eux, la Hiloula de Rabbi Amram Ben Diwan est célébrée par la communauté juive lors de la fête Lag Ba’Omer, prévue cette année du mercredi 22 mai au jeudi 23 mai, et commémorée généralement en mai, bien que le saint juif soit décédé le 15 du mois d’Av, 12ème mois lors des années embolismiques et le 5ème mois de l’année ecclésiastique du calendrier hébraïque.

Son fils, Haïm Ben Diwan, également un saint vénéré, repose quant à lui dans le village de Anranz au sud de Marrakech.

Le 23/04/2019

Source web Par Yabiladi

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