Affaire Hamza mon bb: les dessous d'un compte qui a détruit bien des vies au Maroc

Affaire Hamza mon bb: les dessous d'un compte qui a détruit bien des vies au Maroc

Avec l’arrestation, hier, d’Ibtissam Batma, l’affaire Hamza mon bb connaît un nouveau rebondissement. Comment, en attentant à la vie privée de célébrités, ce mystérieux pseudo agissant sur plusieurs réseaux sociaux, a fait scandale et conduit à une série d’arrestations? Round-up.

Au Maroc, jamais un pseudo sur les réseaux sociaux n’aura déchaîné autant de passions. Hamza mon bb, animé par un, ou plusieurs, mystérieux individu(s), est à l’origine de l’arrestation de plusieurs personnes, accusées d’avoir attenté à la vie privée ou à l’intimité de célébrités marocaines et du monde arabe.

Créé le 16 avril 2016 sur les réseaux sociaux Snapchat et Instagram, Hamza mon bb a distillé, durant trois longues années, des photos, des enregistrements vidéo, et des potins scabreux sur des stars essentiellement marocaines.

Les comptes Hamza mon bb étaient suivis par 1,5 millions de personnes, on comprend donc que la moindre de ses publications fasse des ravages. Victime parmi d’autres de ce sniper anonyme, Mariam Saïd, une animatrice marocaine sur la chaîne saoudienne MBC4, avait été licenciée par ses employeurs le 31 janvier 2019, à cause de la publication par Hamza mon bb de photos d’elles dans des postures compromettantes. Mariam Saïd a, dans la foulée, perdu son fiancé, qui a décidé de la quitter à quelques jours seulement de leur mariage.

Aujourd’hui, trois années après les premières publications de Hamza mon bb sur les réseaux sociaux, près de 70 plaintes, au total, ont été déposées auprès des services de police.

Les victimes de Hamza mon bb, également assimilé à un réseau de chantage 2.0, sont des artistes, des avocats, des journalistes, mais aussi des hommes d’affaires...

A la fin du mois de juillet 2019, sur instruction du procureur général du roi, la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) de Casablanca lance une enquête, après une plainte déposée par Mohamed Madimi, président, à Marrakech, d’une ONG de défense des droits humains, le Centre national des droits de l’homme.

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Mohamed Madimi, président du centre national des droits de l'homme

© Copyright : DR

Mohamed Madimi n'est pas une victime de Hamza mon bb, mais s'est rendu dans les locaux de la police de Marrakech, muni des photos et des vidéos de deux membres de son association, capturées par le sniper et diffusées par lui sur les réseaux sociaux.

Qui est derrière le compte Hamza mon bb?

Selon Assabah, qui avait mené une enquête sur ce sujet brûlant en juillet dernier, les comptes Hamza mon bb avaient été créés voici trois années par deux jeunes Marocains, qui avaient décidé de se «refaire» à Marrakech, leur ville natale, après avoir connu la ruine à Rabat. Mais ces deux jeunes ont fini par ne plus s’entendre. L’un d’eux a décidé de créer ces comptes, Hamza mon bb étant le doux surnom dont était affublé son ex-associé… par sa petite amie. Objectif de cette manœuvre: faire chanter des célébrités marocaines.

Sur le média WeLoveBuzz, le 7 août 2019, le mystérieux Hamza mon bb a accepté de répondre aux questions d’un journaliste, mais bien entendu sans révéler son identité. Ses réponses ont atterri sur une messagerie instantanée de ce journaliste.

Hamza mon bb s’est dit ingénieur informaticien, mais aussi un «muckraker», entendez: un «remueur de boue», ou «fouille-merde», qui révèle des scoops sur des questions de société, généralement en lien avec la criminalité, la corruption et impliquant des élus, des dirigeants politiques et des membres influents du monde des affaires.

Sauf que Hamza mon bb semble ne pas bien connaître la signification de ce terme anglais. Les publications de ses comptes sur les réseaux sociaux ressemblent plutôt à des potins maquillés en scoops.

«Je fais le travail d’un parfait muckraker et je suis évidemment informé par les personnes que j’interroge par des lanceurs d’alertes», tient-il cependant à souligner.

Ce mystérieux personnage anonyme a affirmé ne rien gagner de la publication de ses révélations sur les réseaux sociaux et donc, implicitement, rejette les accusations de chantage et de pots-de-vin qui pèsent sur lui. «Je ne gagne rien, ni de près ni de loin. Je ne cherche pas d’argent, je n’en ai pas besoin. Je cherche simplement à aider nos jeunes à mieux s’orienter dans leur vie, et ne pas être happés par les fake news des réseaux sociaux», explique-t-il.

De même, Hamza mon bb réfute le fait qu’il serait, en fait, la chanteuse Dounia Batma, qui aurait créé ces comptes afin de régler ses comptes avec ses rivales, tout particulièrement avec la chanteuse Saïda Charaf, première victime du sniper.

Saïda Charaf est d’ailleurs l’une des nombreuses plaignantes de cette affaire, et s'est retrouvée, depuis hier, mercredi 25 décembre, noyée sous un flot d’insultes et d’attaques virulentes sur sa messagerie Instagram, juste après l’annonce de l'arrestation dans la soirée d’Ibtissam Batma, sœur de Dounia, par la police de Marrakech.

Hamza mon bb dément formellement être une de ces artistes: «beaucoup m’identifient à Dounia Batma et leur amie Aïcha Ayach. Dieu sait qu’ils et elles font fausse route à mon endroit. Certains prêchent le faux pour savoir le vrai. Cela m’amuse, sans plus», dit-il.

De fait, étant donné que Hamza mon bb ne révèle pas sa véritable identité, et n’a pas l’intention de tomber le masque dans l’immédiat, toutes les pistes restent envisageables et sont actuellement explorées par la BNPJ dans son enquête.

Y a-t-il un lien entre Hamza mon bb et les sœurs Batma?

L’enquête, qui suit son cours, révèle pour l’heure l’implication de plusieurs individus dans la gestion des comptes Hamza mon bb.

L’un d’entre eux serait un hacker du nom -ou portant le pseudonyme- d’Oussama, arrêté à l’aéroport de Marrakech alors qu’il s’apprêtait à quitter le Maroc pour l’Italie.

Selon plusieurs médias, «Oussama» aurait avoué les noms de ses complices. En premier lieu, une certaine «Soukaina Glamour», elle aussi arrêtée, le 21 décembre dernier,  à l’aéroport Mohammed V, alors qu’elle s’apprêtait à quitter le Maroc.

Durant son interrogatoire, «Soukaina Glamour» a cité le nom d'un journaliste, Simo Dahir, et a également évoqué l’implication de Dounia Batma et de sa sœur Ibtissam.

Mais sitôt informée de cette accusation, Dounia Batma a vite démenti toute complicité avec Hamza mon bb, dans un communiqué, et nié tout lien avec les comptes animés par ce pseudonyme, qui a déjà fait tant de ravages.

Quant à sa sœur Ibtissam, qui avait été interrogée à ce sujet par Le360 en mars 2019, elle avait elle aussi nié toute implication dans cette affaire. Pourtant, neuf mois plus tard, Ibtissam Batma a été arrêtée par la police de Marrakech. Transférée à Casablanca et actuellement en garde à vue, elle est interrogée par les policiers en charge de l'enquête depuis hier soir, mercredi 25 décembre. Visiblement, Hamza mon bb n’a pas encore livré tous ses secrets.

Le 27 décembre 2019

Source web Par le 360

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