Maroc-Allemagne : le projet de production d’hydrogène vert mort-né?

Les tensions actuelles entre l’Allemagne et le Maroc ont mis un coup de frein au projet de neutralité énergétique de Berlin, qui mise à présent sur des partenariats énergétiques avec d’autres pays, notamment de l'Afrique de l'Ouest.
L’information a été récemment dévoilée par plusieurs médias allemands, relayant des déclarations du ministre allemand des Affaires étrangères et de l’agence allemande KfW.
Le projet suspendu
L’Allemagne s’est fixée comme objectif de devenir climatiquement neutre en 2045, à travers la réduction de la consommation des énergies fossiles. En plus de l’énergie éolienne et hydraulique, l’Allemagne mise sur l’hydrogène vert. Dans l’incapacité de répondre à la demande nationale à travers la production locale, elle a établi des coopérations avec différents pays, notamment le Maroc, où un projet pilote de production d’hydrogène devrait être réalisé.
Un accord dans ce sens a été conclu le 10 juin 2020. Il porte sur un projet de production d’hydrogène vert, porté par l’Agence marocaine de l’énergie solaire (Masen), et sur la mise en place de projets de recherche et d’investissement dans l’utilisation de cette matière.
Le choix a été porté sur le Maroc pour sa stabilité politique, mais essentiellement pour son climat et sa position géographique, proche de l’Europe, facilitant ainsi le transport de l’hydrogène jusqu’en Allemagne. Le projet semble toutefois à l’arrêt, d’après plusieurs médias allemands, en raison des tensions actuelles entre le Maroc et l’Allemagne.
Selon les médias locaux, le groupe parlementaire FDP a adressé il y a quelques semaines une question au gouvernement allemand sur l’état de la coopération germano-marocaine, ainsi que l’état d’avancement du projet de production d’hydrogène vert.
En réponse à celle-ci, le ministre allemand des Affaires étrangères a souligné que « l’alliance germano-marocaine pour l’hydrogène repose sur une coopération fructueuse de longue date, qui est dans l’intérêt des deux pays, mais qui est mise à l’épreuve en raison des développements actuels«
« Si la situation actuelle perdure, le gouvernement allemand considère que des conséquences négatives pour la création d’entreprises et l’attractivité du marché ne sont pas à exclure », a-t-il ajouté, notant que « les fonds (pour ce projet, NDLR) ne seront versés que si le partenaire (le Maroc, NDLR) remplit ses obligations contractuelles ».
Dans sa réponse, ce ministre fait référence à la suspension du Maroc de tout contact avec l’ambassade d’Allemagne à Rabat, et toutes les fondations qui dépendent de l’Etat allemand, depuis le 1er mars dernier, en raison de « malentendus au sujet des questions fondamentales du Royaume du Maroc ». Dans une lettre adressée au Chef du gouvernement, Nasser Bourita avait appelé « les départements ministériels marocains et l’ensemble des organismes qui relèvent de leurs tutelles, à suspendre tout contact, interactions ou action de coopérations, en aucun cas ou sous aucune forme, aussi bien avec l’ambassade d’Allemagne au Maroc, qu’avec les organismes de coopération et les fondations allemandes qui lui sont liés ». Le Royaume a ensuite rappelé son ambassadeur à Berlin pour consultations.
Pour sa part, l’agence allemande KfW qui soutient ledit projet, qui devrait produire 100 MW d’énergie hydrogène d’ici 2025, a expliqué à la presse locale que « les activités dans le cadre de ce projet sont actuellement reportées«. Une porte-parole de l’agence a estimé son coût à environ 325 millions d’euros. Le financement d’une grande partie devait se faire via des prêts et subventions.
Selon les médias allemands, « ni le ministère des Affaires étrangères, ni la KfW ne sont en mesure de donner un calendrier précis pour la reprise des relations économiques. Cette situation met en péril l’investissement de 2 milliards d’euros de l’Allemagne dans son plan de neutralité énergétique ». L’Allemagne mise alors sur d’autres pays en Afrique, à travers des contrats « plus rentables, au lieu de prêts traditionnels ».
Le Maroc, un point d’ancrage
« Cela me semble plus prometteur », a déclaré aux médias Stefan Liebing, président de l’Africa Association of German Business, « Je ne pense pas que les tensions avec le Maroc puissent s’apaiser à court terme ».
D’après les mêmes sources, les pays d’Afrique de l’Ouest pourraient répondre à la demande mondiale d’hydrogène vert, mais leur éligibilité à l’investissement dépend également d’autres facteurs, notamment leur stabilité politique ou encore les coûts de transport vers l’Europe.
Christoph Hoffmann, porte-parole du groupe parlementaire FDP en matière de politique de développement, met en garde, quant à lui, contre l’annulation imprudente dudit projet avec le Maroc. « L’Allemagne a un besoin urgent d’hydrogène vert pour un avenir climatiquement neutre. Le Maroc a toujours été un point d’ancrage de la stabilité en Afrique du Nord. Une visite du ministre des Affaires étrangères au Maroc est importante pour apaiser les tensions ».
Médias 24 a tenté de joindre le ministère de l’Energie et des mines et Masen pour plus d’informations sur le sujet. A l’heure de la mise en ligne de cet article, nous n’avons encore reçu aucun retour des deux parties.
Le 3 Juin 21
Source web Par : medias24
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