La mer Méditerranée se réchauffe et attire des poissons tropicaux dévastateurs

Pollution plastique, surpêche... La mer Méditerranée est menacée sous de multiples aspects. Début juin, le WWF a publié une revue des études scientifiques disponibles sur les effets du changement climatique sur les eaux méditerranéennes. Parmi les grandes menaces pour la biodiversité : l'arrivée de nouvelles espèces tropicales issues de l'Océan indien et de la mer Rouge qui bouleverse les écosystèmes.
La mer Méditerranée est durement frappée par le réchauffement climatique : ses eaux se réchauffent 20% plus vite que la moyenne mondiale. À tel point qu'elle se transforme en un eldorado pour une nouvelle faune et flore tropicale et subtropicale de la mer Rouge ou de l’Océan indien. "La Méditerranée n’est pas un océan tropical – du moins pas encore" souligne un rapport du WWF publié début juin qui passe en revue des études scientifiques sur les effets du changement climatique sur ces eaux. "Mais elle est en voie de le devenir dans sa partie orientale", alerte l'ONG, c'est-à-dire dans la zone qui s'étend de l'Italie jusqu'en Israël.
Quelque 986 espèces exotiques, dont 126 de poissons, se seraient frayé un passage en empruntant le canal de Suez, reliant les eaux méditerranéennes à celles de la mer Rouge, entre l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Certaines espèces y trouvent particulièrement leur compte. Sur les côtes de Ligurie, en Italie, les pêcheurs se sont par exemple habitués à débusquer des barracudas dans leurs filets. Il y a deux décennies, capturer ce genre de poisson exotique était encore rare.
Des espèces envahissantes et dévastatrices
Mais l’émergence de nouvelles espèces peut avoir des effets dévastateurs sur les écosystèmes. La prolifération du poisson- lapin dans les eaux méditerranéennes inquiète particulièrement les scientifiques. Herbivore, il se repaît des algues et détruit sur son passage les habitats des espèces endémiques. Des études récentes recensées par le WWF ont souligné que dans les zones où le poisson-lapin est abondant, comme sur les littoraux turcs et grecs, les chercheurs observent une réduction de 60 % à 65 % des algues qu’ils consomment et une baisse de 40% du nombre total des espèces naturellement présentes. Le poisson-lion a lui aussi migré avec succès, mais il menace les écosystèmes locaux en dévorant de petits poissons et crustacés endémiques, son estomac pouvant s’étendre de 30% pour consommer ses proies. "Les pêcheurs ont un grand rôle à jouer souligne le WWF dans son rapport. Ces deux espèces sont comestibles, il y a donc une opportunité pour créer une demande de la part du consommateur et viser ces poissons délibérément."
D’autres effets seront en revanche plus difficiles à maîtriser et contrer : les maladies peuvent elles-aussi être emportées par les courants. Le WWF alerte par exemple sur l’hécatombe des grandes nacres, des coquillages connus pour leur taille imposante pouvant aller jusqu'à un mètre. Depuis 2016, leur taux de mortalité a atteint 80%, voire 100%, notamment en Italie, en Espagne ou en Corse, en raison d'un pathogène. Parfois, ces phénomènes n'entraînent " pas seulement une modification dans la communauté, alerte le WWF, mais l'émergence d'une complètement nouvelle". En Israël, des chercheurs ont par exemple observé qu'à proximité des côtes, seul 5 à 12% des mollusques endémiques sont encore présents.
Pauline Fricot, @PaulineFricot
Le 16 août 2021
Source web Par : novethic
Les tags en relation
Les articles en relation

Climat : la mobilisation du secteur privé se concrétise par des actes
Le Side-event de la COP28 a permis de présenter des solutions climatiques innovantes, significatives et impactantes menées par les autorités locales, le sect...

Nucléaire : un pays du Maghreb se tourne vers la Russie pour développer sa filière
En parallèle de ses applications énergétiques, l'uranium possède des usages en médecine, en agriculture et dans d'autres domaines industriels. À l...

Potentiel solaire du Sahel : Vers une révolution énergétique durable
Face aux défis croissants du changement climatique et de la dépendance aux combustibles fossiles, le Sahel dispose d’un atout stratégique majeur : un poten...

Méthane 2024 : niveau record dans le secteur fossile
En 2024, les émissions de méthane liées au secteur des énergies fossiles ont frôlé un record historique, selon le rapport annuel Global Methane Tracker de...

Le Maroc en tête des pays africains dans le domaine des centrales d'énergie propre (média)
Le Maroc est en tête des pays du continent africain en termes de centrales d'énergie propre, aux côtés de l'Égypte et l'Afrique du Sud, a écri...

Akwa Group : un nouveau cap vers la transition énergétique et le développement durable au Maroc
Akwa Group, un pilier de l'industrie nationale, amorce une transformation énergétique en nommant Mohammed Rachid Idrissi Kaitouni, cadre de longue date au...

Sécheresse et inondations en Europe sont directement liées à nos émissions de gaz à effet de se
Selon une étude du service météo national anglais, les émissions de gaz à effet de serre sont directement responsables de la sécheresse en Méditerranée ...

Les BRICS se lancent un nouveau défi qui pourrait séduire les pays en développement
Cette déclaration couvre un large éventail d’initiatives, de la réduction de l’impact du changement climatique sur la production alimentaire à la stimul...

Maroc : Synergies entre Énergies Renouvelables et Gestion Durable de l’Eau pour un Avenir Écolog
Le Maroc, situé au carrefour de l’Europe et de l’Afrique, se positionne comme un acteur majeur de la transition énergétique en Afrique tout en affrontant...

Constructions en materuaux locaux
Au Burkina Faso, l’association La Voûte nubienne ressuscite une technique de construction ancestrale et écologique En vingt-deux ans, un maçon français...

Le Maroc prépare une nouvelle feuille de route pour sécuriser ses ressources en eau à l'horizon 2
Après avoir lancé en juin dernier une évaluation de la Stratégie nationale de l'eau (SNE), le ministère de l'Équipement et de l'Eau franchit u...

Changement climatique : des solutions qui ont fait leurs preuves
« Nous devons trouver comment financer un monde différent, qui est capable de préserver le climat, de maîtriser les pandémies à défaut de les prévenir, ...