Malaise

Malaise

Dès le matin d’hier, ce fut le premier sujet de conversations, généralement indignées, voire très indignées, en famille, entre amis, au travail: les condamnations à 20 ans de prison des jeunes du Hirak; des condamnations déjà commentées une partie de la nuit sur Twitter et Facebook, commentées et donc amplifiées, parfois dramatisées avec des inventions, qui volent d’autant mieux, d’un smartphone à l’autre, qu’elles sont «fake».

C’est le monde d’aujourd’hui, qui, reconnaissons-le, nous donne bien plus d’avantages que d’inconvénients. Jeune et moins jeune, le Maroc est à l’aise dans ce monde-là, même s’il a le sentiment qu’il est aléatoire, dangereux peut-être. C’est un délicieux sentiment d’être dans le coup, de participer. Peut-être nous empêche-t-il de voir quelque chose d’important, qui n’appartient qu’à nous.

Les réactions à ces très lourdes peines montrent que la décision de justice s’est séparée du sentiment de justice ressenti devant cette affaire. La loi a été appliquée, on ne le nie pas. Mais on sent que ce n’est pas le bon dossier où appliquer cette loi-là.

Les sanctions royales contre les ministres qui ont manqué à leur devoir à Al Hoceïma ont donné une légitimité aux protestations des gens. Pourtant une partie des protestataires s’est retrouvée en prison, même si faire du grabuge dans une mosquée reste totalement inadmissible. Mais 20 ans de prison, c’est beaucoup, disent les commentaires.

Le malaise est compréhensible quand on sait que moins d’un an plus tôt, une affaire  très chaude aussi, le procès de Gdim Izik (Lire article), avait pris soin d’éviter de politiser la loi, alors que les amis des accusés souhaitaient aller sur ce chemin. Résultat: la légalité est apparue conforme à la légitimité.

La démocratisation en marche, la montée des droits de l’Homme, le sentiment que le citoyen a des créances sur l’Etat ont changé notre petit monde aussi sûrement que les réseaux sociaux ont changé le grand monde.

Le 21 Juin 2018

Source web Par L’économiste

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