Etats-Unis: Devant le Congrès, Biden se pose en défenseur de la classe moyenne
A la veille du cap symbolique de ses 100 jours de présidence, le président américain a affiché sa volonté réformatrice, appelant les plus riches à "payer leur juste part".
Le président américain Joe Biden a dressé mercredi 28 avril face au Congrès le tableau d'une Amérique de nouveau debout après une série de redoutables crises, et affiché sa volonté réformatrice, appelant les plus riches à "payer leur juste part". A la veille du cap symbolique de ses 100 jours de présidence, le locataire de la Maison Blanche a décliné son "Projet pour les familles américaines", d'un montant total de près de 2.000 milliards de dollars, qu'il entend financer par des hausses d'impôts.
Il a décrit un "pays en crise" à son arrivée au pouvoir: crise sanitaire et économique mais aussi l'assaut contre le Capitole du 6 janvier par des partisans de Donald Trump, "la pire attaque contre notre démocratie depuis la guerre de Sécession". Mais il a aussi souligné le chemin parcouru. "Après 100 jours, je peux le dire au pays: l'Amérique va de nouveau de l'avant", a-t-il lancé.
Pour la première fois dans l'Histoire, deux femmes avaient pris place derrière le président, dans le champ des caméras: Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre, et Kamala Harris, devenue en janvier la première femme à accéder à la vice-présidence. "Il était temps!", a lancé le président américain, sous des applaudissements nourris, juste avant d'entamer son discours.
Défenseur de la classe moyenne
Se posant en défenseur de la classe moyenne, Joe Biden a vanté un gigantesque plan d'investissement visant à créer "des millions d'emplois" pour les Américains qui se sentent tenus à l'écart. "Je sais que certains d'entre vous se demandent si ces emplois sont pour vous. Vous vous sentez abandonnés et oubliés dans une économie qui change rapidement", a déclaré M. Biden, dans une allusion à peine voilée à son prédécesseur Donald Trump qui se posait en champion des "oubliés".
"Près de 90% des emplois dans les infrastructures (prévus dans son plan présenté le mois dernier) ne nécessitent pas de diplômes universitaires", a-t-il insisté. Le plan, qui suscite déjà la colère des républicains, est ambitieux: 1.000 milliards d'investissements, en particulier dans l'éducation, et 800 milliards de réductions d'impôts pour la classe moyenne.
Pour le financer, le démocrate propose d'annuler les baisses d'impôts pour les plus riches votées sous Donald Trump, et d'augmenter les impôts sur les revenus du capital pour les 0,3% d'Américains les plus fortunés. "Il est temps que les entreprises américaines et que les 1% d'Américains les plus riches commencent à payer leur juste part", a-t-il martelé.
Avec une promesse martelée sur tous les tons: aucun Américain gagnant moins de 400.000 dollars par an ne verra ses impôts augmenter. Cette allocution marquait aussi le début d'un âpre combat au Congrès: si son plan de soutien à l'économie de 1.900 milliards de dollars a franchi l'obstacle sans véritable difficulté, les discussions sur ses gigantesques programmes d'investissement dans les infrastructures et l'éducation s'annoncent beaucoup plus houleuses.
30% de la population vaccinée
A la tribune, le président démocrate a estimé que le plan de vaccination mis en place aux Etats-Unis contre le Covid-19 était "l'un des plus grands succès logistiques" de l'histoire du pays. Plus de 96 millions de personnes, soit près de 30% de la population, sont considérées comme totalement vaccinées. Et, dans une décision chargée en symboles, les autorités sanitaires ont annoncé mardi que les Américains ayant reçu les piqûres salvatrices n'avaient désormais plus besoin de porter de masque en extérieur, sauf au milieu d'une foule.
Revenant sur un autre sujet de société brûlant, le président a appelé le Sénat à adopter dès mai un vaste projet de réforme de la police, à l'occasion de l'anniversaire de la mort de l'Afro-Américain George Floyd, sous le genou d'un policier blanc.
Sur le front diplomatique, Joe Biden a martelé sa fermeté vis-à-vis de Pékin et de Moscou, tout en disant prêt au dialogue. Assurant ne pas "chercher le conflit avec la Chine", il a insisté sur le fait qu'il était "prêt à défendre les intérêts américains dans tous les domaines".
Le sénateur républicain Ted Cruz a dénoncé la "vision socialiste" du président démocrate. Et offert en résumé en trois mots du discours présidentiel: "Ennuyeux mais radical". Si le discours présidentiel sur la colline du Capitole est un rituel qui rythme la vie politique américaine, celui de cette année s'est déroulé dans une atmosphère singulière, Covid-19 oblige.
"Confiant et optimiste"
Seules quelque 200 personnes, contre plus de 1.600 habituellement, se sont retrouvées dans la prestigieuse enceinte de la Chambre des représentants pour y assister. Et les élus ont été priés cette année de présenter une liste d'invités "virtuels"... John Roberts était le seul juge de la Cour suprême présent. Le chef de la diplomatie, Antony Blinken, et le chef du Pentagone, Lloyd Austin, étaient également sur place mais le reste du gouvernement a regardé le discours à la télévision.
Autre rupture avec la tradition: il n'a pas été nécessaire cette année de choisir un "designated survivor", un membre du gouvernement désigné chaque année pour ne pas assister au discours et qui reste dans un endroit tenu secret afin d'être en mesure de prendre les rênes du pouvoir en cas d'attaque visant le bâtiment.
"Je n'ai jamais été aussi confiant et optimiste pour l'Amérique", a conclu le 46e président de l'histoire, à l'issue d'un discours d'un peu plus d'une heure. L'atmosphère était nettement moins tendue que lors de la dernière intervention de Donald Trump dans cette enceinte, en février 2020. Avant le discours, il avait ostensiblement évité de serrer la main que lui tendait Nancy Pelosi. Une fois l'allocution terminée, cette dernière avait déchiré sa copie du discours d'un geste théâtral.
Le 29/04/2021
Source web Par : challenges
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jeudi 29 avril 2021
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