Comment voyageront les jeunes demain ?
Six étudiants étaient invités à livrer leur vision du voyage, lors du Paris Air Forum. Du véritable poil à gratter pour les compagnies aériennes…
Comment voyageront les « jeunes » demain ? Tel était le thème ambitieux abordé lors d’une conférence proposée par le récent Paris Air Forum, un événement organisé par La Tribune. Six étudiants ont partagé leur vision du voyage, notamment leur rapport à l’avion. Le premier constat est simple, les jeunes ont toujours soif d’évasion. « Je pense que la jeunesse et la citoyenneté se construisent par le voyage », estime Coralie Corberand, une étudiante de l’ESCP.
« Il faut aussi être réaliste, cela représente quelque chose d’enrichissant, de démocratique, poursuit Niccolo Bianchini, un étudiant italien de Sciences Po Paris. Je suis pour une accessibilité au transport aérien. Si on prend un pays comme Palaos, le tourisme représente 40% du PIB. L’archipel a connu un isolement sans précédent pendant cette crise. Le voyage, c’est aussi des ponts entre les peuples. »
Même son de cloche du côté de Nicolas Barascud, un étudiant de Supaéro : « Je ne compte pas arrêter de voyager. C’est une expérience extrêmement enrichissante, surtout quand on voyage seul. Mais il faut repenser les voyages. On ne peut plus prendre l’avion deux fois par mois pour aller en week-end, comme ces dix dernières années. »
Des solutions… et la sobriété
Et pour les intervenants interrogés lors de la conférence, les solutions sont déjà là. « Il faudrait afficher les impacts carbone du vol lors de l’achat du billet », indique un étudiant. « Jean-Pierre Nadir (le créateur EasyVoyage) a créé une plateforme – FairMoove – pour un tourisme responsable. Cela va dans le bon sens. Il faut innover. »
« L’éco-pilotage, pour l’instant, n’est pas encore enseigné dans les écoles. Mais dans les compagnies, je sais que c’est un point de plus en plus important », indique de son côté Morgane Maillet, une élève pilote de l’Ecole nationale de l’aviation civile. « Il est également possible de réduire de 30 à 40% les émissions en opérant mieux les avions. » Notamment en utilisant des engins de piste qui fonctionnent à l’électrique.
Tous se rejoignent aussi sur un point. La prise de conscience sera individuelle. « La responsabilité représente le nerf de la guerre » assure l’un. « Il faut insister sur la sobriété » abonde l’autre.
Des questions qui fâchent
Finalement, le plus déstabilisé face à la question du voyage de demain semble être le journaliste chargé de mener le débat. « Pourtant, les gens veulent reprendre l’avion », insiste-t-il. « On prend beaucoup l’avion en France. » Un message que contrebalance Nicolas Bourdeaud, un étudiant de Supaéro. « Non : une petite classe aisée, parmi les peuples du nord, veut reprendre l’avion. Et une partie de la population d’Asie de l’Est souhaite copier ce modèle. Une étude publiée dans le Global Environnemental Change en Novembre 2020 indique que 1% des voyageurs représentent 50% des émissions. Concernant l’avion, il faut préciser qui est le ‘on’. Les cadres supérieurs prennent 17 fois plus l’avion que les ouvriers. Pourtant il n’y a pas 17 fois plus de cadres que d’ouvriers. »
Pour l’élève pilote Morgane Maillet, les jeunes ingénieurs sont bien conscients de l’urgence : « Ils mettront sans doute deux fois plus d’énergie à chercher des solutions durables. Tout dépendra de la croissance de l’aérien dans le futur. Si cela revient aussi fort, avec 4% (de croissance) par an, ce n’est pas tenable. Il faut contrôler la croissance sans aller dans la décroissance. » Sachant que, dans de nombreux pays, la classe moyenne, encline à prendre l’avion, se développe.
« Les pays du sud, malheureusement, vont être contraints de ne pas pouvoir suivre les récits que nous, Occidentaux, avons construits, reconnaît Coralie Corberand. Il y a une question de responsabilité historique réelle. Est-ce que nous devons nous restreindre pour leur permettre de plus voyager ? »
Comment agir dans un contexte mondialisé ?
« Le problème de l’aérien, c’est qu’il n’a pas de frontières, regrette Morgane Maillet. Le travail de la Convention citoyenne était super. Sauf que la problématique est mondiale. Si nous restreignons seulement en France, les parts de marché seront reprises par des low-cost étrangères… qui ont des politiques environnementales bien pires. »
Pour Nicolas Bourdeaud, « il faut surtout prendre conscience qu’il y a urgence. La cartouche technologique vendue par l’avion à hydrogène est un désastre, elle empêche la mise en place de politiques publiques qui pourraient améliorer les choses. Or on sait que l’avion à hydrogène n’arrivera pas avant 2040. »
« C’est un procès de l’avion », tente une dernière fois d’opposer l’animateur. « Il faut être réaliste. On ne pointe pas forcément l’industrie aéronautique, insiste Coralie Corberand. Toutes les industries doivent se réinventer. La crise climatique est déjà là. En France, la pollution de l’air tue chaque année 40 000 personnes par an. On a tout à réinventer aujourd’hui, le voyage et l’usage de l’avion. » Pas de doute, ces « jeunes » sont prêts à se poser toutes les questions, sans tabou. L’avenir nous dira si c’est un signe avant-coureur de changements dans les comportements de voyage.
Le 23 juin 2021
Source web Par : lechotouristique
Les tags en relation
Les articles en relation
La Palma : les Canaries lancent un appel d'offres pour plus de vols internationaux
L'Office du Tourisme des Îles Canaries lance un appel d’offre pour établir 18 nouvelles liaisons aériennes internationales avec La Palma. Par le biais ...
Neuf pays de l’UE s’allient pour une taxation verte de l’aviation
Neuf pays européens ont invité jeudi la future présidente de la Commission européenne, l’Allemande Ursula von der Leyen, à lancer le débat sur la taxati...
Tourisme Maroc 2025 : impact des tensions au Moyen-Orient
Les tensions persistantes au Moyen-Orient pourraient fortement influencer le tourisme mondial, y compris au Maroc, selon l’expert Zoubir Bouhoute. Les perturb...
Maroc : Objectif 80 Millions de Passagers par An d'ici 2035
Le Maroc envisage de doubler la capacité de ses aéroports pour atteindre 80 millions de passagers par an d'ici 2035, contre 40 millions actuellement, selo...
#AMDGJB_Hamid_Bentahar : l’objectif doit être de doubler la taille du secteur touristique en 5 an
Visiblement satisfait du résultat des urnes, qui a éliminé un parti à l’idéologie incompatible avec le tourisme, Hamid Bentahar affirme que le secteur pr...
Les professionnels du tourisme se mobilisent en faveur des victimes du séisme
Afin de soutenir les populations sinistrées par le séisme et faire face à ses conséquences, une réunion dédiée à la coordination des interventions du mi...
TUI, le géant du tourisme prévoit une reprise des réservations pour l'été 2022
Selon TUI, le premier voyagiste mondial, les réservations pour cet été seront proches de celles d'avant Covid. La société de voyages anglo-allemande pe...
Oman Air va lancer un vol direct vers Casablanca
Oman Air lancera en 2018 une ligne directe quotidienne vers l'aéroport Mohammed V de Casablanca. L'annonce a été récemment faite par le journal née...
Aéroports du Maroc : Un plan ambitieux pour tripler la capacité d’accueil d’ici 2030
Face à une croissance soutenue du transport aérien et à l’approche de la Coupe du Monde 2030, le Maroc déploie une stratégie ambitieuse pour moderniser e...
Tourisme: Le collectif de la nouvelle génération d’entrepreneurs tire la sonnette d’alarme
Le collectif lance un appel à une action forte du gouvernement pour éviter que le tissu industriel touristique du Maroc ne soit démantelé irrémédiablement...
Séisme d’Al Haouz : Des hôtels fermés pourraient être rouverts pour héberger les populations
Fatim-Zahra Ammor a appelé les hôteliers à inspecter leurs bâtiments dans les plus brefs délais et prendre le cas échéant les mesures requises pour les m...
#Maric_Aeronautique: #Airbus présente l'#A220 « #made_in_Morocco »
Le constructeur aéronautique européen Airbus a dévoilé, jeudi, à Casablanca, son nouveau modèle d’avion monocouloir : l’A220, moins polluant et dont ...


jeudi 24 juin 2021
0 
















Découvrir notre région