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POUR LA BBC, BONO N’A PAS LE BON PRÉNOM

POUR LA BBC, BONO N’A PAS LE BON PRÉNOM

Même dans la défaite, c’est encore l’Espagne qui garde l’initiative. C’est elle qui rate ses pénaltys, ce n’est pas le gardien marocain qui les arrête.

On étonnerait certains commentateurs de la BBC en leur disant qu’en dépit de leur bonne volonté, ils n’arrivent pas à se débarrasser d’un reste de racisme inconscient –ou au moins, soyons gentils, d’un sentiment de supériorité vis-à-vis de tout ce qui n’est pas européen.

Après la victoire du Maroc contre l’Espagne, savourée avec 1200 étudiants survoltés dans un amphithéâtre de l’UM6P à Benguerir, j’ai regardé BBC World après être rentré chez moi. Pour ce qui est du sport, le bandeau suivant défilait sous l’écran: «l’Espagne rate trois pénaltys contre le Maroc». Tel que. Cherchez l’erreur.

Si le match avait eu lieu contre l’Allemagne ou la France, le titre aurait sans doute été: «le gardien allemand arrête trois pénaltys» ou: «Hugo Lloris, l'héroïque keeper français, qualifie son équipe». Rien de ça, hier. Même dans la défaite, c’est encore le pays européen qui garde l’initiative. C’est l'Espagne qui rate ses pénaltys, ce n’est pas le gardien marocain qui les arrête. La BBC ne le mentionna même pas!

Dans la foulée, la BBC évoqua la qualification du Portugal contre la Suisse. En direct de Doha, le reporter s’extasia sur la performance des lusitaniens; puis il se demanda si cette équipe pourrait battre la France ou l’Angleterre en demi-finales. Pardon? Il y a d’abord un 1/4 de finale à jouer –contre le Maroc. Les coéquipiers de Ronaldo sont très forts, certes, mais pas au point de gagner les matches sans même les jouer.

D’habitude, j’ai de l’estime pour la BBC, que je regarde quotidiennement depuis longtemps. Mais en cette année 2022, je commence à avoir mes doutes.

Il y a eu d’abord la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Jamais, à aucun moment, la BBC n’a expliqué quelles étaient les raisons de l’attaque russe, quitte à les réfuter ensuite. La position de Moscou n’a tout simplement pas eu droit au chapitre, ou alors elle a été caricaturée –«Poutine, ce fou, veut recréer l’Empire». C’est un peu court. C’est même absurde quand on réfléchit un peu. Je ne dis pas que les Russes ont raison, je dis simplement que quand on prétend être objectif, on donne la parole aux deux protagonistes dans une querelle –ou dans une guerre.

Le football, ce n’est pas la guerre, heureusement. Mais la façon dont BBC World a parlé du match Maroc-Espagne –sans mentionner le Maroc–  ressemble à la façon dont elle parle du conflit qui oppose Kiev à Moscou: il n’y en a que pour l’Ukraine.

Tout cela me rappelle un fait curieux. Quand j’habitais en Angleterre, un journal d'extrême-droite imprimait les résultats des matches de foot en faisant abstraction des joueurs étrangers. Si Arsenal battait Manchester United 2-0 grâce à deux buts d'un joueur d'origine africaine, on lisait dans cette feuille abjecte: Arsenal-Manchester, match nul 0-0. (Ils ont arrêté ce petit jeu malsain parce qu’au cours des années, la part des buts marqués par des «métèques» augmentait sans cesse. Prétendre que tous les matches se terminaient par 0-0 commençait à devenir monotone…)

Évidemment, je ne mets pas la BBC à ce niveau de bassesse. Mais quand même… En réalité, ce n’est pas l’Espagne qui a raté ses pénaltys, c’est Bono qui a été extraordinaire. Ohé, la BBC! Ce n’est quand même pas difficile de se souvenir de son nom: c’est le même que celui du fameux musicien irlandais, chanteur et leader du groupe U2. En 2002, Bono (l’Irlandais) avait remporté avec U2 le prestigieux Golden Globe de la meilleure chanson de l’année, devant Eminem. Si un stagiaire de la BBC avait eu la mauvaise idée de titrer «Eminem n’a pas gagné» au lieu de «Bono a gagné», il aurait sans doute été viré.

Il est vrai que ce Bono-là s’appelle Paul et non Yassine…

SOURCE WEB PAR LE360

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