Stratégie Halieutis: «Le bilan nous conforte dans notre vision»

Stratégie Halieutis: «Le bilan nous conforte dans notre vision»

Près de 90% des objectifs de production sont atteints

Le PIB du secteur a crû de 7,7% par an depuis 2007

«L’axe Compétitivité reflète la pertinence des projets lancés en amont puisqu’elle cible la valorisation des apports de la pêche. A ce titre, les exportations des produits de la mer ont atteint 19,4 milliards de DH en 2015» précise le ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime (Ph. L’Economiste)

- L’Economiste: Quel bilan peut-on dresser du plan Halieutis?

- Aziz Akhannouch: Nous avons, dès le lancement d’Halieutis, construit notre politique de développement de la pêche maritime sur trois axes interdépendants en termes de finalité: la durabilité des pêcheries, la performance des infrastructures de pêche et de commercialisation et la compétitivité des produits de la pêche. Ce triptyque a été décliné en une série de projets adossés à des objectifs qualitatifs et quantitatifs.

Aucune politique de pêche ne peut être viable sans gestion durable des stocks halieutiques. Partant de ce postulat, nous avons orienté notre action sur le renforcement de la recherche scientifique, en consolidant sa gouvernance et ses moyens, et la mise en place d’une quinzaine de plans d’aménagements des pêcheries. Actuellement, 94% des captures réalisées sont gérées durablement, c’est-à-dire par le biais de plans d’aménagement et de mesures de gestion, contre à peine 5% en 2007. Nous avons également mis en place un système de géolocalisation des navires par satellite et une procédure de certification électronique des captures pour lutter contre la pêche INN (illicite, non déclarée et non réglementée).

En parallèle, nous avons entrepris un large programme de renforcement de la performance des infrastructures de débarquement et du réseau de commercialisation des produits de la mer. Nous pouvons citer, à titre d’exemple, le plan national d’aménagement du littoral qui cible la réalisation de points de débarquement aménagés et de villages de pêcheurs au profit de la flotte artisanale: 40 sites ont ainsi été réalisés et 3 autres sont en phase d’études ou de réalisation.

- Quel impact sur l’activité de pêche?

- Ces infrastructures ont contribué à hauteur de 70% au chiffre d’affaires de la pêche artisanale en 2016. Par ailleurs, nous avons lancé un chantier de construction de 15 halles de nouvelle génération pour optimiser les conditions de commercialisation des produits de la pêche. Au niveau de la deuxième vente, un réseau de 7 marchés de gros de poisson permet de disposer de centres régionaux de distribution à même de rapprocher les lieux de débarquement et de commercialisation.  Enfin, nous avons initié la généralisation de l’utilisation de contenants normalisés pour le débarquement et la vente de poisson, éliminant de ce fait le recours aux caisses en bois qui présentaient des insuffisances en termes d’hygiène et de qualité des produits. Ces différentes mesures ont permis une hausse annuelle moyenne des débarquements en volume de 4,4% sur la période 2010-2016, portant la production à environ 1,5 million de tonnes en 2016, soit 88% de l’objectif assigné pour 2020. De même, le PIB cumulé du secteur atteint 15 milliards de DH en 2015, soit une hausse annuelle moyenne de 7,7% depuis 2007.

L’axe «Compétitivité» reflète la pertinence des projets lancés en amont puisqu’elle cible la valorisation des apports de la pêche. Il est à noter que les exportations des produits de la mer ont atteint 19,4 milliards de DH en 2015, soit  une croissance annuelle moyenne de 8% depuis 2010. Ce volume correspond à 65% de l’objectif à l’horizon 2020.

- L’investissement a-t-il suivi?

- Absolument. Les investissements industriels privés ont totalisé un montant de 2,1 milliards de DH sur la période 2010-2016, dont 1,7 milliard pour de nouveaux projets. Sans oublier que  le Maroc occupe une position de leader mondial en ce qui concerne l’export de conserves de sardines pilchardus et de poulpe congelé.

Nous pouvons donc dire à la lumière de ces éléments que le bilan d’Halieutis est très positif et nous conforte dans notre vision.

- Justement la valorisation de la ressource s’érige en priorité de la stratégie. Quelles sont les réalisations?

- En effet, la valorisation de la ressource halieutique est un maillon essentiel de la chaîne de valeur du secteur. Rappelons que l’industrie des produits de la pêche compte 436 unités et emploie directement près de 89.000 personnes. Compte tenu du poids de ce secteur, qui contribue pour près de 50% aux exportations agroalimentaires du Maroc, notre démarche s’est focalisée sur l’approvisionnement des unités de valorisation et la promotion des produits. Dans ce sens, des possibilités de pêche ont été octroyées dans la pêcherie des petits pélagiques à des opérateurs marocains pour alimenter leurs unités. Nous avons également conçu et mis en œuvre un plan de promotion des produits de la pêche marocains sur les marchés domestique et à l’international. Nous accompagnons ainsi les industriels marocains sur les marchés les plus porteurs notamment via l’organisation de rencontres B2B lors de salons internationaux des produits de la mer. Nous travaillons par ailleurs sur la promotion de l’innovation dans l’industrie pour accroître la valeur ajoutée des produits et sur la mise en place du label halieutique, et ce pour soutenir les efforts de qualité entrepris par l’ensemble des acteurs de la filière de pêche.

En prenant en considération les chiffres précédemment exposés dans le bilan de l’axe «Compétitivité», nous estimons que ces réalisations tendent à montrer que les industriels croient en notre stratégie et l’accompagnent.

- L’aquaculture reste loin de l’objectif de 2020. Quels sont les facteurs de blocage?

- Je ne pense pas que l’on puisse parler de blocage, nous avons mis à profit ces dernières années pour mûrir notre réflexion et structurer notre démarche relative à une industrie encore embryonnaire pour lui donner toutes ses chances de réussite. A ce titre, nous avons mené des études pour l’identification des zones propices à l’activité aquacole sur le littoral marocain et élaboré des plans d’aménagement aquacoles sur cette base. Ces derniers ont donné lieu à des appels à manifestation d’intérêt destinés à des investisseurs privés pour développer des projets dans la filière. Parallèlement, nous avons lancé des projets pilotes et expérimentaux d’algoculture et de conchyliculture en Méditerranée et en Atlantique. Un code de l’aquaculture marine a également été élaboré et est en cours de finalisation. Il permettra de tracer le cadre juridique de cette activité pour sécuriser les investissements dans le secteur.

- Comment a évolué la consommation de poisson?

- En 2001, l’enquête nationale sur la consommation et les dépenses des ménages menées par le HCP a fait ressortir la consommation nationale de poisson à 9 kg/an/habitant. Avec l’opérationnalisation des marchés de gros de poisson, qui ont capté 13% des débarquements de la pêche artisanale et côtière en 2016 contre 7% en 2012, la consommation de poisson devrait être en nette augmentation. Nous comptons dans ce cadre lancer une étude pour déterminer le niveau actuel de cet indicateur.

- En attendant, les prix augmentent?

- Comme la plupart des denrées alimentaires au Maroc, le prix de vente du poisson est libre. Il peut varier en période de grande consommation, tel le mois du Ramadan, ou lorsque la production est faible en raison de l’activité des navires de pêche. Certaines espèces tel le poisson noble connaissent une production limitée qui influe sur les prix de vente au détail. Pour nous, le prix moyen de la première vente des espèces débarquées a baissé de 3% entre 2015 et 2016.

Le 14 Février 2017

SOURCE WEB Par  L’économiste

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