Maroc : Le prédateur et l'ignorant.

Maroc : Le prédateur et l'ignorant.

D'un côté : la loi, les tribunaux, les conservations foncières, l’administration, le cadastre, les agences urbaines, les barbelés juridiques, les astuces, les failles, les pièges ; de l'autre : le Fellah qui n'a foi qu'en Dieu et qui ne saisit pas pourquoi tout ceci est tellement complexe, pourquoi tout ceci donne la migraine. Il est facile de dire que la loi ne défend pas les imbéciles lorsqu'on a fait en sorte de fabriquer des simples d'esprit qui écarquillent les yeux devant les  « Mrouge », et qui tremblent dans leur saroual à la simple vue d'un képi de la gendarmerie, ou de la moustache d'un conseiller communal.

Les petits édiles de campagne prospèrent sur ce terreau d'ignorance. Ils s’échangent les tuyaux, complotent, calculent le bâti et le non bâti, la nue-propriété, soupèsent les maigres lopins de ceux qui manient la pioche et la faucille. Ils connaissent le jargon juridique par cœur, mais ne l’expliquent pas ; ils se pourlèchent les babines dès lors qu’un plan d’urbanisation s’étend à leur village. C’est que l’opportunité est grande et les administrés ignorants de leurs droits. Ces culs-terreux ne savent même pas qu’on vient de lancer un site appelé Chikaya.ma. D’ailleurs ils ignorent tout d’internet, normal, ils passent leurs journées à entretenir leurs bêtes, le plancher des vaches et les racines héritées de l’ancêtre. Les pousser à vendre, les chasser : un jeu d’enfant !

Les cas sont aussi innombrables qu'innommables. L'abus de confiance et d'influence foisonne. Si l’employé des villes pourvoit par son IR les salaires des fonctionnaires, le pauvre paysan buriné, désabusé, ignorant de la complexité des choses, turban jaunâtre sur un crâne dégarni par les moissons maigrichonnes, celui-là qui tient à sa terre comme une mère louve à ses petits, celui-là est haché menu par la faucheuse assoiffée de fric des édiles de province. Qu'il ait le malheur de posséder une terre sans titre et on l'en soulage, qu'il en détienne le titre et on la déclare zone inondable ou tombant dans un périmètre d’extension forestière. On le poussera à vendre. On le soulagera finement de son bien à coup d’écritures frauduleuses, loin des médias et du brouhaha sur la « spoliation immobilière », dans une discrétion assassine.

Le petit péquenot qui berce la terre de ses parents sombre dans les plis de l’histoire. On lui récite un catéchisme juridique qui lui embrouille les neurones. On le pousse à brader, on le bouscule : « vite, vite avant qu’il ne soit trop tard, deux mois de plus et ton terrain ne vaudra plus que « jouj rial » ». Lui, pourtant, tient à sa glaise, à son sol, mais c’est vrai, la moisson a été mauvaise, les gamins crèvent d’envie de vivre en ville, entourés de barres de béton, la femme ne dit jamais rien, alors il cède, les entrailles déchirées et apprend quelque mois plus tard que la zone n'est plus inondable. Non, elle est constructible sur du R+7. D'ailleurs, un grand promoteur immobilier vient d'en faire l'intelligente acquisition et promet de pourvoir au paysan spolié un cagibi de 50 mètres carrés à 300.000 dirhams. Pile ce qu'il a gagné en vendant un terrain valant 100 fois ce montant. L’édile comptabilise sa commission, le promoteur ses marges et le petit ses regrets. Il a été défait par les procurations, le cadastre, les textes juridiques alambiqués, l’alinéa, la justice au service de l’arnaque… La technique l’a trahi. Les adultes avertis, les grosses bedaines,  les Mrouge et les Moustaches, les «sachants». Ceux qui veillent à son intérêt, mais qu'il paye en réalité pour veiller aux leurs. La loi, les textes ont écrasé les racines, le patrimoine, le terroir, l'histoire, le patriotisme terrien et la foi aveugle en une terre bienveillante, au nom de la complexité aveugle.

Aveugle et cupide.

Le 07 Octobre 2017

Source Web Par Mondistain.Blogspot

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